Boualem Sansal se repose dans un hôpital berlinois après avoir été gracié par Tebboune

La libération de l'écrivain franco-algérien a été rendue possible grâce à la pression internationale menée par l'Allemagne, qui se chargera également de son transfert et de ses soins médicaux
<p>Boualem Sansal pronuncia su discurso tras recibir el Premio de la Paz de la Asociación Alemana de Libreros en Frankfurt el 16 de octubre de 2011 - REUTERS/ KAI PFAFFENBACH</p>
Boualem Sansal prononce son discours après avoir reçu le Prix de la paix de l'Association allemande des libraires à Francfort, le 16 octobre 2011 - REUTERS/ KAI PFAFFENBACH
  1. Fin du calvaire de Boualem Sansal
  2. Intervention présidentielle pour la libération
  3. Transfert et soins médicaux
  4. Réactions internationales
  5. Contexte de l'emprisonnement
  6. Pression internationale et faiblesse du gouvernement

Fin du calvaire de Boualem Sansal

Le calvaire de Boualem Sansal prend fin après 360 jours d'emprisonnement à Alger. L'écrivain franco-algérien a finalement été gracié, libéré et transféré dans un hôpital berlinois où il sera soigné pour son cancer de la prostate. 

La demande du président allemand Frank-Walter Steinmeier à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, appelant à la solidarité avec la situation de l'écrivain, a abouti à sa libération. Les relations entre l'Algérie et l'Allemagne, complètement différentes de celles qu'elle entretient actuellement avec la France, ont joué un rôle clé dans la libération de l'essayiste de 81 ans. 

El presidente alemán, Frank-Walter Steinmeier - PHOTO/MARYAM MAJD via REUTERS
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier - PHOTO/MARYAM MAJD via REUTERS

Intervention présidentielle pour la libération

La nouvelle a été annoncée par la présidence algérienne dans un communiqué officiel indiquant qu'elle allait accepter la proposition de Steinmeier, qui « a attiré l'attention du président algérien en raison de sa nature et de ses motifs humanitaires ». 

Le texte précise : « En application de l'article 91, paragraphe 8, de la Constitution, et après consultation conformément à la loi, le président de la République a décidé de répondre favorablement à la demande de son ami, le président de la République fédérale d'Allemagne, et c'est l'État allemand qui prendra en charge le transfert et la prise en charge de l'intéressé ». 

Transfert et soins médicaux

Parallèlement, l'avion qui devait transporter Sansal a décollé à ce moment-là pour Alger afin de l'emmener à Berlin après l'approbation de la grâce et pour qu'il subisse les examens médicaux dont l'essayiste a besoin en raison de ses problèmes de santé liés à un cancer de la prostate. 

Boualem Sansal, escritor franco-argelino encarcelado en Argel durante el último año - REUTERS/ KAI PFAFFENBACH
Boualem Sansal, écrivain franco-algérien emprisonné à Alger depuis un an - REUTERS/ KAI PFAFFENBACH

Après l'annonce, Emmanuel Macron, président de la France, et Sébastien Lecornu, Premier ministre français, ont tous deux exprimé leur « soulagement » suite à la libération de Boualem Sansal. « Boualem Sansal est libre et reviendra bientôt. Je remercie sincèrement le président Steinmeier pour notre coopération fructueuse. Je remercie le président Tebboune pour ce geste d'humanité », a déclaré Macron lors de son discours à la base de Toulouse dans le cadre de la mise en place de la Stratégie nationale spatiale (SNS). 

Réactions internationales

Les filles de l'écrivain, en particulier Sabeha Sansal, ont exprimé leur gratitude envers le président allemand. À plusieurs reprises, elles ont exprimé leur « soulagement » et leur crainte, car elles savaient que leur père serait libéré, mais elles ont également manifesté leur crainte qu'en raison de son cancer de la prostate et de son âge avancé, il puisse mourir en prison. « Je suis vraiment heureuse qu'il soit enfin libre, même s'il a un an de plus et qu'il est malade », a déclaré Sabeha. 

Selon des experts tels que Mohamed Larbi, le geste humanitaire de l'Algérie est considéré comme un geste égoïste d'apparence humanitaire, mais qui sert exclusivement les intérêts personnels du président algérien, qui fréquente les hôpitaux allemands. Ce rapprochement avec le pays d'Europe centrale s'est accru à mesure que les relations avec Paris se détérioraient, ce dernier lui refusant désormais l'accès à ses centres hospitaliers. 

El presidente argelino Abdelmadjid Tebboune - AP/ FATEH GUIDOUM
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune - AP/ FATEH GUIDOUM

Contexte de l'emprisonnement

L'emprisonnement de Sansal était un acte arbitraire sans aucun fondement. Les motifs ? Avoir exprimé librement ses pensées sur l'histoire de la région occidentale du pays algérien qui devait appartenir au Maroc. En effet, lors du procès, auquel l'écrivain a décidé de se représenter lui-même, Sansal a fait valoir que la Constitution algérienne garantit la liberté d'expression. Quelques instants plus tard, l'essayiste a prononcé l'une de ses phrases les plus célèbres : « Nous jugeons la littérature, où allons-nous ? » 

Par conséquent, l'arrestation de l'écrivain franco-algérien n'était pas une démonstration de pouvoir ni une menace contre la liberté d'expression, mais plutôt une preuve de faiblesse internationale. La preuve en est que c'est la pression internationale qui a permis la libération du romancier. 

Pression internationale et faiblesse du gouvernement

La facilité avec laquelle la pression exercée sur la junte militaire a permis la libération de l'écrivain franco-algérien montre une fois de plus que le gouvernement d'Abdelmadjid Tebboune a cherché à tirer un profit international et politique de la libération de Sansal. 

Faire preuve de faiblesse face aux demandes françaises aurait pu signifier une défaite très importante à un moment où l'isolement de l'Algérie ne cesse de s'accentuer. La reconnaissance par le Conseil de sécurité des Nations unies du plan d'autonomie du Maroc sur le Sahara a peut-être été un facteur qui a influencé la libération de l'écrivain. 

L'histoire entre l'Allemagne et Sansal remonte à loin, puisqu'il a reçu le 16 octobre 2011 le Prix de la paix de l'association allemande des libraires Friedenspreis des Deutschen Buchhandels.