Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 12 novembre 2025

Voici une analyse de l'actualité mondiale, structurée en thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
Posicionamiento global - <a target="_blank" href="https://depositphotos.com/es/?/">Depositphotos</a>
Positionnement mondial - Depositphotos
  1. Les États-Unis déploient le porte-avions USS Gerald R. Ford en Amérique latine en pleine campagne antidrogue et Caracas ordonne une mobilisation massive
  2. Le Sénat américain approuve la loi visant à rouvrir le gouvernement : fracture démocrate et revirement tactique de la législature
  3. Berkeley : le ministère de la Justice enquête sur les émeutes contre un événement organisé par Turning Point USA
  4. Accords d'Abraham : la Maison Blanche encourage leur extension après le cessez-le-feu à Gaza, mais l'arithmétique régionale reste compliquée.
  5. Bulle de l'IA : les inquiétudes concernant les dépenses des hyperscalers se répercutent sur le marché obligataire
  6. Un C-130 turc s'écrase entre la Géorgie et l'Azerbaïdjan : 20 morts et des doutes sur les causes de l'accident
  7. Escroquerie historique dans le domaine des cryptomonnaies : la « Cryptoqueen » chinoise condamnée au Royaume-Uni pour une fraude de près de 7 milliards d'euros
  8. Syrie : Ahmed Al-Sharaa à la Maison Blanche ; la réhabilitation expresse est consommée avec le soutien arabe (Arabie saoudite et Émirats arabes unis) et la tutelle de la sécurité
  9. Rack média
  10. Analyse éditoriale : le monde multibélique. La Syrie, le Pakistan et la nouvelle realpolitik à l'ère des incertitudes

Les États-Unis déploient le porte-avions USS Gerald R. Ford en Amérique latine en pleine campagne antidrogue et Caracas ordonne une mobilisation massive

Faits :

Le groupe de combat du Gerald R. Ford est entré dans la juridiction du Commandement Sud des États-Unis ; le ministre Padrino annonce « l'alerte maximale » et le déploiement de ~200 000 soldats. La Maison Blanche inscrit ce mouvement dans le cadre de l'offensive contre les organisations criminelles transnationales ; les détracteurs au Congrès dénoncent la destruction de bateaux à l'aide de missiles et soulèvent des doutes juridiques et sur les règles d'engagement.

Implications :

Washington renforce la dissuasion dans les Caraïbes et l'Atlantique Est, mais vénézuélise le discours de la campagne antidrogue : la simple présence d'un porte-avions crée une fenêtre « à prendre ou à laisser » qui pousse Maduro à surréagir. Si l'usage de la force contre les navires civils liés au trafic de drogue se généralise, il y aura un choc diplomatique avec Bogota et une juridification du conflit avec des coûts en termes de réputation pour les États-Unis dans la région. Pour Bruxelles, l'accent n'est plus seulement mis sur la cocaïne : il s'agit désormais de la sécurité maritime et de la liberté de navigation sur les routes sensibles.

<p>El buque de guerra más grande del mundo, el portaaviones estadounidense USS Gerald R. Ford, saliendo del fiordo de Oslo en Nesodden y Bygdoy, Noruega, el 17 de septiembre de 2025 - PHOTO/ NTB/Lise Aserud vía REUTERS</p>
Le plus grand navire de guerre au monde, le porte-avions américain USS Gerald R. Ford, quittant le fjord d'Oslo à Nesodden et Bygdoy, en Norvège, le 17 septembre 2025 - PHOTO/ NTB/Lise Aserud via REUTERS

Le Sénat américain approuve la loi visant à rouvrir le gouvernement : fracture démocrate et revirement tactique de la législature

Faits :

La Chambre haute a approuvé le projet visant à mettre fin à la fermeture par 60 voix contre 40 : majorité républicaine plus huit démocrates (et un indépendant). L'accord combine trois postes annuels et une mesure provisoire jusqu'au 30 janvier ; les subventions de l'ACA feront l'objet d'un vote séparé. The World in Brief de The Economist présente cela comme une « grande victoire » proclamée par Trump ; WaPo décrit la fracture interne chez les démocrates.

Implications :

Le shutdown (fermeture) prend fin, mais laisse un sentiment de défaite pour l'aile progressiste : le coût politique à moyen terme pourrait être supérieur au soulagement immédiat pour l'économie. Le signal pour les marchés est mitigé : le risque opérationnel diminue, mais le risque fiscal persiste en raison des litiges sur les dépenses sociales. Pour la Maison Blanche, la victoire parlementaire se traduit par un capital de négociation à l'étranger — de l'Indo-Pacifique à la frontière sud — en pleine lutte contre « l'État profond » dénoncé par les partisans de Trump.

Vista de la Casa Blanca - REUTERS/NATHAN HOWARD
Vue de la Maison Blanche - REUTERS/NATHAN HOWARD

Berkeley : le ministère de la Justice enquête sur les émeutes contre un événement organisé par Turning Point USA

Faits :

La justice annonce une enquête fédérale sur les émeutes qui ont eu lieu lors du dernier événement de TPUSA à l'université de Californie, avec des arrestations et des blessés. Le FBI-JTTF (groupe de travail conjoint antiterroriste) entre en scène ; l'université promet sa coopération. Couverture multiple et convergente dans les médias nationaux et locaux.

Implications :

Cet épisode cristallise la polarisation violente et laisse présager d'autres « batailles culturelles » judiciaires. Pour le camp conservateur, cela renforce le discours sur la liberté d'expression menacée ; pour le camp progressiste, celui sur la « désinformation » et la provocation. À l'échelle fédérale, la doctrine de l'ordre public sous Trump se renforce et l'intervention du ministère de la Justice sur les campus se normalise, avec un effet dissuasif et des litiges en matière de droits civils.

Erika Kirk, viuda del fundador de Turning Point USA, Charlie Kirk, y el vicepresidente de los Estados Unidos, JD Vance, en la Universidad de Misisipi, en Oxford, Estados Unidos, el 29 de octubre de 2025 - REUTERS/ JONATHAN ERNST
Erika Kirk, veuve du fondateur de Turning Point USA, Charlie Kirk, et le vice-président des États-Unis, JD Vance, à l'université du Mississippi, à Oxford, aux États-Unis, le 29 octobre 2025 - REUTERS/ JONATHAN ERNST

Accords d'Abraham : la Maison Blanche encourage leur extension après le cessez-le-feu à Gaza, mais l'arithmétique régionale reste compliquée.

Faits :

Le FT détaille les efforts de Trump pour étendre les accords d'Abraham — avec l'Arabie saoudite comme pièce maîtresse — après la trêve à Gaza ; le président lui-même anticipait déjà des extensions depuis octobre.

Implications :

L'incitation est claire (défense aérienne intégrée, investissements, corridors énergétiques), mais les coûts politiques à Riyad, Amman et Rabat restent élevés alors que l'Iran reconfigure ses mandataires en Syrie et au Liban. Sans calendrier crédible pour la Cisjordanie et sans garanties de sécurité pour Israël, la « grande photo » risque de n'être qu'une diplomatie de façade. Le véritable levier pourrait venir des Émirats et de l'Arabie saoudite, qui conditionnent leur chéquier à des progrès tangibles et à la suppression des voies d'approvisionnement en armes via la Syrie.

Ceremonia de firma de los Acuerdos de Abraham, normalizando las relaciones entre Israel y algunos de sus vecinos de Oriente Medio, en un realineamiento estratégico de los países de Oriente Medio contra Irán, en el Jardín Sur de la Casa Blanca en Washington, Estados Unidos, el 15 de septiembre de 2020 - REUTERS/ TOM BRENNER
Signature des accords d'Abraham, normalisant les relations entre Israël et certains de ses voisins du Moyen-Orient, à la Maison Blanche à Washington, États-Unis, le 15 septembre 2020 - REUTERS/ TOM BRENNER

Bulle de l'IA : les inquiétudes concernant les dépenses des hyperscalers se répercutent sur le marché obligataire

Faits :

Le FT fait état de tensions sur les spreads (écarts) de la dette des grandes entreprises technologiques en raison des dépenses d'investissement dans l'IA et les centres de données ; les émissions multimillionnaires de Meta, Alphabet et Oracle coexistent avec des doutes sur les rendements et la concentration de clients à haut risque.

Implications :

Sur le marché obligataire, le « AI-trade » se sophistique : les investisseurs commencent à faire la distinction entre le bilan et les flux de trésorerie. On observe des signes d'un mini-cycle de crédit chez les fournisseurs de cloud et de semi-conducteurs de deuxième niveau. Le macroéconomique reçoit deux messages : pression sur le coût du capital et goulot d'étranglement énergétique (puissance contractuelle, réseaux et réglementation) susceptible de ralentir la courbe d'adoption.

Logotipo del alfabeto y las palabras de Inteligencia Artificial (IA) - REUTERS/DADO RUVIC
Logo représentant l'alphabet et les mots « Intelligence artificielle » (IA) - REUTERS/DADO RUVIC

Un C-130 turc s'écrase entre la Géorgie et l'Azerbaïdjan : 20 morts et des doutes sur les causes de l'accident

Faits :

Un Hercules C-130 de l'armée de l'air turque s'est écrasé, faisant 20 morts parmi l'équipage. Les images diffusées montrent la séparation du fuselage et des ailes, ce qui alimente les spéculations sur un éventuel impact externe ; les autorités mènent l'enquête.

Implications :

Le corridor Mer Noire-Caucase revient sur le devant de la scène. Si une action hostile était confirmée, la Turquie activerait des règles de riposte qui auraient un effet domino en Géorgie et en Azerbaïdjan. Même s'il s'agissait d'une défaillance structurelle, Ankara réviserait sa flotte existante et sa chaîne logistique ; l'OTAN en tiendrait compte pour ses missions de pont aérien et de MEDEVAC (évacuation médicale).

Un avión C-130J Hércules de la Fuerza Aérea de los Estados Unidos despega de la antigua base militar Roosevelt Roads en Ceiba, Puerto Rico, el 12 de septiembre de 2025 - REUTERS/ RICARDO ARDUENGO
Un avion C-130J Hercules de l'armée de l'air américaine décolle de l'ancienne base militaire Roosevelt Roads à Ceiba, Porto Rico, le 12 septembre 2025 - REUTERS/ RICARDO ARDUENGO

Escroquerie historique dans le domaine des cryptomonnaies : la « Cryptoqueen » chinoise condamnée au Royaume-Uni pour une fraude de près de 7 milliards d'euros

Fait :

La justice britannique prononce de longues peines de prison contre la meneuse d'une macro-escroquerie dans le domaine des cryptomonnaies qui opérait à l'échelle internationale, menait une vie ultra-luxueuse et avait des ramifications en Chine.

Implications :

Trois vecteurs : (1) accélération du resserrement réglementaire de type MiCA (à l'européenne) sur les exchanges et les mixers ; (2) durcissement des mesures KYC/AML (connaissance du client / prévention du blanchiment) par les banques ; (3) pour l'Asie et la City, cette affaire consolide Londres comme juridiction sévère en matière de crimes financiers transfrontaliers. Risque de réputation pour les projets de tokenisation sérieux qui doivent se différencier par leur transparence.

Representación de las monedas virtuales Ripple, Bitcoin, Litecoin y Etherum - <a  data-cke-saved-href="https://depositphotos.com/es/?/" href="https://depositphotos.com/es/?/">Depositphotos</a>
Représentation des monnaies virtuelles Ripple, Bitcoin, Litecoin et Etherum - Depositphotos

Syrie : Ahmed Al-Sharaa à la Maison Blanche ; la réhabilitation expresse est consommée avec le soutien arabe (Arabie saoudite et Émirats arabes unis) et la tutelle de la sécurité

Faits :

Le nouvel homme fort de Damas — ancien membre du HTS/Al-Nusra — détaille à Washington un plan de coopération avec les États-Unis sur les frontières, le trafic de captagon et le démantèlement des réseaux iraniens. La lecture régionale souligne le rôle déterminant de Riyad et d'Abou Dhabi dans la réintégration de la Syrie et dans « l'acceptation conditionnelle » d'Al-Sharaa comme interlocuteur de l'ordre.

Implications :

La realpolitik arabe s'impose : couper les couloirs iraniens, mettre de l'ordre à Idlib et blinder le littoral syrien en Méditerranée orientale. Si les engagements sont tenus (contrôle du captagon, passages avec la Jordanie et la Turquie, confinement du Hezbollah), la Ligue arabe et les fonds du Golfe encourageront la reconstruction dans les zones sûres. En cas d'échec, la tentation des seigneurs de guerre reviendra et le djihadisme résiduel resurgira. Le message à Téhéran est clair : la Syrie revient dans le monde arabe.

El presidente sirio Ahmed al-Sharaa con el presidente estadounidense Donald Trump en la Casa Blanca el 10 de noviembre de 2025 para mantener unas conversaciones sin precedentes - PHOTO/ SANA
Le président syrien Ahmed al-Sharaa avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 10 novembre 2025 pour des discussions sans précédent - PHOTO/ SANA

Rack média

États-Unis / Politique et sécurité

  • Washington Post : porte-avions Ford et « alerte maximale » au Venezuela ; fracture démocrate dans l'accord pour rouvrir le gouvernement ; réunion Trump-Al-Sharaa à la Maison Blanche.
  • The Economist – World in Brief : le Sénat approuve la loi pour rouvrir le gouvernement (60-40) avec huit démocrates ; mise à jour sur le Pakistan.
  • Financial Times : tension sur les obligations en raison des dépenses d'investissement dans l'IA et les centres de données ; débat sur la durabilité du commerce IA.
  • CBS / LA Times / ABC-7 : le ministère de la Justice enquête sur les émeutes à l'université de Berkeley suite à l'action de TPUSA.

Moyen-Orient

  • Financial Times et Reuters : Trump veut étendre les accords d'Abraham ; perspectives pour l'Arabie saoudite.

Amériques / Crime organisé

  • Washington Post : extension de la doctrine antidrogue ; risque d'escalade avec le Venezuela.

Caucase / Sécurité aérienne

  • AP : accident du C-130 turc faisant 20 morts ; les premières images alimentent les hypothèses.

Cyberfinance / Justice

  • AP : condamnation de la « Cryptoqueen » chinoise pour une escroquerie de plusieurs millions de dollars.

Analyse éditoriale : le monde multibélique. La Syrie, le Pakistan et la nouvelle realpolitik à l'ère des incertitudes

La synchronie de la nouvelle normalité

Les 48 heures qui se sont écoulées entre le 10 et le 11 novembre 2025 résument avec une brutalité saisissante toute la « nouvelle normalité » géopolitique. Ces deux jours ne présentent pas une contradiction, mais le contraste le plus flagrant de notre époque. Alors que la terreur djihadiste dans ses formes les plus pures et les plus meurtrières dévaste les capitales d'Asie du Sud, Washington exécute l'acte de realpolitik le plus clair et peut-être le plus nécessaire de la décennie, redéfinissant sous nos yeux qui est un terroriste et qui est un interlocuteur, surtout s'il y a eu une évolution dans sa ligne pour devenir un allié et si l'ennemi commun est le terrorisme djihadiste et l'État terroriste par excellence, l'Iran.

Dans le premier scénario, celui du chaos et du sang, nous assistons à la manifestation du djihad que j'ai analysée en profondeur dans mes travaux. Le 10 novembre, une voiture piégée sophistiquée coordonnée par une cellule de « cols blancs » frappe le cœur de New Delhi. À peine 24 heures plus tard, le 11 novembre, un terroriste suicide se fait exploser dans un complexe judiciaire à Islamabad, la capitale du Pakistan.

Dans le deuxième scénario, celui des bureaux et du pragmatisme aussi glacial qu'inévitable dans ce cas, nous assistons au triomphe de l'opportunisme sur l'idéologie. Simultanément, le 10 novembre, le président par intérim de la Syrie, Ahmed Al-Sharaa, atterrit à Washington D.C. et est reçu à la Maison Blanche par le président Donald Trump. Cet homme, accueilli comme un chef d'État, n'est autre qu'Abu Mohamed Al-Jolani, le fondateur de Jabhat Al-Nusra, l'ancienne filiale officielle d'Al-Qaïda en Syrie, un homme pour la capture duquel les États-Unis ont offert 10 millions de dollars et qui aujourd'hui, selon ses alliés et lui-même, lutte contre ses anciens compagnons et poursuit la lutte contre ses ennemis éternels, Daech (les djihadistes sunnites) et l'Iran et ses mandataires, en particulier le Hezbollah.

Tout cela n'est pas un paradoxe. C'est le portrait exact du monde « multibélique » dans lequel j'ai insisté sur le fait que nous vivons. Un monde qui n'est pas multipolaire, car il manque de pôles de pouvoir stables et prévisibles, mais qui est plutôt un scénario chaotique de conflits multiples, asymétriques et simultanés. Sur cet échiquier, les alliances sont tactiques, les ennemis sont fluides et l'idéologie est morte, assassinée par le pragmatisme le plus cru. L'« Internationale autoritaire » ne comprend pas seulement des États-nations révisionnistes, mais réhabilite désormais, de manière pragmatique, des acteurs non étatiques ayant un passé génocidaire s'ils servent ses intérêts immédiats.

El presidente sirio, Ahmed al-Sharaa, pronuncia un discurso en el Palacio Presidencial en Damasco, Siria - PHOTO/ PRESIDENCIA SIRIA
Le président syrien Ahmed al-Sharaa prononce un discours au palais présidentiel à Damas, en Syrie - PHOTO/ PRÉSIDENCE SYRIENNE

L'épicentre de la terreur : la double crise symétrique en Asie du Sud

Les attentats meurtriers qui ont frappé New Delhi et Islamabad à seulement 24 heures d'intervalle ne sont ni des événements parallèles ni fortuits. Ils sont symétriques. Ils représentent les deux faces de l'échec catastrophique et de la schizophrénie stratégique qui caractérisent l'État pakistanais. La face externe, le terrorisme comme outil de politique étrangère contre l'Inde, et la face interne, le terrorisme comme le monstre de Frankenstein qui se retourne contre son créateur pour le dévorer.

L'attentat de New Delhi : la terreur des « cols blancs » et la doctrine Sindoor

Le 10 novembre 2025, peu avant 19 heures, une voiture piégée a explosé dans l'un des quartiers les plus fréquentés et les plus emblématiques de New Delhi, près du fort rouge historique (Lal Qila) et de la station de métro. Le véhicule, une Hyundai i20, a explosé à un feu rouge, provoquant un massacre qui a fait au moins 13 morts et plus de 20 blessés. La cible était clairement civile, touristique et conçue pour infliger un maximum de terreur et d'humiliation à l'État indien dans sa capitale.

Le plus alarmant dans cette attaque n'est pas seulement son exécution, mais le profil de ses auteurs. Les enquêtes menées par l'Agence nationale d'enquête (NIA) indienne ont révélé l'existence d'un « module en col blanc ». Le conducteur présumé du véhicule suicide était le Dr Umar, un médecin résidant à Pulwama (Jammu-et-Cachemire), et parmi les huit personnes arrêtées en relation avec la cellule figure le Dr Shaheen Saeed, également originaire du Cachemire.

Cette cellule de professionnels radicalisés est directement liée à des groupes terroristes basés au Pakistan : Jaish-e-Mohammad (JeM) et Ansar Ghazwat-ul-Hind. L'arrestation de ce groupe s'est produite dans le contexte de la découverte d'un arsenal massif de plus de 2 900 kg de matériel destiné à la fabrication d'engins explosifs improvisés (EEI) à Faridabad, ce qui indique une opération d'une ampleur effrayante.

Un miembro de las fuerzas de seguridad indias, tras el ataque de Pahalgam en el sur de Cachemira, en Srinagar, el 5 de mayo de 2025 - REUTERS/SHARAFAT ALI
Un membre des forces de sécurité indiennes, après l'attaque de Pahalgam dans le sud du Cachemire, à Srinagar, le 5 mai 2025 - REUTERS/SHARAFAT ALI

La réaction du Premier ministre indien, Narendra Modi, depuis le Bhoutan, a été calculée pour un public mondial. À un moment de son discours, il est délibérément passé à l'anglais pour assurer que « les conspirateurs ne seront pas pardonnés » et que « tous les responsables seront traduits en justice ». Cette déclaration n'est pas une condamnation rhétorique. Il s'agit d'une référence directe et inquiétante à la nouvelle doctrine stratégique de l'Inde, l'« opération Sindoor », qui a vu le jour après le grave attentat terroriste perpétré à Pahalgam en avril 2025.

Cette nouvelle doctrine, comme l'ont souligné les analystes de l'IISS, marque un changement sans précédent : l'Inde n'absorbera plus passivement le terrorisme commandité. M. Modi a déclaré que toute future attaque de ce type serait considérée comme un « acte de guerre » et que l'Inde ne céderait pas au « chantage nucléaire » pakistanais. L'attentat de Delhi, perpétré par un actif stratégique de l'establishment militaro-ISI pakistanais (le JeM), n'est donc pas un simple acte terroriste : c'est un casus belli selon la nouvelle doctrine durcie de New Delhi. Il a placé l'Asie du Sud au bord d'une guerre ouverte entre deux puissances nucléaires, dans une escalade bien plus dangereuse que les crises de 2019 ou de mai 2025. La récente menace du chef du LeT, Hafiz Saeed, d'utiliser le Bangladesh comme nouvelle plate-forme de lancement contre l'Inde ne fait que confirmer l'intransigeance du Pakistan et ajoute de l'huile sur le feu qui brûle déjà sans contrôle.

L'attentat d'Islamabad : l'État dévoré par sa propre création

À peine 24 heures après l'attaque de Delhi, la terreur a frappé l'autre capitale. Le 11 novembre 2025, vers 12h39, un kamikaze a fait exploser ses explosifs dans le complexe judiciaire du district G-11 d'Islamabad. Le terroriste a tenté de pénétrer dans le bâtiment et, ayant échoué, s'est immolé près d'un véhicule de police à l'entrée. L'explosion a été dévastatrice, tuant 13 personnes (dont l'auteur) et en blessant 36 autres.

L'attaque a rapidement été revendiquée par Jamaat-ul-Ahrar (JuA), une faction meurtrière du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), les talibans pakistanais. L'objectif était explicite et effrayant : « les juges, les avocats et les fonctionnaires qui appliquent les lois non islamiques du Pakistan ».

Un soldado del Ejército paquistaní saluda mientras está de pie sobre un sistema de misiles de defensa aérea durante el desfile militar del Día de Pakistán en Islamabad, Pakistán - REUTERS/SAIYNA BASHIR
Un soldat de l'armée pakistanaise salue alors qu'il se tient debout sur un système de missiles de défense aérienne lors du défilé militaire de la fête nationale pakistanaise à Islamabad, au Pakistan - REUTERS/SAIYNA BASHIR

C'est là que réside la symétrie. Contrairement à l'attaque de Delhi, qui était un acte d'agression externe par l'intermédiaire d'un mandataire, celle d'Islamabad était une attaque interne visant le cœur symbolique de l'État pakistanais. Le TTP n'attaque pas des cibles civiles par terreur aveugle (même s'il le fait), mais attaque systématiquement l'État (police, armée, juges) qu'il considère comme apostat.

C'est le « coup de griffe du tigre affamé » que j'ai décrit dans d'autres crises. Le Pakistan est victime de sa propre politique désastreuse de « profondeur stratégique » en Afghanistan. Pendant des décennies, l'ISI a encouragé, formé et financé les talibans afghans afin de contrôler Kaboul et de contrer l'Inde. La victoire de ses protégés à Kaboul, célébrée par Islamabad, a causé sa perte. Comme on pouvait s'y attendre, les talibans afghans ont fourni un refuge sûr, un soutien idéologique et une profondeur opérationnelle à leurs frères idéologiques du TTP. En conséquence, le TTP a déclenché une insurrection dévastatrice, avec des centaines d'attaques rien qu'en 2025, semant la terreur depuis la province frontalière de Khyber Pakhtunkhwa jusqu'aux tribunaux de la capitale.

La réaction du Pakistan : schizophrénie stratégique et tactique de diversion

La réaction officielle d'Islamabad à cette double crise révèle sa schizophrénie stratégique. Face à l'attentat du TTP dans sa capitale, le ministre de la Défense, Khawaja Asif, a déclaré à juste titre que le Pakistan était en « état de guerre » contre cette insurrection.

Cependant, presque au même moment, le ministre de l'Intérieur, Mohsin Naqvi, et le Premier ministre, Shehbaz Sharif, ont eu recours au vieux manuel, accusant immédiatement l'Inde et « des éléments soutenus par l'Inde et des mandataires afghans » d'être responsables de l'attaque d'Islamabad. C'est tout simplement délirant. Le TTP, qui a revendiqué l'attaque, est l'ennemi mortel de l'Inde.

Cette réaction est la manifestation de la « tactique de distraction cyclique » (CDT), un cadre analytique qui explique comment l'establishment militaro-ISI pakistanais a historiquement utilisé la rivalité avec l'Inde et la cause du Cachemire pour détourner l'attention de ses échecs internes catastrophiques : effondrement économique, insurrections au Baloutchistan et au KPK, et mauvaise gouvernance généralisée.

El ministro de Defensa de Pakistán, Khawaja Muhammad Asif - REUTERS/ FAYAZ AZIZ
Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif - REUTERS/ FAYAZ AZIZ

Le problème est qu'en novembre 2025, cette tactique a fait son temps. Le TTP n'est plus une distraction, c'est une menace existentielle qui saigne l'État à blanc. Et l'Inde, armée de sa nouvelle doctrine Sindoor, n'est plus un bouc émissaire passif, mais un acteur prêt à riposter militairement à l'attaque de Delhi. Le Pakistan se trouve pris dans un étau mortel de son propre cru : menacé d'une guerre extérieure par le proxy qu'il utilise (JeM) et dévoré de l'intérieur par le proxy qui l'utilise (TTP/Taliban afghan) .

La mutation du djihad : le triomphe de la realpolitik en Syrie

Parallèlement à l'explosion du djihadisme sous sa forme la plus primitive en Asie du Sud, l'Occident, mené par les États-Unis, consacre la mutation d'une autre faction djihadiste. Le « gambit d'Al-Sharaa » démontre la transformation réussie d'un acteur salafiste-djihadiste transnational (Al-Qaïda) en un acteur nationaliste et pragmatique (le nouveau gouvernement syrien). La realpolitik de l'administration Trump a non seulement accepté ce changement, mais l'a encouragé, misant sur un « mal connu » pour stabiliser la Syrie et combattre un ennemi commun : l'État islamique (EI-K).

La métamorphose : d'Al-Jolani, terroriste d'Al-Qaïda, à président Al-Sharaa

La réunion dans le Bureau ovale du 10 novembre est l'aboutissement d'un processus de blanchiment mené à une vitesse sans précédent. Il est essentiel de rappeler qui est Ahmed Al-Sharaa. Né en 1982, il a été arrêté par les forces américaines en Irak en 2005. Après sa libération, il a fondé Jabhat Al-Nusra, la branche syrienne officielle d'Al-Qaïda, prêtant allégeance à Aïman Al-Zawahiri. Pendant des années, il a été le terroriste le plus recherché en Syrie, avec une récompense américaine de 10 millions de dollars sur sa tête.

Cependant, Al-Sharaa s'est révélé être un politicien machiavélique, et non un idéologue apocalyptique. Il a rompu tactiquement avec Al-Qaïda, a rebaptisé son groupe Hayat Tahrir Al-Sham (HTS) et s'est positionné comme un acteur nationaliste syrien. Après l'effondrement du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024, il s'est déclaré président par intérim de facto en janvier 2025.

<p>El presidente sirio Ahmed al-Sharaa se dirige a la 80.ª Asamblea General de las Naciones Unidas en la sede de la ONU en Nueva York, EE. UU., el 24 de septiembre de 2025 - REUTERS/ JEENAH MOON</p>
Le président syrien Ahmed al-Sharaa s'adresse à la 80e Assemblée générale des Nations unies au siège de l'ONU à New York, aux États-Unis, le 24 septembre 2025 - REUTERS/ JEENAH MOON

Depuis lors, sa réhabilitation a été totale :

  1. Mai 2025 : Trump rencontre Al-Sharaa et le prince héritier saoudien à Riyad.
  2. Juillet-octobre 2025 : les États-Unis et le Royaume-Uni révoquent la désignation de HTS comme organisation terroriste.
  3. Novembre 2025 : le Conseil de sécurité de l'ONU, sous l'impulsion des États-Unis, lève les sanctions personnelles contre Al-Sharaa et son entourage.

Le calcul cynique de Washington : un partenaire contre l'État islamique

La politique étrangère de l'administration Trump est transactionnelle, pragmatique et méprise l'idéologie. L'accord avec Al-Sharaa en est la preuve paradigmatique. L'ennemi de Washington en Syrie n'est plus le « djihadisme » dans l'abstrait, mais l'État islamique (EI-K) et l'influence iranienne.

HTS (Al-Sharaa) et l'EI-K sont des ennemis mortels depuis 2013. L'État islamique considère Al-Sharaa comme un apostat et a revendiqué de multiples attaques contre son nouveau gouvernement, dont au moins deux tentatives d'assassinat direct contre lui.

Le pacte est simple : Al-Sharaa offre aux États-Unis un partenaire sunnite sur le terrain, prêt à éradiquer les vestiges de l'État islamique et à servir de rempart contre l'Iran. Lors de sa visite à Washington, la Syrie a officiellement rejoint la « Coalition mondiale pour vaincre l'EI ». En échange, les États-Unis offrent à Al-Sharaa la seule chose dont il a besoin pour consolider son pouvoir : la levée des sanctions et la clé pour accéder aux fonds internationaux de reconstruction. Les États-Unis n'ont pas pardonné à un terroriste ; ils ont engagé un spécialiste de la contre-insurrection djihadiste.

Combatientes de las Fuerzas Democráticas Sirias (FDS), respaldadas por Estados Unidos, se preparan para la batalla contra militantes del Daesh en Raqqa, noreste de Siria - AP/HUSSEIN MALLA
Des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les États-Unis, se préparent à livrer bataille contre les militants de Daech à Raqqa, dans le nord-est de la Syrie - AP/HUSSEIN MALLA

Les défis de l'« État syrien » : une coquille vide à vendre

La visite d'Al-Sharaa à la Maison Blanche n'est pas un voyage de victoire, mais un voyage de mendicité. Le nouveau dirigeant syrien préside une coquille vide.

  • Ruine économique : l'économie syrienne est détruite. Le PIB a chuté de 64 % depuis 2011. L'inflation galope et la monnaie s'est effondrée. La Banque mondiale estime le coût de la reconstruction entre 216 et 400 milliards de dollars. Sans les fonds qu'il cherche à obtenir à Washington, son gouvernement n'est pas viable. Les États riches du Golfe, menés par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis d'un côté, et le Qatar de l'autre, financent déjà largement le gouvernement syrien de Sade et sa reconstruction.
  • Fragmentation interne : l'État syrien est aujourd'hui une fiction juridique. Al-Sharaa ne contrôle pas l'ensemble du territoire. Les tensions persistent avec les Forces démocratiques syriennes (FDS) kurdes dans le nord-est, avec les minorités druzes dans le sud (qui se méfient de lui), et il doit faire face à la présence de troupes turques et israéliennes, qui ont occupé l'ancienne zone démilitarisée.
  • L'héritage russe : Le plus grand défi pragmatique d'Al-Sharaa est qu'il hérite d'une armée et d'un secteur énergétique totalement dépendants de la doctrine, de l'équipement et de la maintenance russes. Ses chars, ses avions et ses centrales électriques ont besoin de pièces détachées et de techniciens de Moscou.

Al-Sharaa joue un jeu d'équilibre impossible. Il a besoin des États-Unis (argent et légitimité), mais aussi de la Russie (maintenance militaire) et des puissances régionales telles que la Turquie et l'Arabie saoudite. C'est un pragmatique contraint de trouver un équilibre entre tous les acteurs de l'« Internationale autoritaire » et la realpolitik de l'administration Trump.

El presidente interino sirio, Ahmed Al-Sharaa, firma un borrador de constitución, tras ser presentado por un comité sirio de expertos legales, en Damasco, Siria, el 13 de marzo de 2025 - PHOTO/ Presidencia siria vía REUTERS TV
Le président syrien par intérim, Ahmed Al-Sharaa, signe un projet de constitution, après sa présentation par un comité syrien d'experts juridiques, à Damas, en Syrie, le 13 mars 2025 - PHOTO/ Présidence syrienne via REUTERS TV

Le « grand jeu » et l'Internationale autoritaire

Les crises à Damas, Delhi et Islamabad ne sont pas des événements régionaux isolés. Elles constituent le terrain de jeu des grandes puissances. L'instabilité en Asie du Sud menace directement les impératifs stratégiques de la Chine, tandis que le vide du pouvoir en Syrie est le nouveau théâtre d'une concurrence pragmatique entre une Russie affaiblie et des États-Unis transactionnels.

Chine : le désespoir stratégique du détroit de Malacca

Pour comprendre la Chine, comme je l'ai expliqué à maintes reprises, il faut comprendre la géographie. Pékin vit avec deux désespoirs stratégiques fondamentaux.

Le premier est le goulot d'étranglement du détroit de Malacca. Environ 80 % de ses importations énergétiques et une grande partie de son commerce mondial doivent transiter par ce détroit. En cas de conflit, la marine américaine et ses alliés (Australie, Philippines) peuvent facilement étrangler l'économie chinoise.

Le second est son plateau continental. Les eaux qui baignent la côte chinoise sont peu profondes. Cela signifie que sa flotte de sous-marins lanceurs d'engins (SSBN), sa force de dissuasion nucléaire de deuxième frappe, est vulnérable et détectable dès qu'elle quitte le port. Ils ont besoin d'un accès immédiat à des eaux profondes.

Contenedores chinos en el puerto de Los Ángeles, en Wilmington, California (EE. UU.), el 5 de noviembre de 2025 - REUTERS/ MIKE BLAKE
Conteneurs chinois dans le port de Los Angeles, à Wilmington, en Californie (États-Unis), le 5 novembre 2025 - REUTERS/ MIKE BLAKE

La solution de la Chine à ces deux désespoirs est double :

  1. Gwadar/CPEC : Le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), qui fait partie de l'initiative « Belt and Road » (BRI), est le seul projet qui offre à la Chine un contournement terrestre pour éviter Malacca. Le port de Gwadar, sur la côte pakistanaise de la mer d'Oman, serait relié par voie terrestre au Xinjiang, permettant ainsi au pétrole et au gaz de circuler à l'abri du contrôle naval américain.
  2. Taïwan : La conquête de Taïwan n'est pas seulement un impératif nationaliste. C'est un impératif militaire. Une base sous-marine sur la côte est de Taïwan donnerait à la marine chinoise un accès instantané aux eaux profondes du Pacifique, rendant ainsi viable sa dissuasion nucléaire. Ces deux objectifs sont inextricablement liés. Une action contre Taïwan, qui, comme je l'ai déjà signalé, n'est plus improbable mais « malheureusement probable », entraînerait un blocus naval immédiat de Malacca. Par conséquent, la survie logistique de la Chine pendant une guerre pour Taïwan dépend entièrement de la stabilité du CPEC au Pakistan.

Dans ce contexte, l'attentat du TTP à Islamabad et l'instabilité croissante au Pakistan (KPK, Baloutchistan) ne sont pas un problème pakistanais. Il s'agit d'une crise de sécurité nationale de premier ordre pour Pékin. La Chine voit sa seule voie de sortie stratégique partir en fumée. La nouvelle route de la soie, présentée comme un grand projet géopolitique, se révèle vulnérable aux réalités locales : corruption endémique, instabilité politique et terrorisme.

Russie : le pragmatisme d'un acteur affaibli en Syrie et en Inde

Affaiblie par sa guerre désastreuse en Ukraine et la pression de l'OTAN en Europe, la Russie ne peut se permettre de perdre ses atouts stratégiques. Elle joue la carte de l'adaptation.

En Syrie, Moscou a accepté la nouvelle réalité d'Al-Sharaa. Elle a perdu son pantin Assad, mais elle ne peut pas perdre sa seule base navale en eaux chaudes en Méditerranée (Tartous). Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déjà rencontré le nouveau gouvernement syrien, demandé la fin des sanctions et promis son soutien à la reconstruction. Al-Sharaa estime qu'il a besoin de la Russie pour maintenir son armée et son secteur énergétique, hérités de l'ère Assad. Moscou accepte ce rôle de « fournisseur de maintenance » afin de conserver son importance stratégique. Al-Sharaa, pour sa part, tentera d'équilibrer les États-Unis (argent) et la Russie (armée), et Moscou jouera le jeu.

En Asie du Sud, la Russie conserve son atout le plus sûr. Alors que l'Inde se rapproche des États-Unis, Moscou veille à ce que ses relations historiques et militaires avec New Delhi restent « à l'épreuve des échecs ». La Russie reste un fournisseur d'armes essentiel pour l'Inde et un contrepoids diplomatique, assurant son influence sur les deux théâtres de crise, la Syrie et l'Asie du Sud.

Retratos del presidente sirio Bashar al-Asad, a la derecha, y del presidente ruso Vladimir Putin en la ciudad de Rastan, Siria, el miércoles 15 de agosto de 2018 - AP/ SERGEI GRITS
Portraits du président syrien Bachar al-Assad, à droite, et du président russe Vladimir Poutine dans la ville de Rastan, en Syrie, le mercredi 15 août 2018 - AP/ SERGEI GRITS

Conclusion éditoriale : un monde « multibélique » et l'hydre djihadiste

Ce à quoi nous avons assisté les 10 et 11 novembre 2025 n'est pas, j'insiste, une anomalie. C'est la révélation douloureuse et aveuglante de la « nouvelle normalité ». Comme je l'ai maintes fois soutenu dans La Razón, El Debate et COPE, nous avons abandonné l'ordre libéral pour entrer dans un monde « multibélique ». Un monde défini non pas par la concurrence prévisible entre de grands pôles (multipolaire), mais par la collision chaotique, simultanée et perpétuelle de multiples formes de guerre, où les acteurs étatiques, les mandataires, les terroristes nationalistes et les djihadistes apocalyptiques se disputent la domination.

La leçon à tirer de ces événements est la nature mutante de la menace djihadiste. Le djihadisme, comme je l'ai longuement expliqué dans mes livres La Yihad en España et El Eje del Mal, n'a pas été vaincu ; il a muté. C'est une Hydre de Lerne.

  • La tête qui blanchit (Al-Sharaa) : une tête de l'Hydre, celle d'Al-Qaïda en Syrie, a appris la leçon de la realpolitik. Elle a découvert que le pouvoir réel au XXIe siècle ne provient pas d'un califat mondial (l'erreur de l'État islamique), mais de la prise d'un État-nation. Il s'est rasé la barbe, a enfilé un costume, a repris son nom de naissance et s'est envolé pour Washington. C'est le djihadiste devenu homme d'État, car il a trouvé un ennemi commun (IS-K) avec une superpuissance qui n'a plus de scrupules idéologiques, mais seulement des intérêts transactionnels.
  • La tête qui se dévore elle-même (TTP) : Une autre tête, le TTP au Pakistan, est le monstre parasite qui dévore son hôte. C'est la conséquence inévitable et largement annoncée d'un État (le Pakistan) qui, pendant des décennies, a utilisé l'Axe du Mal non pas comme un avertissement, mais comme un mode d'emploi. Le Pakistan a parrainé le djihad comme un outil d'État et maintenant, le poison coule dans ses propres veines. L'attentat d'Islamabad est le bruit de ce système qui s'effondre sur lui-même.
  • La tête qui agit comme un mandataire (JeM) : La troisième tête est l'outil. L'atout que l'ISI pakistanais sort de sa boîte pour attaquer l'Inde. Mais à l'ère de la doctrine Sindoor, cet outil est devenu le détonateur d'une possible apocalypse nucléaire.
  • Le véritable ennemi (IS-K) : Et au centre, invisible ces deux derniers jours, mais omniprésent, se trouve l'État islamique-Khorasan (IS-K). C'est le djihad nihiliste, apocalyptique et pur. C'est l'ennemi mortel d'Al-Sharaa, des talibans, du TTP, de la Chine, de la Russie et de l'Occident. C'est la menace existentielle de l'EI-K qui explique l'alliance surréaliste en Syrie et qui rend le chaos en Af-Pak si dangereux.

Dans ce tableau chaotique, l'Europe, comme d'habitude, est un spectateur insignifiant. Paralysée par son labyrinthe de paralysie politique interne et ses débats moraux, elle est incapable d'agir. L'administration Trump, avec sa realpolitik transactionnelle, et « l'Internationale autoritaire » de la Chine et de la Russie, sont en train de redessiner la carte. Ils ont compris que dans un monde « multibélique », on ne choisit pas ses partenaires pour leur pureté morale, mais pour leur utilité tactique.

Tandis que l'Occident se distrait avec la « génération de la colère » sur ses écrans et s'autoflagelle, la véritable apocalypse se prépare en silence : les missiles hypersoniques et les drones-torpilles nucléaires comme le Poséidon, des armes qui rendront nos débats sur la légitimité d'Ahmed Al-Sharaa tragiquement et ridiculement insignifiants.