Le retour de la Syrie dans le bassin méditerranéen marque un nouveau chapitre pour la région et ses citoyens

Le retour de la Syrie après 14 ans révèle une Méditerranée en pleine transformation, soulève des questions sur la reconstruction et montre comment les changements géopolitiques influencent la vie quotidienne de millions de personnes
El presidente sirio, Ahmed al-Sharaa, asiste a la ceremonia de firma de un memorando de entendimiento para la inversión en Siria, en Damasco, Siria, el 6 de agosto de 2025 - REUTERS/ KHALIL ASHAWI
Le président syrien Ahmed al-Sharaa assiste à la cérémonie de signature d'un protocole d'accord pour l'investissement en Syrie, à Damas, en Syrie, le 6 août 2025 - REUTERS/ KHALIL ASHAWI
  1. Comment le retour de la Syrie dans l'Union pour la Méditerranée affecte-t-il la région
  2. Changements dans la région méditerranéenne et géopolitique actuelle
  3. La crise humanitaire et les chiffres clés en Syrie
  4. La situation de la population et les retours
  5. Impacts et conséquences possibles pour la région
  6. Al-Sharaa et les défis de gouverner un pays en crise

Comment le retour de la Syrie dans l'Union pour la Méditerranée affecte-t-il la région

La Syrie revient dans l'Union pour la Méditerranée (UPM) après 14 ans d'absence. Cette décision est considérée comme un geste diplomatique qui témoigne de la transformation des pays de l'alliance méditerranéenne. 

Des aspects tels que la persistance dans la résolution de la crise humanitaire, la capacité des gouvernements étrangers à retrouver leur influence en Syrie, perdue depuis l'arrivée d'Ahmed Al-Sharaa à la présidence, et le rétablissement de la stabilité du pays, sont des points fondamentaux pour que la Syrie et la Méditerranée prospèrent ensemble. 

La réintégration de la Syrie, berceau de la civilisation telle qu'on la connaît aujourd'hui depuis plus de 6 000 ans, est une décision complexe qui devra s'appuyer sur des dialogues avec les autres membres et une communication constante à travers des accords politiques et commerciaux. 

10th UfM Regional Forum. 22–28 November, Barcelona. 
Xe Forum régional de l'UPM. Du 22 au 28 novembre, Barcelone

Changements dans la région méditerranéenne et géopolitique actuelle

L'arrivée de la Syrie dans l'Union ramène celle-ci à la période antérieure à 2011, année du soulèvement du Printemps arabe. Au cours des 14 années d'absence de la Syrie, la région a évolué. 

Aujourd'hui, les intérêts qui unissent les membres ont changé. Les investissements et le commerce dans le domaine de l'énergie, les migrations, les influences régionales et la sécurité sont les nouvelles propositions qui sont présentées et débattues au sein des Conseils de l'UFM.

Quatorze ans, c'est long. Les alliances précédentes n'existent plus. La prolifération des conflits et l'évolution des relations internationales ont laissé derrière elles l'instabilité et le manque de coopération. Dans ce contexte, l'arrivée de la Syrie, encore marquée par la gestion désastreuse de la famille Assad, est la réponse à la « nouvelle réalité méditerranéenne ». 

Cette nouvelle réalité repose, comme nous l'avons mentionné précédemment, sur les intérêts énergétiques – le nouveau goulot d'étranglement de l'économie mondiale –, les flux migratoires et le déclin du leadership des pays qui ont abandonné leur « position de pouvoir » au profit des nouvelles économies émergentes. 

En ce qui concerne l'énergie et ses intérêts géopolitiques, l'arrivée de la Syrie représente un changement radical. La possession de réserves de pétrole, majoritairement contrôlées par les Kurdes, et l'instabilité sont considérées, comme on dit souvent dans le jargon sportif, comme « un problème béni ». La possibilité pour le gouvernement syrien d'ouvrir de nouvelles voies de transport d'énergie vers la région favorisera la croissance du bloc, mais les difficultés et la nécessité de négocier et de dialoguer constitueront un véritable défi pour l'UM. 

<p>El presidente de Siria para una fase de transición, Ahmed al-Sharaa, y el presidente de Turquía, Tayyip Erdogan, posan mientras se estrechan la mano después de una conferencia de prensa conjunta en el Palacio Presidencial en Ankara, Turquía, el 4 de febrero de 2025 - REUTERS/ CAGLA GURDOGAN
Le président syrien pour une phase de transition, Ahmed al-Sharaa, et le président turc, Tayyip Erdogan, posent en se serrant la main après une conférence de presse conjointe au palais présidentiel à Ankara, en Turquie, le 4 février 2025 - REUTERS/ CAGLA GURDOGAN

Toutefois, le plus grand dilemme syrien a été la migration et la question des réfugiés. Depuis plus d'une décennie, la population syrienne est celle qui a enregistré le plus grand nombre de départs de son pays d'origine dans le monde entier. Avec plus de deux millions de Syriens résidant en Turquie et près de quatre autres millions répartis dans les pays voisins et en Europe, le problème migratoire a été la pire crise que le gouvernement syrien ait connue depuis plus de 14 ans. 

L'adhésion de la Syrie à l'alliance permettra non seulement d'améliorer la situation dans le pays pour les citoyens, qui partent pour survivre et non par conviction, mais aussi, parallèlement, d'atténuer la crise du trafic d'êtres humains perpétrée par les mafias installées sur les rives de la Méditerranée.

Enfin, la question du leadership. L'Europe a perdu son pouvoir de décision, comme le montrent clairement les accords de paix proposés par Trump pour Gaza et l'Ukraine, où l'Europe n'est qu'un simple spectateur. 

En revanche, le vieux continent a tenté de compenser cette perte d'autorité par la gestion des crises et la recherche réelle de solutions au moyen d'accords de toutes sortes. En ce sens, la réintégration de la Syrie est davantage un soutien qu'un problème, car elle contribue à la réorganisation politique de la région. 

<p>El presidente estadounidense Donald Trump se reúne con el presidente sirio Ahmed al-Sharaa en Riad, Arabia Saudí, en esta fotografía distribuida el 14 de mayo de 2025 - Agencia de Prensa Saudí/Distribuida vía REUTERS</p>
Le président américain Donald Trump rencontre le président syrien Ahmed al-Sharaa à Riyad, en Arabie saoudite, sur cette photo diffusée le 14 mai 2025 - Agence de presse saoudienne/Diffusée via REUTERS

La crise humanitaire et les chiffres clés en Syrie

La Syrie a été, et restera probablement pendant un certain temps, l'un des États les plus instables au monde. Abritant les factions les plus radicales d'Al-Qaïda, la stabilité politique de la Syrie a nécessité l'intervention internationale des plus grandes puissances militaires mondiales. Malgré cela, le chaos et la crise humanitaire sont depuis plus d'une décennie et demie un véritable casse-tête au niveau mondial. 

Selon des estimations récentes, 16,5 millions de personnes en Syrie ont besoin d'aide humanitaire ; plus de 7,4 millions sont toujours déplacées à l'intérieur du pays (IDP) ; et environ 6 millions vivent comme réfugiés à l'étranger, principalement dans les pays voisins. 

Selon les chiffres des Nations unies, des milliers de personnes sont revenues en 2025 : depuis décembre 2024, coïncidant avec la chute du régime de Bachar Al-Assad, environ 1,2 million de personnes sont rentrées chez elles, dont 885 000 déplacés internes et 302 000 réfugiés. 

Malgré ces retours, signe évident de la reprise du pays, la plupart doivent repartir de zéro, car, à cause de la guerre, leurs maisons sont partiellement ou totalement détruites et les services sont minimaux. C'est un signe évident que la reconstruction prendra du temps et que l'instabilité peut resurgir à tout moment. 

Les chiffres ne mentent jamais. L'arrivée de la Syrie sera essentielle pour les plans d'Al-Sharaa visant à rétablir la stabilité et à faire de la Syrie un pays émergent, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. 

L'intégration de la Syrie dans l'UFM est la preuve que les mesures prises par le nouveau gouvernement ont eu un impact au niveau international, et pourraient même être considérées comme « un vote d'espoir réel », même si les blessures internes au sein du pays restent profondes. 

Un combatiente del partido gobernante sirio pisa una bandera siria bajo el régimen de Bashar al-Assad, tendida en el suelo junto a una foto del derrocado Bashar al-Assad, en Alepo, Siria - REUTERS/ UMIT BEKTAS
Un combattant du parti au pouvoir en Syrie piétine un drapeau syrien sous le régime de Bachar al-Assad, étendu sur le sol à côté d'une photo du président déchu Bachar al-Assad, à Alep, en Syrie - REUTERS/ UMIT BEKTAS

La situation de la population et les retours

La nouvelle du retour de la Syrie peut être interprétée de deux manières. Sur le plan interne, pour la vie quotidienne de la population syrienne, cette annonce n'aura pas d'effet immédiat, mais elle doit être considérée comme une grande réussite. Sur le plan externe, elle est une preuve supplémentaire que la réhabilitation et la prise de bonnes décisions ont leur récompense. 

Le fossé creusé dans la vie des Syriens par la guerre civile, les printemps arabes, les atrocités commises par les groupes terroristes, les interventions internationales et la dictature dans laquelle ils vivaient est toujours présent. 

Ce qu'ont vécu des millions de familles syriennes pendant 14 ans, loin de chez elles et victimes de violences constantes, doit être le pilier sur lequel s'appuieront les tables rondes, les forums et les décisions de l'État syrien lui-même et des autres membres. 

La prolongation du conflit a laissé dans le pays une génération qui devra être prise en charge. La peur est un sentiment qui reste latent dans tout le pays. 

Cet ensemble de sentiments ne peut être ignoré, mais doit servir à ouvrir de nouvelles portes pour que la Syrie retrouve sa place sur la carte et puisse prendre un nouveau départ. 

Una mujer reacciona mientras la gente celebra después de que los rebeldes sirios anunciaran que han derrocado al presidente Bashar al-Assad, en Majdal Shams, una aldea drusa en los Altos del Golán ocupados por Israel - REUTERS/ STOYAN NENOV
Une femme réagit alors que la population célèbre l'annonce par les rebelles syriens du renversement du président Bachar al-Assad, à Majdal Shams, un village druze situé dans les hauteurs du Golan occupées par Israël - REUTERS/ STOYAN NENOV

Impacts et conséquences possibles pour la région

Comme nous l'avons rappelé précédemment, 14 ans d'absence syrienne, c'est trop. Les clés géopolitiques, économiques et les alliances actuelles ont complètement changé. Dans ce contexte, l'énergie, la migration et la redistribution des nouveaux partenariats devront être stables et proportionnées pour que la réintégration syrienne ait un impact positif, tant au niveau individuel que pour l'ensemble des membres. 

Si la reconstruction ne progresse pas, les millions de réfugiés recensés par les Nations unies pourraient retourner là où ils ont passé les 14 dernières années et le flux de trafic d'êtres humains, la prolifération terroriste et d'autres questions de sécurité resurgiront. 

Il en va de même pour la mise en place de nouveaux projets énergétiques. Une Syrie stable et dotée d'alliances solides peut favoriser la région et la positionner comme un nouveau pôle énergétique au niveau mondial. 

Ces deux questions ne pourraient être résolues sans une bonne diplomatie qui soutienne ces deux conjonctures qui se présentent pour l'Union pour la Méditerranée. 

PHOTO/ARCHIVO - Manifestantes en Copenhague contra las políticas europeas en contra de la llegada de refugiados sirios
Manifestants à Copenhague contre les politiques européennes visant à empêcher l'arrivée de réfugiés syriens - PHOTO/ARCHIVES

Al-Sharaa et les défis de gouverner un pays en crise

La crise en Syrie ne va pas se terminer du jour au lendemain. L'adhésion à l'UFM est un grand pas en avant pour y mettre fin, mais elle doit être considérée comme une solution aux incertitudes et comme une source d'opportunités. 

Tout dépendra de la force d'Al-Sharaa et de sa capacité à ne pas servir les intérêts étrangers et à veiller aux intérêts de la population syrienne. En fait, c'est le leitmotiv qu'il a suivi depuis son arrivée au pouvoir. 

« Nous voulons que cela marque un nouveau chapitre pour la Syrie, en remplaçant l'ignorance par la connaissance et la souffrance par la miséricorde. Nos priorités sont de combler le vide du pouvoir, de préserver la paix civile et de construire les institutions de l'État. La formation d'un nouveau gouvernement aujourd'hui est une déclaration de notre volonté commune de construire un nouvel État fort et stable qui donne la priorité aux intérêts de la patrie et des citoyens. Nos plans visent à protéger les citoyens et à améliorer la stabilité, ce qui en fait les priorités du nouveau cabinet. Nous créerons un gouvernement de transition inclusif qui représentera la diversité syrienne, avec des hommes, des femmes et des jeunes, chargé de construire de nouvelles institutions jusqu'à ce que nous organisions des élections libres et équitables. Nous annoncerons dans les prochains jours la création d'un comité chargé de préparer la conférence de dialogue national, une plateforme directe pour écouter différents points de vue sur notre programme politique pour l'avenir. Nous poursuivrons les criminels qui ont versé le sang syrien et commis des massacres, qu'ils se trouvent en Syrie ou à l'étranger, et nous instaurerons une véritable justice transitionnelle après la chute d'Assad », a déclaré Ahmed Al-Sharaa, président de la Syrie, dans son premier discours à la tête du gouvernement.

<p>El presidente de Siria, Ahmed al-Sharaa - REUTERS/ KHALIL ASHAWI </p>
Le président syrien Ahmed al-Sharaa - REUTERS/ KHALIL ASHAWI