Tout pour la patrie et pour la solde

<p>Personal militar de las Fuerzas Armadas belgas desfilan durante la 80.ª Parada Anual Belga en el Cenotafio - PHOTO/ ARCHIVO&nbsp;</p>
Des militaires des Forces armées belges défilent lors de la 80e Parade annuelle belge au Cénotaphe - PHOTO/ ARCHIVES
La Belgique est pour l'instant le dernier pays de l'Union européenne à rétablir le service militaire

Les menaces de la Russie envers ses voisins frontaliers, mais aussi les invasions répétées d'autres pays, comme la Belgique elle-même, par le biais du harcèlement constant de ses aéroports par des essaims de drones, ont généralisé le débat tant sur la nécessité de se réarmer que sur la nécessité pour la population civile de participer à la tâche de sauvegarde de l'intégrité nationale.

Tous les jeunes Belges sur le point d'avoir 18 ans, soit environ 150 000 personnes, ont commencé à recevoir des lettres leur expliquant tout cela, tout en les exhortant à s'engager volontairement dans les forces armées pour une période de dix semaines à un an afin de se former au maniement des armes et au combat contre un ennemi nécessairement étranger.

Le gouvernement belge, qui qualifie cette opération de « projet social », complète son offre avec le meilleur argument possible : un salaire mensuel net de 2 000 euros pendant cette période. Si l'on ajoute à ce salaire certains extras tels que les repas ou même l'hébergement à la caserne, ce salaire frôlerait pratiquement le salaire moyen belge et serait supérieur d'environ 500 euros au salaire minimum. Le gouvernement espère que cette première série de lettres lui permettra de recruter un millier de nouveaux soldats volontaires, un contingent susceptible d'être porté à 7 000 dans les vagues suivantes.

La lettre laisse entendre que les jeunes ont le devoir de collaborer à la défense de la patrie, ce qui, bien que cela implique d'abandonner volontairement leurs études ou leur travail pendant la durée convenue, leur offre également une nouvelle vision du monde, qui comprendrait non seulement l'acquisition de compétences militaires, mais aussi la possibilité d'autres horizons professionnels auxquels le futur recrue n'aurait certainement pas pensé. Il va également de soi que le nouveau soldat volontaire s'imprégnerait des valeurs militaires, en particulier la discipline, la camaraderie et le travail d'équipe, fondements essentiels de ce qu'on appelait autrefois, sous toutes les latitudes, l'amour de la patrie. Quoi qu'il en soit, l'offre salariale sera certainement l'incitation la plus attrayante aux yeux des candidats potentiels au volontariat.

Avant la Belgique, l'Allemagne, qui avait suspendu le service militaire obligatoire en 2011, avait déjà annoncé son intention de le rétablir sur une base volontaire, dans le but ultime de constituer des forces armées composées de 260 000 soldats actifs, soit environ 80 000 de plus que l'effectif actuel de la Bundeswehr. De même, le Danemark a annoncé l'introduction en 2026 du service militaire obligatoire pour les femmes, qui pouvaient jusqu'à présent s'enrôler à titre volontaire.

Ainsi, l'idée selon laquelle, même si l'armée est très professionnalisée, elle ne peut être coupée du peuple et de la société qu'elle défend et auxquels elle doit obéissance, se répand au sein de l'UE. Et, bien sûr, l'idée selon laquelle la paix perpétuelle n'existe pas, sauf après la mort, et que la prochaine guerre, quelle que soit son ampleur, est aujourd'hui plus proche qu'hier, se répand également.

Outre la Belgique, l'Allemagne et le Danemark, avec leurs différentes modalités, les membres de l'UE qui maintiennent le service militaire obligatoire sont : l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Suède, la Finlande, l'Autriche, la Croatie, la Grèce et Chypre. La France est également sur le point de le réintroduire, tandis qu'en Espagne, non seulement il n'y a aucune intention de le rétablir, mais il n'y a même pas de débat général dans la société sur la menace que peut représenter la Russie, bien qu'il y ait une perception croissante que les menaces de guerre pour l'Espagne proviennent de son flanc sud, en particulier du Sahel.

En dehors de l'UE, mais toujours en Europe, la Suisse, la Norvège, la Moldavie et la Turquie ont également instauré le service militaire obligatoire. Et, pour des raisons évidentes, l'Ukraine, envahie et agressée.

Cette année, un sondage YouGov indiquait que l'Espagne était le pays dont les habitants étaient les plus opposés au service militaire (58 %). Le Royaume-Uni et l'Italie sont pratiquement à égalité entre les partisans et les opposants ; en Allemagne, 58 % de la population y est favorable, tandis qu'en France, cette tendance favorable atteint 68 %, tous ces pays se situant toutefois en dessous des pays baltes et nordiques, où plus de 80 % de la population se prononce en faveur du réarmement et de l'adhésion de la population civile aux forces armées et de sa préparation au combat.

Il existe en tout cas une conviction générale que la prochaine guerre n'aura pas grand-chose à voir avec l'image projetée par les précédentes. Ce ne sont pas tant les soldats sur un front hypothétique qui seront nécessaires que les compétences technologiques de leurs membres. Mais, dans tous les cas, outre leur acquisition par les nouveaux soldats, il sera indispensable de les inscrire dans un cadre de planification et de discipline communs.