Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 10 décembre
Introduction
La scène internationale des dernières 24 heures est dominée par trois vecteurs principaux :
La tentative de la Maison Blanche de conclure un accord de paix simultané pour l'Ukraine et Gaza.
La fragilité de l'économie mondiale à l'aube de nouvelles décisions des banques centrales.
L'érosion silencieuse, mais constante, des régimes autoritaires dans l'espace post-soviétique et latino-américain.
Les grands médias anglo-saxons et européens, de droite comme de gauche, s'accordent à dire que nous vivons un moment de « haut risque, haute opportunité » : des fenêtres s'ouvrent pour consolider la pression sur la Russie, Téhéran et leurs mandataires, tandis que l'économie mondiale marche sur une corde raide plus politique que strictement macroéconomique.
Dans ce contexte, Trump agit avec son habituel mélange de pragmatisme brut et de calcul électoral : main de fer contre le trafic de drogue et les révisionnismes autoritaires, mais sans se lancer dans des aventures militaires classiques que ses bases ne sont pas prêtes à payer ni en sang ni en impôts. Dans le même temps, Zelenski tente de mettre en place un plan de paix qui préserve l'intégrité territoriale de l'Ukraine face à l'impatience de certaines capitales occidentales, tandis que Moscou fait pression sur le front et radicalise son régime interne.
À Gaza, le cessez-le-feu est fragile : il y a des accusations mutuelles de violations de l'accord et une crise humanitaire qui touche avec une brutalité particulière les enfants. L'Indo-Pacifique connaît une escalade dangereuse avec des patrouilles aériennes conjointes russo-chinoises autour du Japon, tandis que l'AUKUS progresse et que la région se consolide comme l'épicentre de la nouvelle guerre froide technologique et militaire.
Dans les Caraïbes, la campagne américaine contre les narco-bateaux vénézuéliens est devenue le symbole d'une nouvelle stratégie de pression totale sur l'exécrable régime chaviste. Et sous tout cela se déroule la bataille technologique et culturelle : décision australienne d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, débat sur les puces Nvidia, investissements colossaux en Inde et espace médiatique occidental de plus en plus contaminé par le wokisme et les extrémismes identitaires.
Dans ce contexte, notre boussole reste claire : atlantisme ferme, européisme convaincu, rejet frontal du narco-chavisme et de toutes les dictatures — en particulier celles de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela —, opposition à l'agression russe en Ukraine, vigilance permanente face à l'expansionnisme chinois et condamnation sans nuance du terrorisme djihadiste sous toutes ses formes.
L'Ukraine, entre sa proposition « raffinée » et son plan de paix en 20 points
Faits
L'Ukraine prépare, avec plusieurs partenaires européens, une proposition de paix « raffinée » à présenter à Washington, axée sur le Donbass oriental, la taille de son armée et les garanties de sécurité pour l'avenir. Parallèlement, l'envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, est retourné à Moscou pour présenter la dernière version du plan de paix en 20 points à Poutine, après d'intenses consultations avec Kiev et les capitales européennes.
Le projet qui circule prévoit un cessez-le-feu sur les lignes actuelles du front, sans reconnaissance formelle de l'annexion russe, mais avec d'importantes concessions de facto, en échange de garanties de sécurité renforcées pour l'Ukraine et d'un programme de reconstruction conditionnel. De nombreux analystes considèrent ce projet comme excessivement généreux envers Moscou.
Implications
D'un point de vue atlantiste et libéral de centre-droit, le risque est évident : consacrer de facto la conquête territoriale obtenue par l'agression militaire enverrait au monde le message que la force paie, saperait des décennies de droit international et récompenserait le révisionnisme autoritaire.
La ligne rouge doit être sans équivoque : aucun accord ne peut normaliser l'occupation russe ni laisser l'Ukraine sans garanties solides liées à l'OTAN et à une « coalition des volontaires » capable de dissuader de futures offensives du Kremlin. Il ne s'agit pas d'humilier la Russie, mais d'empêcher un régime kleptocratique et expansionniste de redessiner les frontières européennes à coups de chars, de missiles et de mercenaires. Le faux « réalisme » qui invite à accepter le poutinisme en échange d'une illusion de stabilité n'est pas de la prudence : c'est une invitation à de nouvelles agressions, de la Baltique à la mer Noire.
Gaza : un cessez-le-feu fragile et une paix difficile en construction
Faits
À Gaza, une « première phase » de cessez-le-feu est maintenue : retrait progressif des forces israéliennes jusqu'à une « ligne jaune » négociée, libération d'otages en échange de la libération massive de prisonniers palestiniens et supervision directe des États-Unis sur le terrain.
Le Hamas dénonce des centaines de violations présumées de l'accord par Israël, tandis que le gouvernement israélien accuse l'organisation terroriste d'attaques contre ses troupes et justifie des opérations de représailles. Au Caire et dans d'autres capitales arabes, on discute du modèle de gouvernance post-Hamas, avec la participation de factions palestiniennes non djihadistes et le rôle important de l'Égypte, du Qatar et de la Turquie. L'UNICEF et les agences humanitaires alertent sur une malnutrition infantile « choquante » malgré l'augmentation relative de l'aide.
Implications
Pour une ligne éditoriale frontalement opposée au terrorisme islamiste, l'essentiel est d'éviter que cette paix inconfortable ne devienne une simple pause technique permettant au Hamas de se réarmer sous d'autres sigles. Toute formule d'administration de Gaza doit exclure les milices pro-iraniennes, couper le financement provenant de Téhéran et de Doha et préserver le droit d'Israël à se défendre.
Cela n'exclut pas, mais exige, la perspective d'un État palestinien viable, déradicalisé et doté d'institutions responsables devant sa population, et non devant les ayatollahs. Le discours qui présente le Hamas comme une « résistance » et Israël comme le seul agresseur est une caricature dangereuse qui trahit à la fois les victimes israéliennes et les Palestiniens qui souhaitent vivre en paix et en liberté.
Russie : guerre d'usure, autoritarisme consolidé et coordination avec la Chine dans l'Indo-Pacifique
Faits
À l'intérieur de la Russie, le régime de Poutine renforce son virage personnaliste : les mécanismes d'élection directe des maires sont démantelés, le contrôle de la présidence sur le pouvoir judiciaire est renforcé et les élections partielles gênantes à la Douma sont annulées.
Sur le front, les forces russes réalisent des avancées limitées dans des secteurs tels que Lyman et Pokrovsk, tandis que l'Ukraine contre-attaque dans les zones de Zaporijia et Oleksandrivka. Tout cela se produit parallèlement aux négociations de paix, ce qui révèle une stratégie claire de Moscou : continuer à gagner du terrain, même si ce n'est que mètre par mètre, tout en exploitant la fatigue de la guerre en Occident.
Sur le plan international, des bombardiers russes TU-95 ont participé avec des avions chinois à des patrouilles conjointes autour du Japon, provoquant le décollage de chasseurs japonais. Les États-Unis ont réitéré leur soutien à Tokyo, tandis que l'Australie avance dans le programme AUKUS visant à se doter de sous-marins à propulsion nucléaire.
Implications
Prétendre « normaliser » le poutinisme en échange d'une paix apparente est une imprudence. Accepter qu'un régime qui réprime sa population, assassine ses opposants, manipule les élections et agresse ses voisins reçoive une récompense géopolitique revient à envoyer le message que les autocrates ont tout intérêt à miser sur la violence.
La coordination militaire entre la Russie et la Chine autour du Japon montre que le défi est systémique : il n'y a pas de cloisonnement entre le front ukrainien et l'Indo-Pacifique. Si l'Ukraine tombe dans une paix injuste, la leçon que Pékin et d'autres acteurs en tireront sera que l'Occident n'est pas prêt à payer le prix pour défendre l'ordre libéral fondé sur des règles.
Conflit armé entre la Thaïlande et le Cambodge et test pour l'ASEAN
Faits
Les combats entre la Thaïlande et le Cambodge se sont poursuivis pour la troisième journée consécutive, avec des échanges d'artillerie, des opérations navales et des déplacements de population dans les zones frontalières. Les deux gouvernements parlent de « défense de l'intégrité territoriale » et d'« opérations planifiées », tandis que l'ASEAN exprime son inquiétude quant à l'impact sur la stabilité régionale et le commerce.
Trump a annoncé qu'il interviendrait personnellement, rappelant qu'il avait déjà mis fin à une escalade similaire il y a quelques mois grâce à une combinaison de pressions directes et de diplomatie téléphonique.
Implications
La crise s'inscrit dans un schéma connu : des différends territoriaux historiques, des élites nationales qui ont besoin de se réaffirmer devant leur opinion publique et un vide en matière d'arbitrage international dont des puissances comme la Chine peuvent tirer parti pour proposer une médiation intéressée.
La diplomatie occidentale doit soutenir les mécanismes de règlement des différends de l'ASEAN, renforcer sa présence politique et offrir une alternative au chéquier et au veto chinois. L'Indo-Pacifique risque de devenir une mosaïque de conflits gelés où Pékin étend son influence, port après port et base après base.
Campagne américaine contre les vedettes rapides vénézuéliennes et agenda intérieur de Trump
Faits
Les États-Unis ont intensifié leur campagne militaire contre les vedettes rapides de trafiquants de drogue présumés liés au régime Maduro dans les Caraïbes. Un important déploiement naval et aérien a été mis en place, et la Maison Blanche a laissé entendre qu'elle pourrait étendre ses opérations au Mexique et à la Colombie si cela s'avérait nécessaire pour démanteler les réseaux de trafic de drogue.
Le Congrès examine ces opérations, qui ont fait des victimes parmi les équipages des bateaux de trafiquants, parallèlement au débat interne sur le coût de la vie. Trump concentre son message national sur « rendre l'Amérique à nouveau abordable » dans un contexte de ralentissement du marché du travail et d'inflation modérée mais persistante.
Implications
Notre position est claire : le chavisme est une narco-dictature mafieuse qui a pillé le Venezuela, expulsé des millions de citoyens et transformé l'État en plateforme logistique pour le crime organisé et des régimes tels que ceux de Cuba ou du Nicaragua. Il est légitime et moralement nécessaire de frapper fermement ses infrastructures criminelles, y compris les narco-bateaux.
La combinaison de la défense de la classe moyenne face au coût de la vie et de la répression contre le trafic de drogue peut constituer un programme solide si l'on évite l'isolationnisme et si l'on maintient l'engagement atlantique et le soutien aux démocraties alliées. Il faut veiller à ce que cette fermeté ne débouche pas sur des zones d'ombre juridiques ou sur des dommages collatéraux qui alimentent le discours anti-américain de l'extrême gauche latino-américaine.
Économie mondiale : « résilience fragile » et risque de complaisance
Faits
L'économie mondiale termine l'année 2025 avec une croissance modeste, autour de 3 %, une inflation contenue mais non vaincue et des marchés financiers qui ont regagné une partie du terrain perdu. La Réserve fédérale devrait baisser ses taux de 25 points de base, tandis que la BCE se montre un peu plus prudente.
Des organismes tels que le FMI, l'OCDE et la Banque mondiale s'accordent à dire que le calme apparent cache des vulnérabilités : dette publique élevée, productivité stagnante, tensions commerciales latentes et forte dépendance à l'absence de choc géopolitique à grande échelle.
Implications
Cette « résilience fragile » ouvre une bifurcation : profiter de la trêve pour réformer (augmenter la productivité, investir dans l'innovation, mettre de l'ordre dans les finances publiques) ou la gaspiller en promesses populistes et en dépenses structurelles insupportables.
D'un point de vue libéral de centre-droit, il faut le dire sans complexe : l'État-providence n'est viable qu'avec une croissance réelle et une discipline budgétaire. La fuite en avant d'une certaine gauche européenne, qui agit comme si la dette n'avait aucun coût, est la recette parfaite pour la prochaine crise. La bataille culturelle et la bataille économique sont liées : un pays qui méprise le mérite et diabolise la création de richesse finit par manquer de ressources pour soutenir la solidarité qu'il proclame.
Chine : ralentissement interne, ambition externe
Faits
La Chine connaît une croissance nettement inférieure à celle des décennies précédentes, avec de forts déséquilibres dans le secteur immobilier, une surcapacité industrielle et une combinaison de mesures de relance sélectives, de contrôle étatique renforcé et d'expansion agressive dans le commerce et les investissements étrangers.
Le commerce mondial a rebondi d'environ 4 % en 2025, en partie grâce à des importations anticipées par crainte de nouveaux tarifs douaniers, ce qui montre à quel point l'ombre de la guerre commerciale conditionne les flux mondiaux.
Implications
Le ralentissement interne ne réduit pas, mais alimente la tentation de Pékin de chercher des débouchés à l'étranger : infrastructures stratégiques, matières premières critiques, terres rares, ports et nœuds logistiques en Asie, en Afrique et en Amérique latine.
La réponse occidentale ne peut se limiter à des discours sur la « réduction des risques » (de-risking). Cette réduction des dépendances doit s'accompagner d'investissements réels, de sécurité et d'offres politiques crédibles aux partenaires démocratiques de la région Indo-Pacifique, d'Afrique et d'Amérique latine. Si l'Occident ne comble pas ce vide, le chéquier du Parti communiste chinois le fera, accompagné de ses conditions politiques et technologiques.
Axe États-Unis-Inde-Russie : autonomie stratégique indienne et grand pari numérique
Faits
Poutine s'est rendu en Inde pour renforcer la coopération énergétique et militaire, tandis que Washington fait pression sur New Delhi pour qu'elle réduise sa dépendance vis-à-vis des armes et du pétrole russes. Les analystes s'accordent à dire que « l'amitié stratégique » entre Moscou et New Delhi connaît un déclin contrôlé : le lien historique est maintenu, mais l'Inde diversifie ses partenaires vers l'Occident et d'autres puissances asiatiques.
Parallèlement, Amazon annonce un investissement de plus de 35 milliards de dollars en Inde, qui s'impose comme un élément central de l'économie numérique mondiale et de l'écosystème des données, des services cloud et de l'intelligence artificielle.
Implications
Pour l'agenda atlantique, l'Inde est un partenaire indispensable mais jaloux de son autonomie. En faire un pilier de l'Indo-Pacifique démocratique sans lui demander de rompre brutalement avec la Russie ou l'Iran sera un test de réalisme et de finesse diplomatique.
Il ne suffit pas de faire l'éloge de la « plus grande démocratie du monde » : il faut offrir de la technologie, des investissements, une coopération en matière de défense et une place de choix dans l'architecture de sécurité régionale face à l'expansionnisme chinois dans l'océan Indien et le Pacifique occidental. En tant que pays ayant connu cette réalité de près, on sait que l'Inde ne se laisse pas tuteler : elle se respecte, se convainc et s'accompagne.
Guerre technologique : puces Nvidia, cyberagression russe et réglementation des réseaux sociaux
Faits
Les États-Unis ont présenté de nouvelles accusations fédérales contre un citoyen ukrainien accusé d'avoir participé à des cyberattaques soutenues par la Russie contre des infrastructures critiques. Dans le même temps, l'administration Trump a autorisé Nvidia à vendre à la Chine des puces H200 avancées, conçues pour des applications d'intelligence artificielle, à condition que le Trésor reçoive 25 % des revenus générés.
L'Australie a mis en place la première interdiction mondiale des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. La réglementation oblige les plateformes telles que X (anciennement Twitter) à mettre en place des mécanismes de vérification de l'âge et à restreindre l'accès des mineurs.
Implications
La guerre hybride est devenue un outil essentiel du Kremlin pour affaiblir ses adversaires sans franchir officiellement le seuil de la guerre ouverte. La cyberdéfense n'est plus une question technique : c'est une question de sécurité nationale et de cohésion sociale.
La décision concernant Nvidia montre les contradictions de la nouvelle guerre froide technologique : tout en essayant de contenir la Chine, on lui facilite l'accès à des technologies de pointe en échange d'un péage fiscal. La logique reaganienne, qui a donné d'aussi bons résultats face à l'URSS, consistait à étrangler, et non à alimenter, les capacités stratégiques de l'adversaire.
La loi australienne sur les réseaux sociaux soulève un débat de fond : comment protéger les mineurs contre la dépendance, la propagande extrémiste et la détérioration de leur santé mentale sans tomber dans un paternalisme étatique qui restreint inutilement leurs libertés. Ici, l'essentiel n'est pas d'opposer « liberté » et « protection », mais de concevoir des règles intelligentes qui préservent les deux.
L'Amérique latine et la bataille culturelle dans les médias
Faits
CNN et d'autres médias soulignent l'isolement diplomatique croissant de Nicolás Maduro, après les changements de gouvernement dans les pays des Caraïbes traditionnellement proches du chavisme et une pression plus claire de la part des États-Unis et de l'Union européenne. Bruxelles a réitéré sa dénonciation de l'usurpation de la présidence au Venezuela et a de nouveau désigné Cuba et le Nicaragua comme des régimes autoritaires commettant de graves violations des droits humains.
Des études récentes montrent une polarisation croissante de la confiance des citoyens dans les médias : les secteurs conservateurs retrouvent une certaine confiance dans des chaînes telles que Fox News, tandis qu'une partie du public perçoit CNN, la BBC et d'autres grands médias comme alignés sur des agendas identitaires et progressistes. Les réseaux sociaux amplifient les campagnes sur le wokisme, l'identité de genre et la mémoire historique, qui finissent par contaminer également les débats sur la sécurité et la politique étrangère.
Implications
Le discours de « résistance anti-impérialiste » du chavisme a depuis longtemps été démasqué : il s'agit de l'alibi rhétorique d'une mafia d'État qui vit du trafic de drogue, de l'or illicite et de la répression systématique. La stratégie doit combiner une pression financière et judiciaire sélective sur le cercle de Maduro, un soutien à l'opposition démocratique et un appui à la diaspora qui maintient vivante la cause de la liberté.
Dans le domaine médiatique et culturel, le défi pour une droite libérale est double : résister à la fois au relativisme postmoderne et au conspirationnisme cynique. Défendre l'égalité réelle, la non-discrimination et les droits fondamentaux n'exige pas d'accepter le discours qui diabolise la nation, la famille, la sécurité et le mérite. La bataille culturelle est importante car elle conditionne la volonté d'investir dans la défense, de soutenir les alliances et de tenir tête aux autocrates qui croient en une seule chose : leur propre pouvoir.
Rack média
NYT, Washington Post, CNN, BBC, Reuters, AP, AFP
Double focus sur le plan de paix pour l'Ukraine et la consolidation du cessez-le-feu à Gaza. Souligner le dilemme moral et stratégique d'accepter une paix « imparfaite » qui pourrait laisser trop de place à Moscou et au Hamas, et le rôle de Trump en tant qu'architecte de cadres de paix que ses détracteurs craignent de légitimer l'agresseur, mais que ses défenseurs présentent comme le seul moyen réaliste de mettre fin à la guerre.
WSJ, Financial Times, The Economist, médias économiques
Regard centré sur la « résilience fragile » de l'économie mondiale, la proximité de nouvelles décisions de la Réserve fédérale, l'impact de la rivalité entre les États-Unis et la Chine et l'importance des investissements technologiques en Inde. La Russie, la Chine et le Moyen-Orient apparaissent comme des « risques extrêmes » (tail risks) capables de renverser la situation en quelques semaines.
Le Monde, Le Figaro, FAZ, Die Welt, Die Zeit, Corriere, La Tribune de Genève, DPA
Préoccupation concernant l'équilibre entre le soutien à l'Ukraine, la cohésion interne de l'UE et la lassitude sociale face au coût de la guerre et à l'inflation. On perçoit un scepticisme croissant à l'égard de la capacité de leadership des États-Unis, mais sans véritable alternative au parapluie atlantique.
Al-Jazeera, Al-Arabiya, Asharq al-Awsat, An-Nahar, Orient-Le Jour, médias israéliens (Haaretz, Yedioth Ahronoth, Israel Hayom, Jerusalem Post)
Grande attention accordée à la gestion de l'après-guerre à Gaza : rôle du Qatar et de l'Égypte, pression interne sur Netanyahu, crainte que le Hamas ne mute à nouveau sous un autre drapeau et débat sur l'équilibre entre la sécurité israélienne et la dignité palestinienne.
Times of India, Hindustan Times, Indian Express, WION, Yomiuri Shimbun, South China Morning Post, China Daily, Strait Times
Couverture extensive de la visite de Poutine en Inde, pression américaine pour réduire la dépendance militaire de Moscou et grand pari d'Amazon sur le marché indien. Au Japon et en Asie du Sud-Est, attention portée aux patrouilles aériennes russo-chinoises et à la crainte d'une escalade accidentelle.
Clarín, El Mercurio, Reforma, médias vénézuéliens en exil
Interprétation de l'offensive américaine contre les narco-bateaux vénézuéliens comme un changement de phase face au chavisme. Insistance sur l'usure interne du régime et sur l'impact régional de l'exode vénézuélien, lié à l'insécurité et à la pression sur les services publics dans les pays d'accueil.
Commentaire éditorial
La journée laisse une impression inconfortable mais clarificatrice : on n'a jamais autant parlé de « paix » alors qu'il est normalisé qu'un État agresseur aspire à s'emparer du territoire de son voisin et qu'une organisation terroriste prétende se recycler en « acteur politique » après avoir massacré des civils. C'est le piège du faux réalisme : confondre l'absence provisoire de coups de feu avec la justice, appeler « équilibre » la résignation et « maturité » la capitulation.
Le réalisme sérieux sait quelque chose de beaucoup plus simple et plus dur : la paix durable ne se construit que lorsque l'agresseur intériorise qu'il ne gagnera rien par la force. Tant que le Kremlin percevra qu'il peut obtenir des concessions territoriales en échange d'une signature, tant que le Hamas et ses patrons à Téhéran estimeront qu'il est dans leur intérêt de commettre des massacres pour ensuite s'asseoir à la table des négociations, tant que le chavisme comprendra que le pétrole et la cocaïne garantissent son impunité, toute « paix » ne sera qu'une simple parenthèse avant la prochaine crise.
Dans ce contexte, la politique étrangère de Trump présente des aspects positifs et négatifs qu'il convient d'analyser sans préjugés ni sectarisme. D'une part, son instinct transactionnel le pousse à rechercher des accords rapides, comme le plan en 20 points pour l'Ukraine ou l'architecture de paix imparfaite à Gaza. C'est là que réside le risque : une précipitation excessive peut conduire à des concessions dangereuses. Mais il serait intellectuellement malhonnête de nier le mérite d'une ligne d'action qui combine dissuasion, pression économique et soutien aux alliés qui luttent pour leur survie, sans tomber – du moins jusqu'à présent – dans des aventures militaires classiques que ses bases n'accepteraient pas.
Sa main de fer contre le trafic de drogue, le narco-chavisme et les régimes qui le protègent – Caracas, La Havane, Managua – va dans la bonne direction, à condition d'éviter les raccourcis juridiques, les dommages collatéraux inutiles et les tentations isolationnistes qui affaibliraient le flanc atlantique. Une droite libérale responsable peut et doit se montrer exigeante face aux risques de l'agenda trumpien, mais il serait suicidaire de laisser au populisme de gauche le monopole de la critique morale, alors que ce même populisme a blanchi pendant des décennies les dictatures, le terrorisme et les narco-régimes.
L'autre grande bataille se livre sur le terrain des idées. Alors que Poutine et Xi croient en leur projet – autoritarisme technologique, contrôle social, nationalisme identitaire –, trop d'universités et de plateaux télévisés occidentaux remettent en question les fondements de la démocratie libérale qui permet à ces détracteurs de vivre, de s'exprimer et de prospérer. Il ne s'agit pas de nier les injustices ou les inégalités de nos sociétés, mais de rappeler une chose élémentaire : l'économie de marché réglementée, l'État social bien géré et l'État de droit ont généré plus de liberté, de prospérité et de dignité humaine que toutes les expériences révolutionnaires et national-populistes réunies.
L'Europe et l'Amérique ne sont pas condamnées à devenir les faire-valoir d'empires autoritaires ou le musée moral d'un ordre libéral auquel elles ne croient plus. Mais pour éviter cela, nous avons besoin de quelque chose qui ne s'achète sur aucun marché : la clarté morale, la volonté stratégique et la confiance en notre propre projet de liberté. C'est à cette aune que nous devons juger les plans de paix pour l'Ukraine, les accords sur Gaza, la politique à l'égard du narco-chavisme et les décisions en matière de technologie avec la Chine.
La question fondamentale est simple et brutale : voulons-nous simplement quelques mois de tranquillité ou aspirons-nous à renforcer le monde de libertés dont nous avons hérité et que nous sommes tenus de léguer, au moins aussi solide, à ceux qui viendront après nous ? L'Histoire n'attend pas. Elle ne pardonne pas non plus à ceux qui renoncent à défendre ce qu'ils disent être sacré pour une démocratie avancée.