Une leçon groenlandaise pour le Sahara occidental

Buques de la Armada danesa y el buque francés Garonne navegan cerca de la fragata Niels Juel mientras las fuerzas armadas danesas y francesas realizan maniobras militares frente a la costa de Nuuk, Groenlandia, el 15 de septiembre de 2025 - REUTERS/ GUGLIELMO MANGIAPANE
Des navires de la marine danoise et le navire français Garonne naviguent près de la frégate Niels Juel tandis que les forces armées danoises et françaises effectuent des manœuvres militaires au large de Nuuk, au Groenland, le 15 septembre 2025 - REUTERS/ GUGLIELMO MANGIAPANE
Le conflit prolongé du Sahara occidental, dernière plaie coloniale du Maghreb, est souvent présenté comme une impasse, un nœud gordien pris entre la confrontation et la perpétuation du statu quo

Cependant, l'expérience du Groenland montre qu'il est possible de combiner une identité culturelle distincte avec une autonomie effective dans un cadre étatique plus large. 

Cette expérience offre des pistes précieuses pour imaginer, avec réalisme et courage, une issue à une crise qui dure depuis plus d'un demi-siècle.

Le modèle d'autonomie du Groenland au sein de l'État unitaire qu'est le Royaume du Danemark – un système qui intègre également avec succès un autre exemple d'autonomie, encore plus avancé, dans les îles Féroé – n'est pas proposé comme une copie conforme.

Les différences historiques, culturelles et géopolitiques sont évidentes, mais cette référence est inspirante car elle met en évidence deux principes fondamentaux : la maturité politique comme antidote aux nationalismes exclusifs, et l'autonomie avancée comme voie vers la réconciliation et la stabilité durable.

L'image de la Première ministre danoise et du Premier ministre groenlandais partageant la tribune pour aborder ensemble les défis extérieurs — y compris les manifestations d'intérêt bien connues des États-Unis pour l'île — symbolise une forme moderne et sereine de souveraineté partagée. Même l'envoi de leurs ministres des Affaires étrangères respectifs en mission conjointe illustre une approche coopérative peu courante dans les conflits territoriaux classiques.

<p>Una vista muestra un cartel en la base espacial militar estadounidense Pituffik, en Groenlandia - PHOTO/ JIM WATSON via  REUTERS </p>
Une vue montre une affiche à la base spatiale militaire américaine Pituffik, au Groenland - PHOTO/ JIM WATSON via  REUTERS

Ces gestes ne reflètent pas une faiblesse, mais une force institutionnelle. Le Danemark, en tant qu'État unitaire, ne perçoit pas l'affirmation de l'identité groenlandaise comme une menace, mais comme un élément intégré et digne au sein d'un projet commun. Le Groenland, pour sa part, exerce une véritable autonomie, avec des compétences substantielles dans des domaines tels que les ressources naturelles, l'éducation ou la culture, et projette son avenir par le dialogue et la négociation, et non par la confrontation. Il en découle un principe applicable à d'autres contextes : une large autonomie, conçue non pas comme un plafond infranchissable, mais comme une base solide à partir de laquelle construire la coexistence, la confiance et la prospérité.

Une question légitime se pose alors : le Maroc, également État unitaire et acteur central et incontournable dans cette équation, pourrait-il s'inscrire dans un modèle de cette nature et le diriger ? Poser cette question ne signifie pas sous-estimer l'évolution institutionnelle du Royaume ni sa capacité d'adaptation. Au contraire, les réformes entreprises au cours des dernières décennies et la stabilité politique atteinte sous le règne de Mohammed VI offrent une base solide pour imaginer un statut d'autonomie avancée pour le Sahara qui pourrait devenir une référence régionale.

Cela supposerait de porter à son expression maximale l'initiative présentée en 2007 : un gouvernement autonome sahraoui doté de larges compétences législatives et exécutives, d'une capacité effective de gestion économique dans un cadre de coopération avec l'État, et d'un respect total de l'identité culturelle sahraouie en tant que réalité collective et sujet politique — et non comme une simple catégorie géographique ou démographique.

Une telle formule constituerait une démonstration de la confiance du Maroc dans la solidité de son propre projet national, suffisamment robuste pour intégrer – et même s'enrichir – d'une singularité distinctive. L'aspiration commune à la paix, au développement et à la normalité dans les provinces du sud pourrait ainsi trouver une concrétisation institutionnelle stable et crédible.

Paso de Guerguerat, Marruecos - ATALAYAR/ GUILLERMO LÓPEZ
Col de Guerguerat, Maroc - ATALAYAR/ GUILLERMO LÓPEZ

Depuis nos débuts, le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) défend une solution sans vaincus ni vainqueurs. Dans le même temps, nous avons mis en garde contre les risques de reproduire des formules qui ont échoué dans d'autres contextes, comme celles expérimentées en Érythrée, au Soudan du Sud ou au Kurdistan irakien à certaines étapes historiques.

C'est pourquoi nous considérons qu'un modèle inspiré d'expériences réussies au sein d'États unitaires, comme celui du Groenland (et, dans le même système danois, celui des îles Féroé), ou d'autres comme l'actuel Kurdistan irakien ou les autonomies de Catalogne et du Pays basque — accompagné de garanties internationales claires et d'un mécanisme de mise en œuvre rigoureux — réunit les conditions réelles pour mettre définitivement fin à la crise. Il offrirait à la population sahraouie ce à quoi elle aspire légitimement : une autonomie effective, une dignité politique, un développement économique et un horizon stable. Dans le même temps, il préserverait l'intégrité territoriale du Maroc et ouvrirait de nouvelles perspectives de coopération régionale au Maghreb et au Sahel.

Il existe sans aucun doute des différences historiques importantes, mais aussi des éléments du contexte actuel qui incitent à explorer dès que possible une formule de ce type : la persistance d'un conflit armé latent, le maintien du dossier sahraoui à l'ordre du jour du Conseil de sécurité et de la Quatrième Commission des Nations unies, et la poursuite d'une opération de paix telle que la MINURSO. Cette dernière témoigne du caractère encore inachevé du processus et, que ce soit par sa simple prolongation ou par une lecture souvent biaisée et sélective, elle alimente l'indépendantisme radical.

Face à une proposition généreuse, crédible et garantie au niveau international, on peut se demander quelles raisons objectives pourraient justifier la prolongation indéfinie du conflit. L'Algérie, partenaire stratégique et voisin indispensable, pourrait trouver dans ce cadre une occasion de passer d'une logique de rivalité à une logique de coopération trilatérale dans des domaines aussi sensibles que la sécurité, l'énergie ou le développement du Sahel, devenant ainsi un acteur clé du règlement et un garant de la stabilité régionale.

Pour le MSP, le Front Polisario et l'ensemble du peuple sahraoui, cela ouvrirait également la possibilité historique de transformer des décennies de lutte en un projet de gouvernement responsable et constructif, dans un cadre de paix et de légalité internationale supervisée.

Campo de refugiados saharauis de Smara, en Tinduf - REUTERS/BORJA SUÁREZ
Camp de réfugiés sahraouis de Smara, à Tindouf - REUTERS/BORJA SUÁREZ

Il n'est pas nécessaire d'être danois ou groenlandais pour comprendre cette leçon. Il suffit d'adopter une vision pragmatique et une volonté politique courageuse. L'expérience des communautés inuites du Groenland, qui ont réussi à combiner leur identité culturelle propre avec une autonomie effective au sein d'un État unitaire, offre des enseignements précieux sur l'autonomie avancée et la coopération institutionnelle. Ce modèle démontre que la haute politique consiste précisément à surmonter les fardeaux du nationalisme exclusif du XXe siècle pour concevoir des solutions propres au XXIe siècle : plus inclusives, coopératives et orientées vers le bien-être des peuples.

Le Maghreb ne peut guère se permettre de rester prisonnier d'un conflit qui limite son intégration, affaiblit sa sécurité et freine son potentiel économique et humain. Une autonomie avancée dans le cadre de la souveraineté marocaine, suivant la logique d'intégration flexible qui a fonctionné dans des États unitaires comme le Danemark, avec ses modèles du Groenland et des îles Féroé, ne devrait pas être interprétée comme une concession, mais comme un investissement stratégique dans la paix, la stabilité et un avenir commun pour les générations futures. C'est peut-être là que réside la véritable définition de la maturité et de la volonté politique nécessaires pour mettre fin au long et douloureux conflit du Sahara occidental.

Hach Ahmed Bericalla, premier secrétaire du Mouvement sahraoui pour la paix (MSP)