Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 18 novembre 2025
- Gaza : l'ONU approuve le plan Trump et consolide le « protectorat » international
- Ukraine : offensive russe à Pokrovsk et « grand bond en avant » français avec les Rafale
- Pologne : sabotage ferroviaire et vulnérabilité des artères de l'OTAN
- La condamnation à mort de l'ancienne Première ministre Shaikh Hasina et le risque de créer un grave conflit diplomatique avec l'Inde
- Arabie saoudite : les F-35 et la reconfiguration de l'équilibre régional
- Sécurité hémisphérique : Venezuela, cartels et militarisation des Caraïbes
- Chine-Japon-Taïwan : crise diplomatique aux répercussions économiques
- Corée du Nord : dissuasion nucléaire et soutien à la Russie
- Chili : polarisation entre la continuité de la gauche et le virage à droite
- Afrique de l'Ouest : le Nigeria, entre violence interne et radar de Washington
- Asie du Sud-Est : inondations, glissements de terrain et transition énergétique bloquée
- Minerais critiques : trêve tactique dans la guerre des terres rares
- Rack média
Gaza : l'ONU approuve le plan Trump et consolide le « protectorat » international
Faits :
Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution 2803 (2025), qui soutient le plan de paix en vingt points proposé par le président Trump pour Gaza.
La résolution autorise la mise en place d'une force internationale de stabilisation et d'un conseil de paix (Board of Peace) présidé par Trump lui-même, avec pour mandat d'administrer le territoire et de superviser le désarmement du Hamas.
Le plan prévoit un cessez-le-feu consolidé, le retrait progressif de l'armée israélienne, une administration technocratique palestinienne sous tutelle et une référence délibérément ambiguë à une future « voie vers un État palestinien ».
Le Hamas a rejeté le plan, le qualifiant de « tutelle étrangère », tandis que plusieurs États arabes (Arabie saoudite, Qatar, Égypte, entre autres) l'acceptent avec des réserves évidentes, estimant que sans mandat du Conseil de sécurité, la force internationale serait intenable.
La Russie et la Chine se sont abstenues. Moscou parle ouvertement d'un projet « quasi colonial » et Pékin insiste sur le fait que toute force doit être clairement placée sous l'égide de l'ONU et s'inscrire dans le cadre d'une solution à deux États.
Sur le terrain, le cessez-le-feu est fragile : les autorités de Gaza font état de centaines de violations, de nouveaux morts et blessés et d'une aide alimentaire qui ne couvre même pas la moitié des besoins quotidiens.
Parallèlement, l'Allemagne a annoncé la levée de l'embargo partiel sur les armes à destination d'Israël adopté en août, invoquant la stabilisation du cessez-le-feu et revenant à l'examen « au cas par cas » des licences d'exportation.
Implications :
Gaza passe d'une guerre ouverte à une tutelle internationale. La résolution ne résout pas le conflit, mais elle consacre un changement de nature : Gaza se rapproche d'une administration internationale sous tutelle, avec les États-Unis comme puissance hégémonique dans l'architecture et l'UE, les pays arabes et certains partenaires asiatiques comme bailleurs de fonds et fournisseurs de troupes.
Trump concentre en sa personne un pouvoir sans précédent dans ce type de situation, en tant que médiateur et superpuissance. Le président américain présidera le Conseil mondial de la paix, ce qui semble rompre la séparation traditionnelle entre médiateur et partie intéressée. La personnalisation extrême d'un dispositif de cette envergure ajoute à la volatilité : tout dépend, en fin de compte, des calculs politiques d'un seul dirigeant.
Le gouvernement israélien actuel est contraint d'accepter le plan en 20 points, même au prix d'une crise politique interne (l'opposition ferme des partenaires les plus extrémistes de la coalition). Pour la sécurité israélienne, le modèle présente des avantages évidents : désarmement du Hamas, présence internationale et maintien d'un cessez-le-feu favorable. Le coût est politique : la simple mention d'une « voie » vers un État palestinien met à rude épreuve la coalition de Netanyahu et sa droite nationale-religieuse.
Le monde arabe est divisé entre les protagonistes de la médiation et de la paix, que ce soit directement comme le Qatar et l'Égypte ou indirectement, mais de manière très importante, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, et les wow sont contraints de les accepter à contrecœur. Les gouvernements savent que sans un dispositif international, le risque de raviver la flamme de la guerre est énorme.
L'opinion publique perçoit ce dispositif comme une forme de protectorat réédité. Cette dissonance entre la rue et le palais est une recette connue pour de futures explosions. L'Europe affiche à nouveau son ambivalence. Elle vote en faveur de la résolution, finance la reconstruction et parle de deux États, tandis que l'Allemagne lève rapidement un embargo partiel sur les armes contre Israël qui était surtout un geste symbolique.
Le message adressé au monde est ambigu : principes d'un côté, realpolitik et contrats de défense de l'autre, en somme, la nécessité d'imposer, si nécessaire, la paix, la stabilité et la sécurité, même avec des pressions et de la fermeté.
Ukraine : offensive russe à Pokrovsk et « grand bond en avant » français avec les Rafale
Faits :
La Russie a intensifié son offensive dans l'est de l'Ukraine, s'emparant de plusieurs localités autour de Pokrovsk et concentrant, selon Kiev, plus de 170 000 soldats dans le secteur de Donetsk.
Les forces ukrainiennes reconnaissent être surpassées jusqu'à huit contre un sur certains tronçons du front et souffrent de graves problèmes d'approvisionnement en munitions et de rotation.
Dans ce contexte, le président Zelenski a signé à Paris une déclaration d'intention pour l'acquisition de jusqu'à 100 chasseurs Rafale F4, huit systèmes antiaériens SAMP/T, des radars avancés et des armes guidées, avec un horizon jusqu'en 2035.
L'accord comprend également une coopération industrielle (production conjointe de drones intercepteurs) et un contrat parallèle entre Alstom et les chemins de fer ukrainiens pour 55 locomotives électriques.
Le financement dépend en grande partie d'instruments européens encore en discussion, notamment l'utilisation éventuelle des bénéfices provenant des avoirs russes gelés.
Implications :
La Russie gagne du terrain sur le plan militaire tandis que l'Ukraine obtient des promesses stratégiques. Moscou continue d'accumuler de petits progrès qui, cumulés, peuvent changer la carte du Donbass. Kiev reçoit un engagement aérien d'une portée considérable, mais avec un calendrier qui dépasse les besoins immédiats du front.
La France est le pilier fondamental de la sécurité européenne. Pour commencer, elle est le seul des deux membres européens de l'OTAN à disposer de forces nucléaires et le seul à avoir une force nucléaire indépendante. Paris tente d'occuper l'espace laissé vacant par l'Allemagne : elle prend des risques politiques et financiers pour mener le soutien à l'Ukraine et, ce faisant, stimuler son industrie de défense. Le succès de cette initiative dépendra de sa capacité à convaincre et à entraîner d'autres partenaires européens.
L'Europe promet plus qu'elle ne peut offrir à court terme. Une centaine de Rafale nécessitent des financements, des pilotes, des infrastructures et de la maintenance. Rien de tout cela ne s'improvise. La dissuasion qu'ils apportent aujourd'hui est avant tout politique : ils envoient à Moscou le message que, même si la ligne actuelle est rompue, l'Ukraine ne sera pas abandonnée.
La guerre hybride s'étend au territoire de l'OTAN. Le sabotage ferroviaire en Pologne, sur une ligne essentielle pour l'approvisionnement de l'Ukraine, s'inscrit dans ce schéma : la Russie frappe la logistique et teste la réponse des alliés par des actes « plausiblement niables ». La frontière entre le front et l'arrière s'estompe.
Pologne : sabotage ferroviaire et vulnérabilité des artères de l'OTAN
Faits :
Un engin explosif a endommagé ce week-end une ligne ferroviaire entre Varsovie et Lublin, sur un itinéraire crucial pour le transport de l'aide militaire et humanitaire vers l'Ukraine.
Le Premier ministre Donald Tusk a qualifié cet incident d'« acte de sabotage sans précédent » contre la sécurité de l'État.
Des dommages ont été constatés à au moins deux endroits de la même ligne, ce qui suggère une coordination préalable. Il n'y a pas eu de victimes, mais le trafic a été temporairement interrompu.
Les autorités polonaises ont déjà procédé à l'arrestation de cellules accusées de travailler pour les services russes dans le cadre de missions de surveillance, de photographie d'infrastructures et de préparation de sabotages.
Implications :
La guerre hybride russe n'est plus un concept théorique. Le territoire de l'OTAN est désormais le théâtre d'opérations secrètes visant à affaiblir la capacité européenne à soutenir l'Ukraine. La Pologne, en raison de son rôle de « plaque tournante » logistique, est la cible prioritaire.
Les infrastructures européennes constituent un point faible évident. Une voie ferrée coupée peut retarder l'acheminement de munitions, d'armes et d'aide humanitaire. Si ce modèle s'étend aux ports, aux oléoducs, aux réseaux électriques ou aux câbles sous-marins, l'impact stratégique sera énorme.
La réponse européenne reste insuffisante. Au-delà des déclarations à Bruxelles et dans les capitales, aucun seuil clair de réponse collective à ce type d'attaques n'a encore été défini. Cette ambiguïté encourage l'audace de l'agresseur.
La condamnation à mort de l'ancienne Première ministre Shaikh Hasina et le risque de créer un grave conflit diplomatique avec l'Inde
Faits :
Le Tribunal pénal international du Bangladesh a condamné à mort, par contumace, l'ancienne Première ministre Sheikh Hasina et son ancien ministre de l'Intérieur pour crimes contre l'humanité lors de la répression des manifestations étudiantes de 2024.
Un rapport de l'ONU estime à environ 1 400 le nombre de morts en un mois et demi, avec l'utilisation systématique de munitions réelles, de drones armés et un pourcentage important de mineurs parmi les victimes.
Le procès s'est déroulé en l'absence de l'accusée, réfugiée en Inde depuis la chute de son gouvernement. Dacca a officiellement demandé son extradition.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a souligné l'importance de rendre justice aux victimes, mais a regretté l'imposition de la peine de mort et a rappelé les critiques historiques concernant les garanties procédurales de ce tribunal.
Implications :
Le Bangladesh oscille entre justice transitionnelle et règlement de comptes. Le même outil judiciaire créé et renforcé par Hasina pour juger les crimes de 1971 se retourne aujourd'hui contre elle. L'image d'une « justice des vainqueurs » est inévitable si les défauts structurels du tribunal ne sont pas corrigés.
La peine de mort délégitime un processus qui devait restaurer la confiance. Il ne s'agit pas de minimiser la gravité des crimes, mais d'affirmer un principe : une transition qui recourt à la pendaison, dans des procès par contumace, perd une partie de son autorité morale. Le résultat peut être la perpétuation du cycle de la vengeance.
L'Inde se trouve prise dans un dilemme inconfortable. Extrader Hasina reviendrait, dans la pratique, à la livrer à l'exécution. Ne pas le faire tendra les relations avec un voisin crucial et alimentera le discours sur l'ingérence.
Une opportunité pour les extrémismes. Un pays densément peuplé, vulnérable au climat et ayant un passé de violence islamiste ne peut se permettre un conflit prolongé entre factions politiques. Une condamnation perçue comme une humiliation d'une dirigeante laïque pourrait alimenter une radicalisation que personne ne contrôle.
Arabie saoudite : les F-35 et la reconfiguration de l'équilibre régional
Faits :
L'administration Trump a confirmé la vente de chasseurs F-35 de cinquième génération à l'Arabie saoudite, annulant les restrictions précédentes et débloquant la livraison d'au moins une cinquantaine d'appareils.
L'opération s'accompagne d'une mise en scène politique soignée : réception du prince héritier Mohammed ben Salmane et messages de renforcement stratégique des liens bilatéraux.
Cette décision intervient dans un contexte de tensions persistantes avec l'Iran, de rapprochement tactique entre Riyad et Pékin dans le domaine énergétique et de négociations discrètes sur la place de l'Arabie saoudite et d'Israël dans l'architecture régionale.
Il faut toutefois rappeler que lorsque le F-15 était l'avion le plus avancé au monde, seuls deux pays en disposaient : Israël et l'Arabie saoudite.
Implications :
Riyad consolide sa position de puissance aérienne de référence dans le Golfe. Avec le F-15, l'Eurofighter et désormais le F-35, l'Arabie saoudite se place à la pointe de la technologie dans le domaine de l'aviation de combat régionale. Le signal envoyé à Téhéran est sans équivoque.
Washington tente de freiner la dérive saoudienne vers la Chine. Le transfert de technologies sensibles est la monnaie d'échange pour maintenir l'Arabie saoudite dans l'orbite occidentale. Riyad, pour sa part, maximise sa valeur en négociant avec toutes les grandes puissances
Risque d'une nouvelle course régionale à l'armement. Les Émirats, le Qatar, l'Égypte et même la Turquie vont calibrer leur position à partir de cette décision. La région se remplit de matériel de très haute sophistication dans un contexte de conflits latents.
Sécurité hémisphérique : Venezuela, cartels et militarisation des Caraïbes
Faits :
La marine américaine a déployé dans les Caraïbes le groupe de combat du porte-avions USS Gerald R. Ford, accompagné d'une douzaine de navires et d'environ 12 000 soldats, dans le cadre de l'opération « Southern Spear ».
Depuis septembre, au moins vingt attaques meurtrières ont été menées contre des bateaux rapides accusés de transporter de la drogue, faisant des dizaines de morts. Des organismes internationaux ont remis en question le manque de transparence concernant les objectifs.
L'administration Trump a déclaré qu'elle n'excluait pas la présence de troupes sur le terrain au Venezuela dans le cadre de son offensive contre le « narcoterrorisme ».
Parallèlement, les opérations internes aux États-Unis contre les réseaux de traite des êtres humains et de trafic de drogue s'intensifient, et certains pays de la région, comme le Salvador, ont extradé des centaines de membres d'organisations criminelles vers les États-Unis.
Implications :
La frontière entre sécurité intérieure et projection militaire s'estompe dangereusement. Ce qui naît comme une lutte contre le trafic de drogue se traduit par des déploiements navals de grande envergure et des menaces d'intervention. Le risque d'incident avec les troupes régulières vénézuéliennes ou les forces de pays tiers est réel.
Le discours sur le « narco-État » se consolide. Des rapports des services de renseignement et de l'opposition vénézuélienne soulignent le rôle des commandants militaires dans le contrôle des routes de la cocaïne. La tentation de traiter le régime non pas comme un interlocuteur politique, mais comme une organisation criminelle, grandit à Washington.
L'Amérique latine est à nouveau traitée comme une scène, et non comme un acteur. De nombreux gouvernements partagent les mêmes préoccupations concernant le crime organisé, mais se méfient des opérations unilatérales qui pourraient déstabiliser la région et aggraver les flux migratoires et la violence.
Une opportunité pour la Russie, la Chine et l'Iran. Plus la pression américaine sera forte, plus Caracas sera incité à offrir un accès privilégié à ses ports, ses ressources et ses accords militaires aux puissances rivales des États-Unis.
Chine-Japon-Taïwan : crise diplomatique aux répercussions économiques
Faits :
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a déclaré devant la Diète qu'une attaque chinoise contre Taïwan pourrait constituer une « menace pour la survie » du Japon, ouvrant ainsi la voie juridique à une intervention militaire japonaise pour défendre l'île.
La réaction de Pékin a été virulente : avertissement à ses citoyens leur déconseillant de se rendre au Japon ; suspension ou report des sorties de films japonais ; campagnes médiatiques particulièrement agressives ; incursions des garde-côtes chinois dans les eaux territoriales autour des îles Senkaku et survol d'un drone militaire à proximité de Yonaguni.
Les entreprises japonaises les plus exposées au tourisme chinois ont subi des baisses significatives en bourse.
Tokyo a envoyé un émissaire spécial pour tenter de désamorcer la situation, mais Pékin a clairement indiqué qu'il n'y aurait pas, pour l'instant, de rencontre bilatérale de haut niveau en marge du G20.
Implications :
Taïwan n'est plus un tabou et devient un casus belli explicite. L'ambiguïté stratégique japonaise s'est considérablement réduite. Dans le discours chinois, le Japon franchit des lignes rouges historiques et « ravive son militarisme ».
La pression chinoise combine des moyens militaires, économiques et symboliques. Les avertissements aux voyageurs et les boycotts culturels sont des instruments efficaces pour punir le Japon sans avoir à tirer un seul coup de feu. Le message adressé aux autres voisins est clair : quiconque remet en question les « lignes rouges » de Pékin en subira les conséquences.
Le conflit n'est plus une question régionale. Le Japon et la Chine sont des piliers de l'économie mondiale. Une détérioration prolongée de leurs relations, affectant le tourisme, les investissements et les chaînes d'approvisionnement, aurait des répercussions mondiales.
Les États-Unis en sortent renforcés, l'Europe reste en marge. Washington verra dans la fermeté japonaise une confirmation de sa stratégie indo-pacifique. L'UE, très dépendante commercialement des deux pays, observe la situation avec inquiétude, mais sans avoir de véritable influence sur le cours des événements.
Corée du Nord : dissuasion nucléaire et soutien à la Russie
Faits :
La Corée du Nord a dénoncé le nouveau document de dissuasion élargie entre les États-Unis et la Corée du Sud – qui renforce le rôle des sous-marins nucléaires, des bombardiers stratégiques et d'autres vecteurs – comme la preuve d'une « politique ouvertement hostile ».
Pyongyang a répondu en annonçant un renforcement de sa doctrine de « guerre nucléaire préventive », dans la lignée de ses derniers essais de missiles.
Des incidents mineurs d'échanges de tirs ont été signalés dans la zone démilitarisée et à la frontière maritime occidentale, tandis que Séoul propose des pourparlers militaires pour éviter toute escalade accidentelle.
Diverses sources occidentales font également état de la présence de personnel nord-coréen dans la région russe de Koursk, dans des fonctions de combat ou de soutien logistique, ce que Moscou et Pyongyang nient.
Implications :
La péninsule coréenne s'impose comme un théâtre permanent de tensions nucléaires. Personne dans les capitales concernées ne croit sérieusement à une dénucléarisation de la Corée du Nord. Le véritable débat porte sur la manière d'éviter les erreurs de calcul qui pourraient conduire à une catastrophe.
L'axe Moscou-Pyongyang se renforce. Si la présence de soldats nord-coréens venant en aide à la Russie se confirme, nous serions face à un échange clair : de la main-d'œuvre militaire en échange de technologie balistique et de ressources énergétiques. Il s'agit d'un bond qualitatif dans la coopération entre deux États profondément révisionnistes.
L'Europe sous-estime un risque qui la touche directement. Une crise dans la péninsule aurait un impact sur les marchés, l'énergie et les chaînes d'approvisionnement. Cependant, le débat européen sur la Corée du Nord reste marginal et rhétorique.
Chili : polarisation entre la continuité de la gauche et le virage à droite
Faits :
Les élections chiliennes se dirigent vers un second tour entre Jeannette Jara, candidate de la coalition gouvernementale, qui comprend le Parti communiste, et José Antonio Kast, leader d'une droite clairement conservatrice.
Jara s'est imposée avec une très faible avance au premier tour, avec un peu plus d'un quart des voix, suivie de Kast avec un peu moins. Environ 70 % de l'électorat a opté pour des options situées à droite du gouvernement actuel.
Le contexte est clair : préoccupations liées à la sécurité des citoyens, au crime organisé, à l'immigration clandestine et à la stagnation économique.
Implications :
Le Chili devient le laboratoire de la nouvelle polarisation latino-américaine. D'un côté, une gauche qui a perdu une partie de son aura générationnelle et réformiste. De l'autre, une droite qui combine conservatisme social, main de fer et discours anti-immigration.
Le discours de « l'ordre à tout prix » gagne du terrain. L'incapacité à garantir la sécurité et la prospérité ouvre la voie à des solutions qui sacrifient les libertés au nom de la stabilité. Le Chili, en raison de sa tradition institutionnelle, est un test décisif.
L'impact régional est plus symbolique que matériel, mais il est significatif. Une victoire de Kast consoliderait l'idée que le cycle progressiste latino-américain touche à sa fin et donnerait de nouveaux arguments à des forces similaires dans la région.
Afrique de l'Ouest : le Nigeria, entre violence interne et radar de Washington
Faits :
Dans le nord-ouest du Nigeria, des hommes armés ont enlevé au moins 25 élèves d'un internat féminin dans l'État de Kebbi, après avoir assassiné le directeur adjoint et un garde.
Ce schéma reproduit des épisodes antérieurs dans la bande qui s'étend du Nigeria au Niger et au Burkina Faso, où se mêlent bandes criminelles et groupes djihadistes.
Parallèlement, des déclarations récentes du président Trump ont évoqué la possibilité d'actions militaires contre des groupes islamistes au Nigeria, invoquant la persécution des chrétiens et la défense de la liberté religieuse.
Le gouvernement nigérian a publiquement rejeté ces accusations et a insisté sur ses efforts pour protéger l'ensemble de la population, quelle que soit sa confession.
Implications :
L'État nigérian est soumis à une pression multidimensionnelle. L'incapacité à garantir la sécurité de base érode la légitimité interne et ouvre la voie à des solutions d'autodéfense communautaire à fort potentiel déstabilisateur.
Le risque d'externaliser la lutte contre le terrorisme est évident. Une intervention militaire étrangère au Nigeria, même limitée, pourrait aggraver les fractures internes et donner l'image d'une croisade religieuse, ce qui est particulièrement dangereux dans un pays divisé à parts presque égales entre chrétiens et musulmans.
L'Europe ne peut se permettre d'ignorer le Nigeria. On a tendance à concentrer l'attention sur le Sahel francophone, mais c'est le Nigeria, en raison de son poids démographique, économique et énergétique, qui est le véritable pivot de la stabilité de l'Afrique occidentale.
Asie du Sud-Est : inondations, glissements de terrain et transition énergétique bloquée
Faits :
En Indonésie, des glissements de terrain provoqués par des pluies torrentielles dans le centre de Java ont fait des dizaines de morts et de disparus ; des quartiers entiers ont été ensevelis sous la boue.
Au Vietnam, des inondations et des glissements de terrain dans la région centrale ont fait au moins une demi-douzaine de morts, de nombreux blessés et des milliers de personnes isolées, avec des ponts et des voies ferrées endommagés.
Ces événements surviennent alors que se tient la COP30, où l'Indonésie, entre autres, rappelle que le partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) de 20 milliards de dollars visant à supprimer 6,7 GW de charbon d'ici 2030 est pratiquement paralysé par l'absence de décaissements effectifs.
Implications :
Les conditions climatiques extrêmes agissent comme un multiplicateur des fragilités politiques. Là où l'urbanisme est mal planifié, où la déforestation et la corruption dans les infrastructures sont présentes, un épisode météorologique violent se transforme en tragédie nationale.
La crédibilité climatique des puissances développées est en jeu. Il ne suffit pas de proclamer des objectifs de décarbonisation et de parler de « pertes et dommages ». Si des accords emblématiques tels que le JETP indonésien échouent, le message envoyé au Sud global est dévastateur.
La Chine apparaît comme le bailleur de fonds de dernier recours. Si le financement occidental ne vient pas, la tentation de se tourner vers les banques chinoises pour maintenir ou remplacer les centrales à charbon et à gaz sera très forte. Le prix géopolitique sera payé sous la forme d'une influence de Pékin dans un axe stratégique de l'Indo-Pacifique.
Minerais critiques : trêve tactique dans la guerre des terres rares
Faits :
Pékin a accepté de moduler l'application de nouvelles restrictions à l'exportation de certains minéraux critiques et produits transformés – y compris certains liés aux semi-conducteurs et aux technologies propres – en accordant plus de temps à ses clients.
Il n'y a pas de retour en arrière complet : la Chine conserve des instruments de contrôle sur les terres rares, le graphite et d'autres matériaux, mais accorde des licences et des délais qui soulagent à court terme les chaînes d'approvisionnement américaines et européennes.
Implications :
L'interdépendance gérée s'impose face au découplage absolu. Ni Washington ni Pékin ne peuvent se permettre de rompre les chaînes de valeur des minéraux critiques sans s'infliger de graves dommages. Cette trêve tacite est la reconnaissance de cette réalité.
L'Europe n'a toujours pas sa place à la table des négociations. Le bras de fer se joue essentiellement entre les États-Unis et la Chine. Bruxelles, Berlin ou Paris en subissent les conséquences et cherchent à diversifier leurs fournisseurs, mais ne donnent pas le ton.
Le Sud global tire les leçons de cette situation. Les pays disposant de réserves importantes de lithium, de cuivre, de nickel ou de cobalt perçoivent clairement que leurs ressources constituent un levier d'influence. La géopolitique des minéraux sera l'un des facteurs clés du pouvoir dans les décennies à venir.
Rack média
Presse généraliste américaine
- Le centre de gravité se trouve dans la résolution sur Gaza, présentée comme un grand pari personnel de Trump, et dans l'offensive russe à Pokrovsk.
- Couverture importante de la condamnation de Hasina et du sabotage en Pologne, mais comme des éléments s'inscrivant dans le récit des « attaques contre la démocratie » et des « agressions contre l'ordre international ».
- La dimension climatique et la crise de la transition énergétique en Indonésie apparaissent, mais bien derrière la guerre et la politique intérieure américaine.
Presse économique anglo-saxonne
- À Gaza, l'accent est mis sur la reconstruction et les investissements : eau, énergie, infrastructures et éventuels consortiums internationaux pour gérer le processus.
- En Ukraine, l'accent est mis sur l'opération Rafale, le financement via des actifs russes et les contrats ferroviaires, avec des analyses détaillées de la viabilité budgétaire française et ukrainienne.
- Mention particulière de la trêve sur les minerais critiques et du risque d'échec des partenariats pour la transition énergétique avec l'Indonésie et d'autres pays.
Presse européenne continentale
- Gaza et l'État palestinien comme grand débat moral et politique : dans quelle mesure l'UE doit-elle soutenir un système qui ressemble trop à un protectorat ?
- Large couverture de la condamnation de Hasina comme symbole de l'érosion démocratique mondiale et de la fragilité des transitions.
- Interprétation inquiète du rôle français en Ukraine et de la paralysie allemande, avec le voyage à Pékin comme signe d'une Allemagne qui cherche à jouer un rôle de médiateur là où elle exerçait auparavant un leadership.
Médias arabes et du Golfe
- Gaza occupe le devant de la scène : vote au Conseil de sécurité, rôle de l'Arabie saoudite et du Qatar, dilemmes de l'Égypte et de la Jordanie.
- Le plan Trump est présenté sous l'angle de la tutelle extérieure contre l'aide humanitaire, avec de fortes différences entre les chaînes les plus critiques et les médias alignés sur les monarchies du Golfe.
- Une attention particulière est accordée à la condamnation de Hasina et à la possibilité que le Bangladesh se tourne vers la Chine.
Médias israéliens et palestiniens
- L'accent est mis sur la tension entre sécurité et identité nationale : la force internationale est bien accueillie par beaucoup comme une garantie de sécurité, mais la référence à l'État palestinien est perçue comme une menace existentielle par certains secteurs de la droite.
- Les médias palestiniens soulignent le caractère tutélaire et l'absence d'engagement ferme en faveur de la souveraineté nationale.
Médias russes et chinois
- Gaza est présentée comme un exemple de double standard et de « colonialisme humanitaire » mené par les États-Unis.
- L'Ukraine est décrite comme une guerre que la Russie est en train de gagner par épuisement, tandis que l'Occident promet des armes qu'il ne livre pas.
- La crise sino-japonaise s'inscrit dans le récit habituel : le Japon serait en train de « raviver son militarisme » sous l'instigation des États-Unis.
Médias d'Asie du Sud et d'Asie du Sud-Est
- La condamnation de Hasina, notamment en Inde, est directement affectée.
- Les catastrophes climatiques en Indonésie et au Vietnam occupent une place importante, en lien avec l'échec du financement international pour la transition énergétique.