Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 14 novembre 2025

Vous trouverez ci-dessous une analyse de l'actualité mondiale, structurée en thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
Posicionamiento global - <a target="_blank" href="https://depositphotos.com/es/?/">Depositphotos</a>
Positionnement mondial - Depositphotos
  1. Fin du shutdown et défaite tactique des démocrates
  2. Epstein, fuites sélectives et lawfare contre Trump
  3. Rubio, les narco-bateaux et l'hypocrisie européenne face au narcoterrorisme
  4. La Chine ralentit : faiblesse structurelle et crainte de la « japonisation »
  5. Déploiement de soft power : visites royales en Chine et discours du « partenaire fiable »
  6. La Russie, les drones ukrainiens et la guerre d'usure énergétique
  7. Achats secrets d'or par la Chine : assurance stratégique et défi silencieux au dollar
  8. Course technologique et spatiale : Blue Origin, F-35 et l'architecture du pouvoir dur
  9. Rack média
  10. L'axe occidental : crise institutionnelle et paralysie stratégique
  11. La nouvelle doctrine de Washington : « Guerre contre le narcoterrorisme » dans les Caraïbes
  12. Le théâtre eurasien : la guerre d'usure énergétique
  13. L'axe Pékin : pragmatisme diplomatique et faiblesse économique structurelle
  14. La géopolitique de la technologie, de la défense et de l'espace

Fin du shutdown et défaite tactique des démocrates

Faits :

Après 43 jours de paralysie, le Congrès a approuvé et le président Trump a signé la loi de financement qui rouvre l'administration fédérale, mettant fin au plus long shutdown de l'histoire des États-Unis. L'accord a été conclu après un vote partisan à la Chambre des représentants et une coalition au Sénat dans laquelle plusieurs démocrates se sont joints aux républicains.

La pression exercée par le secteur privé (compagnies aériennes, entrepreneurs, banques alimentaires, associations professionnelles) et par les fonctionnaires fédéraux eux-mêmes, qui n'avaient plus reçu de salaire, a été déterminante pour forcer une issue. Divers médias (AP, NYT, FAZ, Die Zeit, Newsweek) soulignent l'impact direct sur les travailleurs, les voyageurs et les services de base, ainsi que l'atteinte à l'image institutionnelle des États-Unis.

Implications :

Trump sort affaibli dans la perception d'une partie de l'électorat modéré, mais en termes strictement législatifs, il obtient un résultat très proche de sa position initiale, ce qui alimente le sentiment de victoire tactique à la Maison Blanche. Le groupe démocrate, humilié par un shutdown qui se termine sans concessions majeures à ses exigences, se lance dans une stratégie de « revenge politics » : poursuites judiciaires, enquêtes parlementaires et guerre médiatique sans merci.

Le bipartisme américain est réduit à un mirage ; la politique devient un jeu à somme nulle permanent. Pour l'Europe et les marchés, la fin du shutdown élimine un risque immédiat pour la croissance mondiale, mais révèle quelque chose de beaucoup plus grave : la plus grande démocratie occidentale affiche une fragilité institutionnelle et une polarisation qui érodent son autorité morale en tant que garante de l'ordre libéral international.

<p>El presidente estadounidense Donald Trump posa para una foto con miembros del Senado tras firmar el proyecto de ley de financiación para poner fin al cierre del gobierno estadounidense, en la Casa Blanca en Washington, D.C., EE. UU., 12 de noviembre de 2025 - REUTERS/ KEVIN LAMARQUE</p>
Le président américain Donald Trump pose pour une photo avec des membres du Sénat après avoir signé le projet de loi de financement visant à mettre fin à la fermeture du gouvernement américain, à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 12 novembre 2025 - REUTERS/ KEVIN LAMARQUE

Epstein, fuites sélectives et lawfare contre Trump

Faits :

Coïncidant avec la fin du shutdown, des milliers de documents et d'e-mails liés à Jeffrey Epstein sont publiés et divulgués. Parmi eux, on trouve notamment des messages dans lesquels le financier, par l'intermédiaire d'intermédiaires, entretient des contacts avec le journaliste Michael Wolff, qui lui offre « une occasion unique de mettre fin à Trump ». Une partie des messages fait allusion à des visites de Trump dans des propriétés d'Epstein avec une victime spécifique qui, cependant, a à plusieurs reprises disculpé l'homme d'affaires puis président.

Plusieurs médias — NYT, The Guardian, Clarín, Jerusalem Post, Saudi Gazette — présentent l'offensive démocrate comme une réponse directe à ce qui s'est passé pendant le shutdown, tandis que d'autres soulignent que les courriels ont été diffusés de manière très sélective. The Guardian ajoute un élément inquiétant : l'utilisation de ces fichiers pour alimenter les théories du complot dans l'univers MAGA et polariser encore davantage l'opinion publique. Parallèlement, Trump menace de poursuivre la BBC pour 1 milliard de dollars pour avoir manipulé le montage d'un discours, renforçant ainsi son offensive contre les médias traditionnels.

Implications :

Nous ne sommes pas face à une recherche sereine de la vérité judiciaire, mais à une phase aiguë de lawfare (guerre judiciaire) comme outil politique. Les démocrates et une partie de l'écosystème médiatique progressiste utilisent l'horreur réelle de l'affaire Epstein comme un bélier contre Trump, dans une manœuvre qui risque de banaliser la souffrance des victimes et de transformer un procès pénal en spectacle partisan. La crédibilité du journalisme d'investigation souffre lorsqu'un Michael Wolff apparaît davantage comme un « opérateur » politique que comme un reporter.

Cette manœuvre peut produire un effet boomerang : si l'opinion publique perçoit une manipulation et des fuites biaisées, Trump peut se consolider en tant que victime d'une chasse aux sorcières, renforçant ainsi son discours antisystème. Ajouté à la menace d'un procès colossal contre la BBC, le résultat est une détérioration inquiétante de l'écosystème de la liberté de la presse, pris en étau entre les excès de certains médias militants et la pulsion vengeresse d'un leader qui ne tolère pas la critique.

Rubio, les narco-bateaux et l'hypocrisie européenne face au narcoterrorisme

Faits :

Le secrétaire d'État Marco Rubio a défendu avec force les opérations menées par les États-Unis et leurs alliés contre les narco-bateaux des cartels colombiens et vénézuéliens dans les eaux des Caraïbes, insistant sur le fait qu'il s'agit d'actions légitimes contre les réseaux de narcoterrorisme qui menacent la sécurité de l'hémisphère.

Les gouvernements européens, avec la France et certains partenaires de l'UE en première ligne, ont critiqué les frappes meurtrières contre ces bateaux lorsqu'elles ont lieu dans les eaux internationales ou dans des zones grises du droit de la mer, invoquant les principes des droits de l'homme. De l'autre côté de l'Atlantique, des médias tels que Clarin soulignent que Rubio combine ce programme de sécurité avec une diplomatie économique intense en Amérique latine, cherchant à renforcer les alliances commerciales et stratégiques.

Implications :

L'asymétrie est flagrante. Une grande partie de la classe politique européenne n'a pratiquement rien dit lorsque l'administration Obama a exécuté à l'aide de drones (véhicules aériens sans pilote) des centaines de suspects dans des pays souverains, causant de graves dommages collatéraux. Aujourd'hui, en revanche, elle s'indigne des bateaux chargés de cocaïne qui financent des guerres privées en Amérique latine et alimentent les mafias qui opèrent au cœur des villes européennes.

Sous le drapeau des droits de l'homme, certains prétendent protéger de facto des organisations qui n'hésitent pas à assassiner, à kidnapper et à déstabiliser des États entiers. La doctrine qui émerge de Washington est claire : les grands cartels seront traités comme des acteurs de la guerre irrégulière, et non comme de simples criminels. Pour l'Europe, l'irresponsable n'est pas de coopérer à ces opérations, mais de prétendre que l'on peut gagner la bataille contre le narcoterrorisme à coups de communiqués et de gestes symboliques, tout en profitant sans trop de scrupules des bénéfices économiques que l'argent sale laisse dans ses propres systèmes financiers.

<p>El secretario de Estado de EE. UU., Marco Rubio, hace un gesto a bordo de un avión en el Aeropuerto Internacional de Hamad antes de partir hacia Gran Bretaña después de una visita oficial, en Doha, Qatar, el 16 de septiembre de 2025 - REUTERS/ NATHAN HOWARD</p>
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio, le 16 septembre 2025 - REUTERS/ NATHAN HOWARD

La Chine ralentit : faiblesse structurelle et crainte de la « japonisation »

Faits :

Les dernières données officielles montrent que la production industrielle et les ventes au détail chinoises ont enregistré leur pire croissance depuis plus d'un an. À cela s'ajoutent un faible investissement en immobilisations, une crise immobilière persistante et une inflation proche de la déflation. Reuters et d'autres agences s'accordent à dire qu'il s'agit d'un symptôme de faiblesse structurelle, et non d'un simple ralentissement conjoncturel.

La guerre commerciale avec les États-Unis, la méfiance des investisseurs internationaux et la délocalisation progressive d'une partie des chaînes d'approvisionnement vers l'Inde, le Vietnam et d'autres pays d'Asie du Sud-Est aggravent la situation. The Economist et d'autres médias commencent à parler sans détour du risque d'une « japonisation » de l'économie chinoise : stagnation prolongée, dette élevée et bulle immobilière éclatée.

Implications :

Si la Chine éternue, le reste du monde attrape plus qu'un simple rhume. Un ralentissement soutenu affecterait pleinement le prix des matières premières — frappant les producteurs en Afrique et en Amérique latine — et la demande mondiale de biens industriels, y compris l'automobile européenne. Pékin se trouve à la croisée des chemins : soit elle entreprend des réformes profondes qui touchent aux privilèges des grandes entreprises publiques et des gouvernements locaux endettés, soit elle recourt à davantage de mesures de relance et de crédit facile, aggravant ainsi les déséquilibres qui pèsent déjà sur son modèle.

Cette fragilité interne pourrait pousser la Chine à intensifier son activisme géopolitique : plus d'investissements dans l'initiative « Belt and Road », plus de pression sur les partenaires faibles et plus d'utilisation du commerce comme instrument d'influence. Pour l'Europe et l'Espagne, tout miser sur la demande chinoise — dans le tourisme, le luxe, l'automobile ou l'industrie lourde — est un pari risqué dans un contexte de rivalité systémique avec les États-Unis.

<p>Edificio de la Bolsa de Shanghái, en el distrito financiero de Pudong, Shanghái, China - REUTERS/ ALY SONG</p>
Bâtiment de la Bourse de Shanghai, dans le quartier financier de Pudong, Shanghai, Chine - REUTERS/ ALY SONG

Déploiement de soft power : visites royales en Chine et discours du « partenaire fiable »

Faits :

Parallèlement aux mauvaises données économiques, Xi Jinping multiplie les mises en scène de stabilité et de respect international. Au cours des derniers mois, Pékin a reçu des monarques asiatiques, tels que le roi de Thaïlande Vajiralongkorn et la reine Suthida, ainsi que des monarques européens, dont les rois d'Espagne, servant la propagande officielle pour projeter une image de la Chine comme un partenaire courtisé tant par les démocraties que par les monarchies. Ce message est renforcé par des projets phares tels que la ligne ferroviaire Chine-Thaïlande et par des promesses d'ouvrir davantage le marché chinois aux produits agricoles et aux biens de consommation des pays amis. Il s'agit d'une diplomatie cérémonielle soigneusement conçue pour contrer le discours occidental sur le « risque Chine ».

Implications :

Pékin tente de compenser l'inquiétude suscitée par ses chiffres économiques par une offensive de soft power très sophistiquée. Chaque visite d'un chef d'État, chaque photo prise au Grand Palais du Peuple est utilisée pour transmettre une idée de normalité et de continuité. Pour la Thaïlande, l'Espagne ou plusieurs monarchies du Golfe, l'équilibre est très délicat : ils ont besoin de la Chine en tant que partenaire commercial et investisseur, mais ils ne peuvent pas non plus compromettre leurs liens en matière de sécurité, de technologie et d'énergie avec les États-Unis et l'Union européenne.

La diplomatie des couronnes est devenue un langage codé d'équilibres : une réception à Pékin peut être à la fois une recherche de marge économique, un signe d'autonomie stratégique et un message rassurant à l'égard de Washington. Sur cet échiquier, l'Europe risque de se fragmenter entre les pays qui misent sur un rapprochement pragmatique avec la Chine et ceux qui insistent pour la considérer principalement comme un rival systémique.

<p>El rey Felipe VI de España y el presidente chino Xi Jinping se dan la mano tras la ceremonia de firma en el Gran Salón del Pueblo de Pekín, China, el 12 de noviembre de 2025 - REUTERS/ MAXIM SHEMETOV</p>
Le roi Felipe VI d'Espagne et le président chinois Xi Jinping se serrent la main après la cérémonie de signature dans le Grand Hall du Peuple à Pékin, en Chine, le 12 novembre 2025 - REUTERS/ MAXIM SHEMETOV

La Russie, les drones ukrainiens et la guerre d'usure énergétique

Faits :

Selon des sources industrielles citées par Reuters et d'autres médias, la Russie utilise des capacités de raffinage excédentaires dans des installations moins exposées pour compenser les dommages causés par les attaques de drones ukrainiens contre ses principales raffineries. Malgré des attaques documentées contre plus d'une douzaine d'usines, la baisse de la production raffinée est pour l'instant d'environ 3 % par an, ce qui démontre une résilience logistique remarquable.

Moscou redirige le pétrole brut vers des raffineries plus sûres, ajuste les flux ferroviaires et utilise sa propre « flotte fantôme » pour continuer à exporter vers l'Asie, en particulier vers l'Inde et la Chine. Dans le même temps, des médias du Moyen-Orient tels que Asharq Al-Awsat soulignent que la Russie revendique la destruction de nombreux drones ukrainiens, présentant une image de contrôle défensif face à l'impact réel sur les infrastructures critiques.

Implications :

La guerre entre dans une phase d'usure où l'énergie est autant une munition que les projectiles. Kiev tente de frapper le cœur de la machine financière russe en attaquant sa capacité de raffinage, tandis que Moscou fait preuve de souplesse opérationnelle pour éviter une chute brutale de ses exportations. Cependant, cette résilience apparente a un coût : des remises agressives aux acheteurs asiatiques, une dépendance croissante vis-à-vis des composants et des pièces de rechange étrangers, et la nécessité de concentrer les efforts défensifs sur un nombre croissant d'installations.

Pour l'Europe, qui a décidé de réduire considérablement sa dépendance au pétrole russe, le succès est relatif : elle reste exposée à toute fluctuation des prix du pétrole, qu'il s'agisse d'un coup dévastateur porté à une grande raffinerie russe ou d'une crise parallèle au Moyen-Orient. À long terme, l'érosion progressive des revenus pétroliers de Moscou pourrait réduire sa capacité à soutenir un conflit de haute intensité ; mais, en attendant, le Kremlin renforce son alliance avec l'Iran, la Corée du Nord et une Chine qui joue la carte de l'ambiguïté calculée.

<p>Residentes retiran vidrios rotos de las ventanas de un edificio de apartamentos dañado por un ataque con drones rusos, en la ciudad de Shakhtarske, en la región de Dnipropetrovsk, Ucrania, el 19 de octubre de 2025 - REUTERS/ ANATOLII STEPANOV</p>
Des habitants retirent les débris de verre des fenêtres d'un immeuble endommagé par une attaque de drones russes, dans la ville de Shakhtarske, dans la région de Dnipropetrovsk, en Ukraine, le 19 octobre 2025 - REUTERS/ ANATOLII STEPANOV

Achats secrets d'or par la Chine : assurance stratégique et défi silencieux au dollar

Faits :

Le Financial Times, Reuters et d'autres médias s'accordent à dire que les achats d'or par des entités chinoises — publiques et semi-publiques — ont été un facteur clé dans la dernière hausse record du métal précieux. Une partie importante de ces acquisitions n'apparaît pas dans les chiffres officiels de la Banque populaire de Chine, ce qui indique une stratégie délibérée d'opacité.

Parallèlement, d'autres banques centrales du Sud global augmentent également leurs réserves d'or, en raison d'une méfiance croissante à l'égard de la dette souveraine des États-Unis et de l'Europe et de l'utilisation du système financier international comme arme de sanction. Certains analystes spéculent déjà sur la possibilité que Pékin aspire, à moyen terme, à recalibrer l'architecture du yuan en le renforçant avec de l'or, sans nécessairement aboutir à un étalon-or formel.

Implications :

La politique d'achats discrets d'or n'est pas une excentricité numismatique, mais une assurance stratégique. La Chine envoie un message : si l'accès au dollar et au système dominé par Washington et ses alliés devient un champ de bataille, Pékin veut disposer d'un matelas de valeur difficile à confisquer ou à dégrader politiquement. Nous ne sommes pas encore face à la fin du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale, mais bien face à une érosion progressive de son hégémonie psychologique.

Plus le dollar et le système SWIFT sont perçus comme pouvant être utilisés comme un bâton politique, plus les puissances émergentes sont incitées à rechercher des refuges alternatifs : l'or, les accords de compensation en monnaies locales et les mécanismes de paiement régionaux. Pour l'Europe, qui ne contrôle pas la monnaie hégémonique et n'a pas su construire une véritable union des marchés de capitaux, le risque est de se retrouver prise au piège dans un jeu monétaire à trois — dollar, yuan et réserves d'or — sans disposer ni des banques, ni de la monnaie, ni des réserves nécessaires pour jouer dans la même ligue.

<p>Una mujer usa la aplicación Gold Now, una aplicación de comercio y ahorro de oro en línea desarrollada por el comerciante de oro tailandés Hua Seng Heng, en su teléfono móvil mientras revisa el precio del oro, el día en que el oro sube para establecer un nuevo récord, en Bangkok, Tailandia, el 22 de septiembre de 2025 - REUTERS/ CHALINEE THIRASUPA</p>
Une femme utilise l'application Gold Now, une application de commerce et d'épargne en ligne développée par le négociant en or thaïlandais Hua Seng Heng, à Bangkok, en Thaïlande, le 22 septembre 2025 - REUTERS/ CHALINEE THIRASUPA

Course technologique et spatiale : Blue Origin, F-35 et l'architecture du pouvoir dur

Faits :

Blue Origin, l'entreprise de Jeff Bezos, a réussi pour la première fois à lancer avec succès sa fusée lourde New Glenn dans le cadre d'une mission scientifique de la NASA et à récupérer le propulseur grâce à un atterrissage contrôlé. La réutilisation des grands lanceurs passe du statut de promesse technologique à celui de réalité industrielle. La mission comprend des satellites scientifiques et démontre que l'écosystème du new space (nouveau secteur spatial commercial) américain n'est plus le monopole de SpaceX.

Parallèlement, certains médias reprennent un rapport du Pentagone qui met en garde contre le risque que la Chine accède à la technologie sensible du F-35 si certains accords d'exportation vers des pays tiers, en particulier l'Arabie saoudite, se concrétisent, par le biais de détournements technologiques, de copies ou de rétro-ingénierie. Le jour même où les États-Unis font étalage de leur puissance technologique dans l'espace, on discute de la mesure dans laquelle ils peuvent exporter des systèmes d'armes avancés sans alimenter indirectement la base industrielle et militaire de leur principal rival stratégique.

Implications :

La géopolitique du XXIe siècle se joue sur deux fronts qui se renforcent mutuellement : l'espace et la haute technologie militaire. Le succès de Blue Origin consolide un duopole privé — SpaceX et l'entreprise de Bezos — qui renforce la capacité des États-Unis à lancer et à maintenir rapidement et à moindre coût des constellations de satellites militaires, civils et commerciaux, ce que ni la Chine ni la Russie ne peuvent égaler aujourd'hui avec la même flexibilité. Mais le débat sur le F-35 révèle le côté obscur de cette supériorité : la tentation d'utiliser l'exportation de systèmes d'armes comme outil d'influence peut finir par ouvrir des brèches dans le bouclier technologique occidental si les précautions sont relâchées.

Pour l'Europe, à la traîne dans le domaine du « new space » et dépendante de la technologie américaine pour de nombreux systèmes de combat, la leçon est claire : soit elle investit de manière soutenue dans sa propre base technologique et spatiale, soit elle sera reléguée au rôle de client de luxe dans un monde où la capacité de lancer des fusées et de protéger le code source vaut autant que les anciens porte-avions.

<p>Cohete New Glenn de Blue Origin despega en la misión EscaPADE de la NASA, que transporta dos satélites a la órbita de Marte, desde la Estación de la Fuerza Espacial de Cabo Cañaveral en Cabo Cañaveral, Florida, EE. UU., el 13 de noviembre de 2025 - REUTERS/ JOE SKIPPER</p>
La fusée New Glenn de Blue Origin décolle dans le cadre de la mission EscaPADE de la NASA, qui transporte deux satellites en orbite martienne, depuis la base spatiale de Cape Canaveral à Cape Canaveral, en Floride, aux États-Unis, le 13 novembre 2025 - REUTERS/ JOE SKIPPER

Rack média

États-Unis et monde anglo-saxon

NYT, AP, WSJ, Washington Post, USA Today, Newsweek, Politico, The Hill : focus dominant sur la fin du shutdown, la lassitude de l'électorat et la fracture interne chez les démocrates. Large couverture des archives Epstein et du bras de fer entre la Maison Blanche et des médias tels que la BBC. Le WSJ ajoute l'information inquiétante d'un marché du travail de plus en plus hostile pour les diplômés de 2026, avec l'IA et les licenciements massifs en toile de fond.

The Guardian, The Economist : soulignent le mélange toxique de polarisation politique, de fuites sélectives et de théories du complot, et avertissent que les démocrates pourraient à nouveau perdre face à Trump s'ils restent prisonniers de la logique de l'indignation morale au lieu de proposer un projet convaincant.

Europe continentale et Royaume-Uni

Financial Times, BBC, Le Monde, Le Figaro, FAZ, Die Zeit, Corriere della Sera : ils combinent la couverture des États-Unis avec des inquiétudes concernant le ralentissement chinois et la capacité apparente de la Russie à maintenir ses exportations énergétiques malgré les attaques ukrainiennes. Le FT souligne le rôle des achats d'or chinois dans la remontée du cours du métal précieux, tandis que les journaux allemands se concentrent sur l'impact de la fermeture américaine sur l'économie mondiale et sur la crédibilité de la démocratie américaine.

Asie-Pacifique

South China Morning Post, China Daily, Yomiuri Shimbun, The Straits Times, Times of India, Hindustan Times : l'accent est mis sur la faiblesse des indicateurs macroéconomiques chinois, sur la symbolique des visites de monarques à Pékin et sur la consolidation de Blue Origin en tant que concurrent de SpaceX. Une attention particulière est accordée à la possibilité de tensions supplémentaires si la vente d'armes sophistiquées au Moyen-Orient ouvre la voie à des fuites technologiques vers la Chine.

Monde arabe et Moyen-Orient

Asharq Al-Awsat, Arab News, Saudi Gazette, Al-Jazeera, Al-Arabiya : présentent la fin du shutdown comme une preuve du dysfonctionnement politique américain et reprennent le récit selon lequel l'affaire Epstein révèle la corruption morale des élites occidentales. Asharq Al-Awsat insiste sur la résilience de la Russie face aux drones ukrainiens, tandis que les médias du Golfe soulignent la menace de poursuites judiciaires de Trump contre la BBC comme symptôme du conflit entre populisme et médias traditionnels.

Amérique latine et autres

Clarín, Reforma, El Mercurio : ils s'intéressent au rôle de Rubio dans les Caraïbes et à son dialogue avec les gouvernements latino-américains, ainsi qu'à l'utilisation des fuites Epstein comme arme politique. En général, l'Amérique latine interprète l'offensive contre les narco-bateaux avec un mélange d'inquiétude pour la souveraineté et de reconnaissance de la menace réelle que représente le trafic de drogue.

L'axe occidental : crise institutionnelle et paralysie stratégique

Le panorama dans les principales capitales occidentales au cours de cette deuxième semaine de novembre 2025 a été caractérisé par une profonde érosion de la confiance institutionnelle et une paralysie fonctionnelle. Ce dysfonctionnement se manifeste de manière aiguë tant dans le blocage législatif à Washington D.C. que dans l'effondrement de la crédibilité éditoriale de l'un des piliers médiatiques de l'Europe, la BBC. Simultanément, la politique intérieure américaine a sombré dans une guerre de l'information, et dans de nombreux cas de désinformation, utilisant des révélations sensibles comme munitions partisanes.

États-Unis : la fin du shutdown et le dysfonctionnement permanent

Les 12 et 13 novembre 2025, le président Donald Trump a signé la loi mettant fin au plus long shutdown de l'histoire moderne des États-Unis, une paralysie qui a duré 43 jours. Le shutdown, qui a débuté le 1er octobre avec le début de l'exercice fiscal 2026, a privé près d'un million de fonctionnaires fédéraux de leur salaire ou les a mis en congé forcé, et a provoqué de graves perturbations dans les services essentiels, affectant le transport aérien et l'accès aux programmes d'aide alimentaire tels que SNAP et WIC.

La cause du blocage était un différend législatif fondamental. La Chambre des représentants, contrôlée par les républicains, a approuvé un projet de loi de financement. Cependant, cette mesure a été bloquée au Sénat par les démocrates, car pour éviter la fermeture du gouvernement, une majorité qualifiée de 60 sénateurs sur 100 était nécessaire. La principale revendication des démocrates était la prolongation des subventions prévues par la loi sur l'aide abordable (aides à la santé pour les plus démunis, connue sous l'acronyme ACA), qui devaient expirer au début de l'exercice fiscal.

La résolution du conflit n'a représenté une victoire politique claire pour aucune des deux parties. L'impasse n'a été rompue que lorsqu'un groupe de démocrates modérés, dont six à la Chambre et un groupe similaire au Sénat, ont rompu les rangs avec leur parti. L'accord final n'incluait pas la demande des démocrates concernant les subventions de l'ACA. En échange de la réouverture du gouvernement, les démocrates n'ont obtenu qu'une promesse de vote séparé sur les subventions à l'avenir. La loi signée par Trump ne finance le gouvernement que de manière temporaire, jusqu'au 30 janvier 2026.

L'analyse de cet épisode révèle une paralysie structurelle du système américain. La capacité d'une minorité au Sénat à utiliser l'obstruction parlementaire (qui nécessite 60 voix pour débloquer l'adoption de lois telles que le budget) afin d'imposer la plus longue fermeture de l'histoire contre un parti qui contrôle les deux chambres et la présidence souligne un niveau de dysfonctionnement qui transcende la politique partisane. Pour les alliés et les adversaires des États-Unis, cet événement confirme que la prévisibilité stratégique de Washington a été sérieusement compromise et que sa stabilité opérationnelle peut être compromise à tout moment par des conflits internes. La solution, qui consiste simplement à reporter la crise jusqu'en janvier, démontre l'incapacité du système à résoudre ses problèmes fondamentaux de manière stable et à long terme.

L'effondrement de la crédibilité : la BBC, Donald Trump et la chute de la direction

Parallèlement à la crise budgétaire aux États-Unis, une crise de confiance d'une ampleur similaire a frappé le Royaume-Uni. La direction de la BBC, y compris le directeur général du groupe Tim Davie et la directrice exécutive des services d'information de la chaîne, Deborah Turness, ont présenté leur démission irrévocable.

Le déclencheur a été une enquête, révélée par The Daily Telegraph, qui a démontré qu'un documentaire de la prestigieuse émission Panorama avait manipulé éditorialement un discours de Donald Trump du 6 janvier 2021. Le montage consistait à assembler des phrases prononcées par Trump à près d'une heure d'intervalle, dans le but de suggérer à tort que le président de l'époque avait lancé un appel direct et sans équivoque à la violence au Capitole.

La réaction a été immédiate. L'équipe juridique de Trump a menacé la société d'une plainte en diffamation d'un milliard de dollars. En réponse, le nouveau président de la BBC, Samir Shah, a adressé des excuses personnelles à la Maison Blanche. Shah a publiquement admis que le montage donnait « l'impression d'un appel direct à la violence ». Bien que la BBC ait accepté de ne pas rediffuser le documentaire, elle a rejeté le fondement juridique de la plainte pour diffamation et refuse de verser des dommages-intérêts.

Cet incident ne semble pas être une erreur isolée, mais le symptôme d'un problème systémique. Selon certaines informations, des préoccupations similaires concernant le montage du même discours avaient déjà été soulevées en interne en 2022 dans le cadre de l'émission Newsnight. Le fait que cette manipulation ait eu lieu dans Panorama, le fleuron du journalisme d'investigation de la BBC, représente l'effondrement de la confiance dans l'un des piliers institutionnels de l'Occident.

La BBC est tombée dans un piège stratégique. Même si ses avocats estiment disposer de bases juridiques solides pour se défendre contre la plainte en diffamation devant les tribunaux, elle a néanmoins perdu la guerre de la réputation de manière retentissante. En admettant la manipulation, la société a offert à Donald Trump une victoire politique extraordinaire, validant son discours sur les « fausses nouvelles » devant un public mondial. Cet acte a sérieusement affecté l'autorité morale de la BBC pour critiquer la désinformation et la propagande des régimes autoritaires.

La guerre de l'information : les nouvelles révélations de l'« affaire Epstein » comme arme politique

Témoignant de l'état de guerre politique totale qui règne à Washington, la fin de la crise du shutdown a coïncidé exactement avec le début d'une nouvelle offensive informationnelle. Le jour même où la réouverture du gouvernement a été signée, les démocrates de la commission de surveillance de la Chambre des représentants ont divulgué de manière sélective une série d'e-mails du défunt Jeffrey Epstein.

Ces fuites ont été conçues pour avoir un impact politique maximal, suggérant que Donald Trump avait une connaissance approfondie des activités d'Epstein. Parmi les documents clés, on trouve :

Un e-mail envoyé en 2011 par Epstein à Ghislaine Maxwell, dans lequel il qualifie Trump de « chien qui n'a pas aboyé » et indique qu'une victime (identifiée par la Maison Blanche comme étant Virginia Giuffre) « a passé des heures chez moi avec lui ».

Un e-mail envoyé en 2019 par Epstein au journaliste Michael Wolff, dans lequel Epstein affirme à propos de Trump : « Bien sûr qu'il était au courant pour les filles, puisqu'il a demandé à Ghislaine d'arrêter ».

La réponse des républicains a été immédiate et cinglante. La Maison Blanche et les républicains de la commission ont accusé les démocrates de « cherry-picking » (sélection intéressée) pour « générer des clics » et « créer un récit mensonger ». En guise de représailles tactiques, les républicains ont publié l'intégralité des documents reçus de la succession d'Epstein : plus de 20 000 pages.

Le moment choisi par les démocrates pour divulguer ces informations, qui coïncide exactement avec la résolution du shutdown, indique qu'il ne s'agissait pas d'un hasard, mais d'un pivot tactique. Ayant perdu la bataille législative (ils n'ont pas obtenu les subventions de l'ACA), l'offensive s'est immédiatement déplacée sur le terrain de la guerre de l'information.

La révélation la plus cynique de cet ensemble de documents est peut-être celle qui implique le journaliste Michael Wolff lui-même. Les courriels suggèrent que Wolff conseillait activement Epstein sur la manière d'utiliser sa relation avec Trump comme « monnaie d'échange en matière de relations publiques et de politique ». Cela révèle une symbiose corrompue entre certains acteurs des médias, les élites politiques et des figures criminelles. L'affaire Epstein n'est plus une quête de justice pour les victimes ; elle s'est complètement transformée en un actif toxique que les deux camps utilisent comme arme de jet.

La nouvelle doctrine de Washington : « Guerre contre le narcoterrorisme » dans les Caraïbes

Le deuxième mandat de l'administration Trump a inauguré une doctrine de politique étrangère extrêmement proactive dans l'hémisphère occidental. La « guerre contre la drogue » a été logiquement assimilée au cadre juridique de la « guerre contre le terrorisme », et Washington a lancé une campagne militaire unilatérale qui crée de profondes fissures avec ses alliés européens et régionaux.

« Opération Southern Spear » : la campagne d'attaques meurtrières

Depuis septembre 2025, l'armée américaine mène une campagne d'attaques meurtrières contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue, connus sous le nom de « narcolanchas », dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique oriental (près des côtes de la Colombie et du Panama, c'est le Pacifique oriental puisque le Pacifique occidental se trouve en Asie). Au 13 novembre, plus de 20 attaques contre 21 bateaux ont été confirmées, entraînant la mort de plus de 80 narcoterroristes.

Cette stratégie, baptisée « Opération Southern Spear » par le Pentagone, représente un changement doctrinal fondamental. L'administration a justifié ces actions en déclarant que les États-Unis se trouvaient dans un « conflit armé non international » (NIAC). Sur cette base, l'administration a désigné, à juste titre, plusieurs cartels de la drogue comme « organisations terroristes étrangères » (FTO).

La justification a été formulée par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui a déclaré que « les narcoterroristes ont tué beaucoup plus d'Américains qu'Al-Qaïda ou Daech (État islamique), et ils seront traités de la même manière ». Le secrétaire d'État, Marco Rubio, a réitéré cette position, déclarant que les États-Unis sont « sous attaque » et que le président « réagit pour défendre notre pays ».

Ce changement doctrinal remplace le modèle traditionnel d'interdiction (un cadre d'application de la loi qui implique des avertissements, des abordages, des arrestations et des procès) par un modèle militaire de « frappes directes meurtrières » et de « destruction des navires de narcotrafiquants » occupés par des criminels dangereux et violents, armés jusqu'aux dents et transportant des tonnes de drogue. Il s'agit de bateaux équipés de moteurs hors-bord très puissants (on a vu des bateaux de trafiquants équipés de cinq moteurs hors-bord de puissance maximale) qui peuvent atteindre des vitesses allant jusqu'à 80 nœuds (145 km/h, une vitesse vertigineuse en mer). En redéfinissant les trafiquants comme des « combattants illégaux », l'administration américaine s'arroge, à juste titre, le pouvoir de les éliminer comme elle l'a fait avec des terroristes dangereux dans le passé.

Le Bureau des avis juridiques (OLC) du ministère de la Justice a rendu un avis juridique qui accorde une immunité totale de poursuites aux militaires américains qui participent à ces attaques. Cette décision de protéger juridiquement les opérateurs contre toute poursuite judiciaire suggère que l'administration est consciente de la controverse juridique que ces attaques ont suscitée. Les bateaux détruits transportaient d'énormes quantités de drogue et représentaient donc une menace sérieuse, réelle et imminente pour les États-Unis, ce qui justifie juridiquement les attaques.

Le déploiement de la force : pression sur le Venezuela

L'opération « Lanza del Sur » est soutenue par un déploiement naval massif, décrit comme le plus important dans les Caraïbes depuis des décennies. La flotte comprend le plus grand porte-avions du monde, l'USS Gerald R. Ford, accompagné de son groupe d'attaque, de destroyers lance-missiles, de frégates et d'un sous-marin nucléaire, de chasseurs F-35 et de drones MQ-9 Reaper.

La composition de cette force « Carrier Strike Group » (groupe d'attaque de porte-avions) peut sembler excessive pour une mission antidrogue contre des vedettes rapides. Il s'agit d'une force conçue pour la dissuasion et, éventuellement, si cela devait se produire, ce qui semble peu probable, pour un conflit entre États. La rhétorique de Washington lie sans équivoque cette opération au régime de Nicolás Maduro au Venezuela. Certains des services de renseignement et de sécurité les plus sérieux au monde ont décrit le Venezuela comme un narco-État. Je le définis comme une narco-dictature. Il s'agit d'une organisation mafieuse structurée comme un État et disposant de tous les moyens d'un État, y compris les forces armées, les services de sécurité et de police, les tribunaux d'injustice (il est impossible de les appeler autrement), ainsi que l'agence fiscale et le bureau du procureur général de la République (ces deux institutions sont des éléments centraux de l'appareil d'oppression et d'extorsion du régime).

Le secrétaire d'État Marco Rubio a été explicite, qualifiant à juste titre le gouvernement Maduro de « régime illégitime » et d'« organisation de narcotrafiquants », l'identifiant directement au « Cartel des Soleils ». Les attaques se sont progressivement rapprochées de la côte vénézuélienne. De plus, des rapports indiquent que le président Trump a autorisé des opérations secrètes de la CIA à l'intérieur du Venezuela et que des hauts responsables militaires lui ont présenté des options pour des attaques contre des cibles terrestres.

La « guerre contre la drogue » sert donc de casus belli transparent pour une politique de changement de régime au Venezuela. L'objectif stratégique n'est pas la cocaïne, mais Nicolás Maduro. Cette doctrine crée une escalade délibérée : le déploiement de la flotte provoque une réponse militaire vénézuélienne (comme le survol de chasseurs à des destroyers américains), qui est à son tour utilisée pour justifier la présence navale américaine.

La fracture alliée : opposition européenne et régionale

Cette nouvelle doctrine unilatérale a provoqué une grave fracture avec les principaux alliés des États-Unis.

La France, membre de l'OTAN, a mené la critique. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a publiquement condamné les attaques, affirmant qu'elles « ignorent le droit international ». M. Barrot a souligné que la France avait des intérêts directs et plus d'un million de citoyens dans ses territoires caribéens (tels que la Martinique et la Guadeloupe), qui pourraient être « affectés par l'instabilité causée par toute escalade ». La tension était palpable lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, où les homologues européens ont interrogé M. Rubio avec insistance sur la légalité de l'opération.

Au niveau régional, l'impact s'est fait sentir. Le IVe sommet UE-CELAC, qui s'est tenu à Santa Marta (Colombie), s'est soldé par un échec diplomatique. Des dirigeants européens clés, tels que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président français, Emmanuel Macron, ont annulé leur participation. Les rapports attribuent ces absences directement aux tensions générées par les attaques américaines et à la pression exercée par Washington sur les pays participants. L'hypocrisie est alarmante, en particulier les déclarations regrettables de la haute représentante de l'UE pour la politique étrangère, Kaja Kallas.

L'hôte du sommet, le président colombien et ancien terroriste Gustavo Petro, est devenu l'un des détracteurs les plus virulents de l'opération, bien qu'il soit un partenaire régional clé des États-Unis.

Malgré les raisons parfaitement justifiées des États-Unis, l'échec du sommet UE-CELAC est un cadeau stratégique pour la Chine et la Russie. En s'aliénant des partenaires essentiels par des « boycotts diplomatiques » et des actions militaires perçues à tort comme impérialistes, les États-Unis créent un vide de pouvoir.

Le théâtre eurasien : la guerre d'usure énergétique

Sur le front est-européen, le conflit en Ukraine a évolué vers une guerre d'usure énergétique totale. Les deux parties ont identifié l'infrastructure économique de leur adversaire comme un centre de gravité militaire clé. Kiev s'attaque aux sources de revenus d'exportation de la Russie, tandis que Moscou s'attaque à la capacité de production interne de l'Ukraine.

La résilience russe : compensation des attaques contre les raffineries

Au cours de l'année 2025, l'Ukraine a mené une campagne audacieuse d'attaques à longue portée à l'aide de drones contre les infrastructures pétrolières russes. Au moins 17 raffineries importantes ont été touchées. Au plus fort de l'offensive, entre août et octobre, les attaques, combinées à la maintenance planifiée, ont mis hors service jusqu'à 20 % de la capacité de raffinage de la Russie.

Cependant, une analyse détaillée de Reuters révèle que l'impact réel sur la production a été minime. Malgré le discours public faisant état d'un succès retentissant, la production totale de raffinage de la Russie n'a diminué que de 3 à 6 %.

L'écart entre la capacité attaquée (20 %) et la production perdue (3 à 6 %) s'explique par l'importante capacité excédentaire de la Russie. La capacité totale de raffinage du pays est d'environ 6,6 millions de barils par jour (bpj), mais elle est rarement utilisée dans son intégralité. Les raffineries russes ont atténué les dégâts en activant simplement des unités de réserve qui étaient inactives.

Bien que la stratégie ukrainienne soit tactiquement insuffisante pour obtenir un K.O. rapide, elle impose un coût à long terme. Le véritable goulot d'étranglement pour Moscou est l'accès à des composants de haute technologie pour les réparations. Les sanctions occidentales compliquent l'acquisition de pièces spécialisées. La Russie est contrainte de dépendre de la production nationale ou des importations en provenance de Chine, ce qui rend les réparations plus lentes, plus coûteuses et potentiellement de moindre qualité.

L'impact des sanctions : le rapport de l'AIE et le « stockage flottant »

Le rapport sur le marché pétrolier de novembre 2025 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) confirme la pression exercée sur les finances russes. Les recettes d'exportation de pétrole de la Russie ont chuté à 13,1 milliards de dollars en octobre, leur plus bas niveau en un an. Cette baisse est due à la fois aux attaques contre les infrastructures et à la chute des prix du pétrole brut.

Un développement plus significatif est l'imposition de nouvelles sanctions directes par les États-Unis et le Royaume-Uni contre les deux plus grands producteurs russes, Rosneft et Lukoil, qui entreront en vigueur le 21 novembre. À elles seules, ces deux entreprises produisent et commercialisent à l'international près de la moitié du pétrole brut du pays.

Ces sanctions représentent une escalade qualitative. Contrairement au mécanisme général du « plafonnement des prix », ces mesures s'attaquent directement aux artères de l'exportation. L'AIE prévient que cela pourrait avoir « des conséquences très importantes pour les marchés mondiaux du pétrole ».

L'effet immédiat a été une « panique des acheteurs ». On assiste à une accumulation massive de « pétrole en eau » (stockage flottant), car les principaux acheteurs en Asie, principalement l'Inde et la Chine, suspendent leurs achats pendant que leurs services juridiques évaluent les risques légaux. Bien que la « flotte fantôme » russe (navires à propriété opaque et pavillons de complaisance) continue de fonctionner, elle est contrainte d'offrir ses cargaisons à des prix encore plus bas.

L'offensive russe : attaques contre les infrastructures ukrainiennes

Moscou a répondu à la pression en intensifiant sa propre campagne contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, coïncidant avec l'arrivée de l'hiver.

On a observé un changement de doctrine critique dans les attaques russes. Au cours de la période 2022-2024, les attaques se sont concentrées sur le transport et la distribution d'énergie (sous-stations et transformateurs). Bien que cela ait provoqué des coupures de courant généralisées, ces infrastructures sont relativement faciles à réparer.

Aujourd'hui, la stratégie russe se concentre sur la destruction des centrales électriques et des usines à gaz. En octobre, une seule attaque massive aurait détruit 60 % de la capacité de production de gaz de l'Ukraine. Les coupures de courant tournantes sont de retour dans toutes les régions du pays.

Ce changement est stratégique. La destruction d'un transformateur provoque une coupure de courant temporaire, tandis que la destruction de la turbine d'une centrale thermique élimine des mégawatts du réseau pendant des années. L'objectif de la Russie n'est plus seulement de faire passer un hiver froid à la population, mais d'infliger des dommages économiques permanents et pluriannuels, en cherchant à désindustrialiser systématiquement l'Ukraine afin de s'assurer que son économie ne puisse pas se redresser après la guerre.

L'axe Pékin : pragmatisme diplomatique et faiblesse économique structurelle

La République populaire de Chine présente une double stratégie en novembre 2025. À l'extérieur, elle projette une image de confiance et de stabilité grâce à une diplomatie de haut niveau. À l'intérieur, son économie est confrontée à des vents contraires structurels importants et au risque d'une stagnation prolongée. Pendant ce temps, dans l'ombre, sa banque centrale mène une guerre financière silencieuse contre l'hégémonie du dollar.

Le ralentissement du géant : données d'octobre 2025

Les données économiques officielles de la Chine pour octobre 2025, publiées le 14 novembre, confirment un ralentissement économique et une « apathie persistante des consommateurs ».

Les indicateurs clés sont particulièrement faibles :

Production industrielle : elle a augmenté de 4,9 % en glissement annuel, ce qui représente un ralentissement significatif par rapport aux 6,5 % enregistrés en septembre.

Ventes au détail : elles ont augmenté de 2,9 %, contre 3,0 % en septembre, ce qui témoigne de la faiblesse de la demande intérieure.

Investissements en immobilisations (janvier-octobre) : ils ont diminué de 1,7 % en glissement annuel. Ce chiffre est pénalisé par un effondrement de 14,7 % des investissements dans le développement immobilier.

Le moteur traditionnel de la croissance chinoise, le secteur immobilier, est en panne. Le nouveau moteur, la consommation intérieure, ne parvient pas à démarrer. Ce scénario a intensifié les avertissements sur le risque de « japonisation » : une période prolongée de faible croissance, de faible inflation ou de déflation, causée par l'éclatement de la bulle immobilière et l'excès chronique de l'offre.

La réponse de Pékin, articulée dans son 15e plan quinquennal, n'est pas de stimuler la demande intérieure. Au contraire, la stratégie consiste à redoubler d'efforts dans le cadre de sa politique industrielle (« Made in China 2025 ») afin d'exporter sa déflation. Grâce à la politique dite « anti-involution », le Parti communiste chinois encourage une concurrence interne darwinienne. Cette politique forge des « champions nationaux » capables de survivre avec des marges minimes, conçus pour détruire leurs concurrents étrangers dans des secteurs stratégiques tels que les véhicules électriques, l'énergie solaire et les batteries. Ce que l'Occident diagnostique comme une faiblesse économique interne (surcapacité) est en réalité un outil de guerre géoéconomique.

Diplomatie de haut niveau : les visites d'État en Espagne et en Thaïlande

Dans un exercice calculé de « soft power » (pouvoir doux), Pékin a profité du mois de novembre pour projeter une image de normalité et de stabilité, en contraste flagrant avec le dysfonctionnement occidental. Elle a organisé deux visites d'État de haut niveau :

Espagne : le roi Felipe VI effectue la première visite d'État d'un monarque espagnol depuis 18 ans. La visite vise à établir un « compromis pragmatique » et une « diversification économique », avec la signature d'accords de coopération.

Thaïlande : le roi Maha Vajiralongkorn est arrivé à Pékin pour la première visite d'un monarque thaïlandais régnant depuis l'établissement des relations diplomatiques. Cette visite, qui marque le 50e anniversaire des relations entre les deux pays, consolide l'influence de la Chine sur un allié militaire officiel des États-Unis.

La stratégie de l'or : accumulation clandestine

Derrière la diplomatie publique, la Chine mène une guerre financière silencieuse. Un rapport du Financial Times affirme que les achats réels d'or par l'État chinois sont plus de dix fois supérieurs aux chiffres officiels.

Officiellement, la Banque populaire de Chine (PBoC) détient environ 2 300 tonnes d'or. Cependant, les analystes estiment que les réserves réelles de l'État chinois, accumulées clandestinement par le biais d'entités non déclarées telles que le fonds souverain (CIC) et l'armée, dépassent les 5 000 tonnes, certaines estimations atteignant même 15 000 tonnes.

Il ne s'agit pas d'une diversification des réserves, mais d'une stratégie de guerre financière. Les analystes la définissent comme une « couverture pure contre les États-Unis » et un pilier central de la stratégie de dédollarisation de Pékin. Le secret est essentiel pour deux raisons : premièrement, pour éviter une crise diplomatique avec Washington ; deuxièmement, pour ne pas faire grimper le prix de l'or pendant qu'il s'accumule. Avec un prix de l'or dépassant les 4 000 dollars l'once, la Chine draine silencieusement l'or physique des coffres de Londres, défiant le système occidental de « l'or papier ».

La géopolitique de la technologie, de la défense et de l'espace

La concurrence entre les grandes puissances se définit dans de nouveaux domaines, où l'avantage technologique est synonyme de suprématie stratégique. Deux événements survenus en novembre illustrent cette réalité : l'irruption d'un nouvel acteur dans la course à l'espace orbital et l'interconnexion dangereuse entre les alliances au Moyen-Orient et la sécurité technologique dans la région Indo-Pacifique.

La nouvelle course à l'espace : le succès critique de Blue Origin

Le 13 novembre, Blue Origin, la société aérospatiale de Jeff Bezos, a mené à bien le deuxième vol orbital de sa fusée lourde New Glenn. La mission a franchi deux étapes fondamentales :

Succès de la mission principale : la fusée a déployé avec succès la mission ESCAPADE de la NASA, une paire de sondes jumelles destinées à étudier l'atmosphère de Mars.

Étape importante en matière de réutilisation : pour la première fois, Blue Origin a réussi à faire atterrir le propulseur de premier étage de New Glenn, haut de 98 mètres, sur sa barge de récupération « Jacklyn » dans l'océan Atlantique.

Cet atterrissage réussi, réalisé dès la deuxième tentative, brise de facto le monopole qu'Elon Musk et SpaceX détenaient sur la technologie des fusées orbitales réutilisables. Il démontre que la concurrence est désormais bien réelle sur le marché des lancements lourds.

Les implications pour la sécurité nationale des États-Unis sont profondes. La NASA et le Pentagone ne dépendent plus d'un seul fournisseur (SpaceX), dont la volatilité était source d'inquiétude. Ce succès a des répercussions immédiates sur le programme lunaire Artemis. La NASA avait récemment invoqué les retards dans le développement du Starship de SpaceX pour justifier la réouverture du contrat du module d'atterrissage lunaire habité. Le vol impeccable du New Glenn positionne le module d'atterrissage « Blue Moon » de Blue Origin comme une alternative soudainement crédible et viable, donnant à la NASA un levier de négociation essentiel.