Alzheimer au Maroc : une maladie qui progresse en silence

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Un problème de santé encore absent du débat public
  1. Le vieillissement : une réalité démographique incontournable
  2. Une maladie encore cachée dans le cercle familial
  3. Vaccination contre la COVID-19 et Alzheimer : distinguer les inquiétudes des preuves scientifiques
  4. Des témoignages personnels qui méritent d'être entendus
  5. Une pénurie préoccupante de structures de soins
  6. Les familles, seules face à la maladie
  7. Horizon 2030 : une responsabilité collective
  8. Conclusion : témoignage personnel et appel collectif

La maladie d'Alzheimer est aujourd'hui reconnue comme l'un des plus grands défis sanitaires mondiaux. Cependant, au Maroc, elle reste largement absente du débat public. Elle est souvent considérée comme une conséquence naturelle du vieillissement ou cachée au sein des familles par manque d'information ou par crainte de la stigmatisation sociale. Ce silence ne reflète pas l'ampleur du problème ; il ne fait que retarder sa prise en charge.

Dans le même temps, le Maroc connaît une transition démographique évidente. L'augmentation de l'espérance de vie et les changements dans la structure familiale conduisent inévitablement à une augmentation des maladies liées à l'âge, notamment la détérioration cognitive et la maladie d'Alzheimer.

Le vieillissement : une réalité démographique incontournable

L'âge est le principal facteur de risque de la maladie d'Alzheimer. À mesure que la population marocaine vieillit, l'augmentation du nombre de cas devient un phénomène prévisible. Ce processus n'a rien d'exceptionnel ; toutes les sociétés qui ont connu une transition démographique similaire l'ont vécu.

Le problème ne réside pas dans cette évolution, mais dans le manque de préparation. Le vieillissement réel de la population n'est pas encore suffisamment pris en compte dans les politiques publiques de santé et de protection sociale, ce qui crée un fossé croissant entre les besoins et les réponses disponibles.

Une maladie encore cachée dans le cercle familial

Dans la société marocaine, la maladie d'Alzheimer reste une maladie du silence. De nombreuses familles préfèrent minimiser les symptômes ou les attribuer à un vieillissement normal. Le diagnostic est souvent posé à un stade avancé, tandis que la charge des soins repose presque entièrement sur la famille.

Ce silence ne protège ni le patient ni les soignants. Il isole, épuise et rend difficile la mise en place d'une réponse collective et institutionnelle adéquate.

Vaccination contre la COVID-19 et Alzheimer : distinguer les inquiétudes des preuves scientifiques

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, des inquiétudes ont été soulevées quant à un lien possible entre la vaccination et les troubles cognitifs. Une étude observationnelle menée en Corée du Sud a identifié une association statistique dans une cohorte spécifique.

Cependant, cette étude ne prouve pas l'existence d'un lien de causalité. Ses auteurs et divers experts ont souligné d'importantes limites méthodologiques. À ce jour, les preuves scientifiques disponibles ne confirment pas que les vaccins contre la COVID-19 provoquent la maladie d'Alzheimer.

Dans un contexte de vieillissement rapide de la population, l'augmentation du nombre de diagnostics peut être interprétée à tort comme une conséquence des événements récents, alors que le facteur démographique reste central.

Des témoignages personnels qui méritent d'être entendus

Au Maroc, certaines personnes vaccinées rapportent divers symptômes, qu'ils soient cognitifs, cutanés ou fonctionnels. Ces témoignages reflètent des expériences humaines réelles et doivent être écoutés avec respect.

Toutefois, ils ne constituent pas en eux-mêmes une preuve scientifique. Les vaccins utilisés au Maroc — chinois, britanniques ou américains — font l'objet d'une surveillance internationale continue, et aucun lien avec des maladies neurodégénératives ou des troubles liés aux métaux lourds n'a été scientifiquement démontré.

Une pénurie préoccupante de structures de soins

L'un des aspects les plus alarmants est l'insuffisance des structures dédiées à la prise en charge de la maladie d'Alzheimer. À Rabat, selon les familles concernées, il n'existe qu'un seul centre de jour, qui offre des services limités dans le temps, avec un coût mensuel élevé par rapport aux soins prodigués.

La comparaison avec des pays voisins comme l'Espagne est révélatrice. Dans ce pays, les centres de jour font partie des politiques publiques, sont ouverts tous les jours et offrent des soins multidisciplinaires comprenant la physiothérapie, la neuropsychologie, l'orthophonie, l'alimentation et le transport.

Cette différence ne reflète pas seulement un écart en termes de ressources, mais aussi une différence dans les priorités en matière de santé.

Les familles, seules face à la maladie

En l'absence de dispositifs adaptés, les familles assument la majeure partie des soins, les femmes étant le plus souvent en première ligne. Sans formation ni soutien psychologique ou institutionnel, l'accompagnement devient un fardeau silencieux. La maladie d'Alzheimer devient ainsi une double maladie : celle du patient et celle de l'aidant.

Horizon 2030 : une responsabilité collective

À l'horizon 2030, alors que le Maroc se prépare à accueillir un grand événement international, une opportunité se présente pour lier développement et progrès social. La création de centres de jour spécialisés dans la maladie d'Alzheimer, au moins dans les capitales régionales et les villes disposant d'infrastructures adéquates, serait une étape décisive pour relever les défis du vieillissement.

Conclusion : témoignage personnel et appel collectif

Je suis conscient que de nombreuses maladies touchent les personnes âgées et constituent, à juste titre, des priorités pour les systèmes de santé. Le vieillissement pose des défis médicaux, sociaux et économiques complexes.

Mais si j'insiste pour parler de la maladie d'Alzheimer, c'est aussi parce que je souffre moi-même d'un début de cette maladie. Il ne s'agit pas d'accuser ou d'alarmer, mais de témoigner et d'attirer l'attention sur une réalité qui est encore vécue dans le silence.

Parler de la maladie d'Alzheimer aujourd'hui ne signifie pas privilégier une maladie par rapport à d'autres, mais reconnaître le vieillissement réel de notre société et réclamer une réponse responsable, anticipée et humaine.