Sahara occidental : une résolution de l’ONU en forme de révolution

Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, ce vendredi, une résolution reconnaissant le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Une victoire diplomatique pour Rabat face à Alger
Ciudadanos marroquíes
Citoyens marocains
  1. L’Algérie pourrait difficilement refuser une négociation que le Polisario accepterait
  2. L’évolution du Front Polisario
  3. Une belle leçon de diplomatie rendue possible par la capacité de la monarchie marocaine à se projeter sur le temps long

Le conseil de sécurité de l’ONU vient de voter, comme tous les ans depuis cinquante ans, une résolution sur la question du territoire du Sahara occidental, mais cette année elle n’a rien à voir avec les précédentes. On retrouve bien sûr des points communs : le Conseil demande le maintien de la Minurso, la force de paix onusienne locale, pour un an, ou se félicite du rôle joué par l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, et de ses consultations des différentes parties – le Maroc et le Front Polisario, mais aussi L'Algérie et la Mauritanie.

Pour autant, ce dossier qui semblait bloqué depuis plus de cinquante ans, entre autres parce qu’il n’y a pas d’accord des parties sur le corps électoral qui serait appelé à un référendum d’autodétermination, semble sortir de son enlisement juridique en prenant en compte les réalités du terrain.

Ces réalités sont d’abord le développement du Sahara occidental grâce aux efforts consentis par le Maroc dès 1975, quand la Marche Verte lancée par le roi Hassan II a conduit l’Espagne à décoloniser enfin ce territoire. Les provinces du Sud du Maroc ont été remises à niveau dans tous les grands équipements – éducation, santé, transport – et ont connu un développement économique important – pêche, tourisme, énergie renouvelable. Le royaume souhaite aujourd’hui, en partenariat avec les autres États de la région, continuer à développer sa façade atlantique, tout en l’ouvrant aux pays sahéliens enclavés, dans un véritable dynamisme régional.

argelia pte militar

L’Algérie pourrait difficilement refuser une négociation que le Polisario accepterait

L’autre réalité est institutionnelle : le royaume du Maroc a présenté en 2007 à l’ONU une proposition visant à permettre, sous souveraineté marocaine, une autonomie locale qui respecte à la fois les intérêts, la culture et les vœux des populations locales. Or de plus en plus d’États ont, d’une part, reconnu la marocanité de ce Sahara, en y installant des consulats, tandis que, d’autre part, les mêmes et d’autres encore défendent le projet marocain d’autonomie comme étant la seule vraie solution à ce conflit – et parmi ces derniers aujourd’hui trois membres du Conseil de sécurité sur cinq, les États-Unis dès le premier mandat de Trump, la Grande-Bretagne et la France ensuite.

L’évolution du Front Polisario

Si les résolutions du Conseil de sécurité précédentes prenaient acte de l’existence de la proposition marocaine, les choses viennent de changer avec cette nouvelle résolution qui y voit « une solution tout à fait envisageable pour résoudre enfin la question ». Le secrétaire général ayant noté qu’il y avait une véritable dynamique et une urgence à traiter la question, le Conseil de sécurité reconnaît « qu’une véritable autonomie pourrait constituer la solution la plus réaliste » et invite les différentes parties au dossier à venir négocier sur la base du texte marocain – les États-Unis ayant proposé d’accueillir ces négociations dans le cadre de la mission de l’envoyé personnel du Secrétaire général.

Viendront-elles ? On a senti l’évolution récente du Polisario, sortant de la logique binaire entre indépendance ou intégration pour envisager l’autonomie locale renforcée sous souveraineté marocaine, avec l’accord des populations. Reste bien sûr l’Algérie, mais elle pourrait difficilement refuser une négociation que le Polisario accepterait.

Quoi qu’il en soit, c’est d’ores et déjà une victoire pour un Maroc qui a eu pour lui dans ce dossier le temps long de la monarchie, aussi utile aux diplomates qu’aux bâtisseurs, et qui a toujours su tendre la main à ses adversaires – le roi a plusieurs fois affirmé qu’il ne devait y avoir ni vainqueur ni vaincu sur ce sujet et vient de le répéter hier soir après le vote –, qui a pu agir sur le terrain sans se laisser incapaciter et proposer on le voit des solutions institutionnelles réalistes.

Bourita
Nasser Bourita

Une belle leçon de diplomatie rendue possible par la capacité de la monarchie marocaine à se projeter sur le temps long

Si un accord peut enfin être trouvé grâce à ces efforts, le Maroc aura conduit la scène internationale à deux évolutions importantes. La première aura été de sortir une certaine diplomatie onusienne d’un juridisme purement théorique pour lui faire tenir compte des réalités de terrain : écoulement du temps, évolution des populations, nécessité d’en finir avec les réfugiés, soutien toujours plus important de la communauté internationale à un projet sont maintenant autant d’éléments que l’on ne pourra plus écarter en examinant un dossier sensible.

La seconde évolution sera l’apport, dans un continent, l’Afrique, dont les populations ont eu à pâtir de l’établissement des frontières coloniales et de leur maintien après les indépendances, de cet exemple concret de la mise en place d’une autonomie respectant les intérêts économiques, culturels et politiques des populations locales, sans pour cela remettre en cause la souveraineté étatique.

Une belle leçon de diplomatie rendue possible par la capacité de la monarchie marocaine à se projeter sur le temps long comme à fédérer derrière elle son peuple, bien sûr, mais aussi les autres États. Un dossier dont l’évolution devrait être suivie de près dans le domaine des relations internationales.