Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 20 novembre 2025

Voici une analyse de l'actualité mondiale, structurée autour de thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
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Positionnement mondial - Depositphotos
  1. La décennie la plus dangereuse depuis 1945
  2. Gaza : le plan international n'est pas une option parmi d'autres, c'est la seule issue viable
  3. États-Unis-Arabie saoudite : naissance d'un axe stratégique décisif pour le XXIe siècle
  4. Venezuela : le « big stick » moderne est déjà déployé
  5. NVIDIA : un oxygène immédiat pour les marchés, mais la bataille pour l'IA continue
  6. Japon-Chine : un « long hiver » commence avec Taïwan au centre
  7. Ukraine : une paix fondée sur des cessions territoriales n'est pas souhaitable, mais peut être l'option pragmatique
  8. États-Unis : dossiers Epstein, carte électorale du Texas et résilience institutionnelle
  9. Salon aéronautique de Dubaï : le Golfe s'impose comme le nouveau centre industriel militaire mondial
  10. Rack média
  11. Conclusion éditoriale – version fusionnée et renforcée
  12. Et l'Europe ?

La décennie la plus dangereuse depuis 1945

En moins de vingt-quatre heures, les grandes plaques tectoniques de la géopolitique ont de nouveau bougé. La guerre en Ukraine entre dans une phase décisive où les négociations ne visent plus la victoire absolue, mais la survie institutionnelle de l'État ukrainien.

Les États-Unis redéfinissent leur architecture d'alliances par le biais d'accords stratégiques qui consolident l'axe atlantique élargi, mais qui, dans le même temps, relèguent l'Europe à un rôle de spectatrice tardive.

Le golfe Persique et l'ensemble des monarchies arabes du Golfe acquièrent une autonomie industrielle et militaire sans précédent : ils ne sont plus seulement acheteurs de systèmes d'armes, ils deviennent fabricants et exportateurs. La Chine et le Japon entrent dans un « long hiver » qui définira les équilibres en Asie de l'Est au cours de la prochaine décennie, avec Taïwan comme épicentre d'un choc structurel.

L'intelligence artificielle accélère la course technologique la plus déterminante du XXIe siècle, dans laquelle Nvidia incarne la suprématie technologique occidentale face à un bloc chinois qui tente de combler son retard à marche forcée.

Gaza se précipite vers un point de non-retour. Soit un minimum d'ordre international s'impose, soit la bande de Gaza deviendra un trou noir du terrorisme, du crime organisé et des projets expansionnistes de l'axe iranien.

La Pologne, quant à elle, offre un exemple de réponse ferme et proportionnée à la guerre hybride russe après le sabotage ferroviaire sur l'axe Varsovie-Lublin. Et au G20 en Afrique du Sud, une bataille silencieuse se joue autour du discours sur le développement et les inégalités entre un modèle occidental exigeant mais ouvert et une alternative autoritaire qui exploite la fatigue du Sud global.

Nous assistons à un retour accéléré au réalisme stratégique avec une conscience démocratique : un scénario où coexistent la coercition militaire, la concurrence technologique brutale, la résilience énergétique comme facteur existentiel, la diplomatie ferme sur les principes et la nécessité de maintenir un ordre international qui, sans gardiens déterminés, se dissoudrait dans un chaos de révisionnisme territorial, d'insécurité et de violence systématique.

L'Occident joue son avenir sur trois fronts simultanés :

  • La préservation d'un ordre international ouvert, fondé sur les droits et les libertés, face à ceux qui misent sur la force et l'opacité.
  • La résilience technologique, économique et militaire face à la Chine, à la Russie et à l'Iran.
  • La cohésion interne des États-Unis, condition indispensable à la stabilité de la planète.
  • Les prochains mois seront décisifs pour savoir si l'axe atlantique se renforce ou cède, si l'Europe se réveille ou reste absente et si le Sud global perçoit l'Occident comme un partenaire sérieux ou comme une puissance distante et incohérente.

Gaza : le plan international n'est pas une option parmi d'autres, c'est la seule issue viable

Faits :

Le Conseil de sécurité a approuvé une résolution autorisant une force internationale de stabilisation à Gaza sous direction occidentale et un Conseil de paix présidé par les États-Unis. Ce Conseil assumera, à titre transitoire, des tâches d'administration, de reconstruction et de sécurité. Israël soutient le plan sur le plan opérationnel, car il lui permet de retirer ses troupes sans laisser un vide de pouvoir absolu. Le Hamas le rejette catégoriquement, menace d'attaquer toute force internationale et annonce une insurrection permanente.

Les États-Unis, l'Égypte, les Émirats arabes unis et la Jordanie partagent un diagnostic réaliste : sans une intervention internationale solide et prolongée, Gaza sombrerait dans le chaos total en quelques semaines. Sans une présence forte, le territoire serait pris d'assaut par des factions islamistes rivales, des réseaux criminels et des mandataires iraniens. Sans administration internationale, il n'y aurait ni services de base, ni reconstruction, ni horizon politique un tant soit peu rationnel.

Implications :

Le discours qui présente le plan comme un « protectorat colonial » est non seulement simpliste, mais aussi profondément irresponsable. Il n'existe aucune alternative opérationnelle qui ne passe par une combinaison d'autorité internationale, de force crédible et de reconstruction coordonnée. L'expérience de l'Irak, de la Syrie et du Liban est éloquente : là où l'État disparaît et où le monde détourne le regard, les pires bêtes du chaos surgissent.

Le plan de l'ONU pour Gaza :

  • Il ne se substitue pas aux Palestiniens, mais tente de les protéger de la logique suicidaire du Hamas.
  • Il offre à Israël une sécurité structurée, sous l'égide d'une légitimité internationale qui, sans ce plan, n'existerait tout simplement pas.
  • Il redonne le premier rôle aux pays arabes modérés, qui peuvent enfin disputer à l'Iran le drapeau palestinien.
  • Il renforce le rôle des États-Unis en tant qu'architecte indispensable de l'ordre régional.
  • Il offre aux Palestiniens une perspective de stabilité, de reconstruction et d'avenir politique hors de l'emprise islamiste.

L'alternative est claire : soit une mission internationale robuste, soit Gaza comme trou noir d'insécurité pour tout le Moyen-Orient et la Méditerranée. Dans ces conditions, le plan n'est pas une option parmi d'autres, mais la seule issue viable.

Personas caminan por la oficina central de la UNRWA en la ciudad ocupada de Hebrón, en Cisjordania, el 29 de octubre de 2024 - PHOTO/ ARCHIVO
Des personnes marchent devant le siège de l'UNRWA dans la ville occupée d'Hébron, en Cisjordanie, le 29 octobre 2024 - PHOTO/ ARCHIVES

États-Unis-Arabie saoudite : naissance d'un axe stratégique décisif pour le XXIe siècle

Faits :

Les États-Unis ont désigné l'Arabie saoudite comme « allié important hors OTAN » et ont formalisé un accord de défense et de coopération stratégique qui couvre :

  • La défense territoriale élargie et la protection contre les menaces extérieures.
  • La coopération nucléaire civile sous des garanties internationales strictes.
  • Des investissements saoudiens massifs dans les technologies, l'énergie et la défense américaines.

Riyad s'intègre de facto au noyau dur des alliés occidentaux qui bénéficient de garanties de sécurité étendues en échange d'un alignement stratégique contre l'Iran, la Russie et la pénétration chinoise.

Implications :

L'alliance formalisée répond à un calcul froid et correct :

  • Une Arabie saoudite clairement intégrée dans l'architecture de sécurité occidentale garantit la stabilité dans une région qui reste vitale pour les marchés énergétiques, les routes commerciales et l'équilibre mondial des pouvoirs.
  • L'accord nucléaire civil, dûment vérifié, démontre que l'Occident peut projeter son influence et sa technologie sans renoncer à la non-prolifération, face à des modèles opaques comme celui de l'Iran.
  • Les investissements saoudiens massifs dans les secteurs de pointe américains créent un tissu d'interdépendance qui rend l'alliance irréversible à moyen terme : si Washington s'intéresse au capital saoudien, Riyad s'intéresse à la protection, aux garanties et à l'accès technologique.
  • Pour l'Europe, tout cela est vital, mais l'UE agit en tant que spectatrice, et non en tant que décideuse. Le Golfe devient le pilier énergétique et militaire de l'ordre occidental élargi, mais le siège européen à la table des décisions pèse beaucoup moins lourd qu'il ne le devrait. Il s'agit là d'une décision politique, et non d'un dessein du destin.

Venezuela : le « big stick » moderne est déjà déployé

Faits :

Trump a autorisé des opérations secrètes de la CIA au Venezuela dans le but explicite de contenir le narco-État et de démanteler le réseau criminel connu sous le nom de Cartel de los Soles, qui fonctionne comme le rouage central du régime. Parallèlement, le porte-avions USS Gerald R. Ford s'approche des Caraïbes avec quelque 15 000 soldats et un groupe de combat complet. La désignation du Cartel des Soleils comme organisation terroriste étrangère est à l'étude, ce qui ouvrirait la voie à des actions plus énergiques et coordonnées.

Il ne s'agit pas d'une aventure idéologique, mais de la gestion d'un risque systémique : un État qui a transformé son appareil en une structure de trafic de drogue et de déstabilisation constitue une menace directe pour la sécurité de l'hémisphère occidental.

Implications :

Les États-Unis ont décidé de donner la priorité à la sécurité hémisphérique et d'affronter une vérité dérangeante : le Venezuela est au cœur d'un réseau qui alimente l'héroïne et la cocaïne qui tuent des dizaines de milliers de personnes chaque année en Amérique et en Europe, blanchit des milliards qui faussent les systèmes financiers et pousse des millions de citoyens à l'émigration massive, déstabilisant ainsi les pays voisins.

Les opérations secrètes ont une base juridique dans la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue. Il ne s'agit pas d'un caprice, mais de la reconnaissance que l'impunité d'un narco-État est incompatible avec la stabilité régionale.

Si la pression ne donne pas de résultats, l'option d'une intervention limitée, rapide et chirurgicale deviendra de plus en plus plausible. Son objectif ne serait pas une occupation à l'ancienne, mais :

  • Neutraliser les capacités militaires et répressives clés du régime.
  • Rompre le lien opérationnel entre l'appareil d'État et le crime organisé.
  • Faciliter une transition qui bénéficie d'une légitimité démocratique interne, renforcée par des personnalités telles que María Corina Machado, dont le prix Nobel de la paix a conféré une légitimité internationale non négligeable.

La réaction régionale sera inégale : les démocraties libérales comprendront la logique de sécurité ; l'axe bolivarien et ses alliés rhétoriques crieront à l'« impérialisme ». Le message sous-jacent, cependant, est sans équivoque : les États-Unis ne toléreront pas indéfiniment un narco-État à deux heures de la Floride.

Nicolás Maduro asiste a un acto con sus seguidores tras la declaración del presidente estadounidense Donald Trump en Caracas, Venezuela, el 23 de octubre de 2025 - Palacio de Miraflores vía REUTERS
Nicolás Maduro assiste à un rassemblement avec ses partisans après la déclaration du président américain Donald Trump à Caracas, au Venezuela, le 23 octobre 2025 - Palais de Miraflores via REUTERS

NVIDIA : un oxygène immédiat pour les marchés, mais la bataille pour l'IA continue

Faits :

Nvidia a de nouveau battu des records de chiffre d'affaires et de bénéfices, porté par la demande mondiale de processeurs avancés pour l'intelligence artificielle. Ces résultats ont dissipé, au moins temporairement, la crainte immédiate d'une bulle spéculative incontrôlée. La société conserve son leadership incontesté dans le domaine des GPU pour les centres de données et les applications critiques.

Toutefois, les débats persistent sur les « accords circulaires » avec des start-ups du secteur, financées en partie par Nvidia elle-même et dont les modèles économiques dépendent presque entièrement de l'achat continu de ses puces. Malgré cela, la demande réelle vérifiée reste très élevée. L'ensemble de l'écosystème de l'IA générative, de la défense intelligente, de la cybersécurité et de la simulation dépend de ces processeurs.

Implications :

Le leadership de Nvidia est un atout stratégique de premier ordre pour l'Occident. Il ne s'agit ni d'une entreprise publique, ni d'une création issue d'un laboratoire politique : c'est le fruit de décennies d'innovation privée, de concurrence sur le marché et d'un environnement institutionnel favorable à la créativité. Cela marque une différence abyssale avec un écosystème chinois plus opaque, plus dirigé par l'État et moins transparent.

L'exclusion de la Chine de l'accès aux puces avancées, via des restrictions à l'exportation, n'est pas une anecdote technique : c'est une décision géostratégique d'une portée considérable. En pratique :

  • Elle garantit le maintien de l'avantage occidental en matière d'IA et de calcul haute performance pendant des années.
  • Elle empêche la Chine d'égaler ses capacités militaires et de surveillance intelligente à court terme.
  • Elle oblige Pékin à investir dans des alternatives locales qui mettront des années à mûrir.

Pour l'Europe, l'absence d'un acteur comparable à Nvidia est un problème existentiel. Sans champion propre, l'UE est condamnée à dépendre des technologies étrangères. La seule issue raisonnable passe par :

  • S'intégrer pleinement dans la chaîne technologique atlantique, en acceptant que sa sécurité numérique dépende d'alliances étroites avec les États-Unis et leurs partenaires.
  • Accélérer les investissements dans la recherche fondamentale et dans les clusters de semi-conducteurs qui, même s'ils n'atteignent pas la taille de Nvidia, réduisent l'écart.
  • La bataille pour l'IA est en réalité la bataille pour l'hégémonie du XXIe siècle. Dans cette bataille, Nvidia est aujourd'hui l'un des piliers de la suprématie technologique occidentale.
El presidente de los Estados Unidos, Donald Trump, y Jensen Huang, director ejecutivo de Nvidia, interactúan durante el Foro de Inversión Estados Unidos-Arabia Saudita en Washington, D.C., Estados Unidos, el 19 de noviembre de 2025 - REUTERS/ EVELYN HOCKSTEIN
Le président américain Donald Trump et Jensen Huang, PDG de Nvidia, discutent lors du Forum d'investissement États-Unis-Arabie saoudite à Washington, D.C., États-Unis, le 19 novembre 2025 - REUTERS/ EVELYN HOCKSTEIN

Japon-Chine : un « long hiver » commence avec Taïwan au centre

Faits :

La Chine a de nouveau suspendu les importations de produits de la mer en provenance du Japon et a ajouté des mesures de pression symboliques et économiques : annulation de sorties de films, restrictions de vols et messages agressifs dans la presse officielle. Tout cela en réponse aux déclarations de la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, qui a explicitement lié la sécurité du Japon à la défense de Taïwan.

Tokyo a réagi en renforçant ses liens avec Washington, Canberra et l'Inde, dans le cadre du Quad, et en accélérant sa propre modernisation militaire. Elle a mis fin à l'ambiguïté : une attaque contre Taïwan sera considérée comme une menace directe pour sa survie nationale.

Implications :

Les représailles commerciales chinoises confirment un schéma déjà connu : Pékin utilise l'économie comme une arme de coercition politique. Elle vise à punir ceux qui défient ses lignes rouges et à intimider les autres afin qu'ils n'osent pas les imiter. Cependant, cette stratégie produit des effets contraires à ceux escomptés :

  • Elle renforce la perception de la Chine comme un acteur coercitif et imprévisible.
  • Elle accélère la diversification des marchés et des chaînes d'approvisionnement au Japon.
  • Elle consolide l'alignement de Tokyo sur la stratégie américaine de confinement dans l'Indo-Pacifique.

Le Japon a décidé d'assumer aujourd'hui des coûts économiques en échange d'une clarté stratégique demain. Il préfère être un partenaire fiable d'un système d'alliances solide plutôt que l'otage économique d'un voisin de plus en plus assertif.

L'Indo-Pacifique s'affirme comme le centre de gravité de la politique mondiale. C'est là que se jouent la liberté de navigation, le contrôle des semi-conducteurs, l'autonomie de Taïwan, la crédibilité du système d'alliances américain et l'équilibre général des pouvoirs. Si l'Europe ne s'insère pas résolument dans cette architecture, elle verra son poids géopolitique encore réduit.

El buque de rescate submarino Xihu de la Armada china en el mar de Japón, el 5 de agosto de 2025 Ministerio de Defensa ruso via REUTERS
Le navire de sauvetage sous-marin Xihu de la marine chinoise dans la mer du Japon, le 5 août 2025 Ministère russe de la Défense via REUTERS

Ukraine : une paix fondée sur des cessions territoriales n'est pas souhaitable, mais peut être l'option pragmatique

Faits :

Des informations convergentes, relayées par Reuters et d'autres médias, confirment que les États-Unis et la Russie travaillent sur un plan de paix en 28 points qui comprendrait au moins les éléments suivants :

  • Cession territoriale limitée de l'Ukraine à la Russie, consolidant de facto certaines occupations.
  • Garanties de sécurité internationales vérifiables sur le reste du territoire ukrainien.
  • Neutralité militaire relative de Kiev, avec une intégration occidentale institutionnelle et économique « gelée mais potentielle ».

Dans le même temps, la Russie continue de frapper des cibles civiles. Le bombardement d'un immeuble résidentiel à Ternopil, qui a fait au moins 26 morts (dont des mineurs), des dizaines de disparus et plus d'une centaine de blessés, montre que Moscou continue d'utiliser la terreur contre la population comme moyen de pression.

Parallèlement, un sabotage ferroviaire sur l'axe Varsovie-Lublin, attribué par la Pologne aux services de renseignement militaires russes (GRU) et exécuté logistiquement par des citoyens ukrainiens réfugiés en Biélorussie, souligne que la guerre hybride ne connaît pas de frontières claires.

Implications :

L'existence d'un processus de négociation est en soi positive : une guerre gelée sans horizon épuise l'Ukraine et l'Occident. Cependant, la qualité de la paix importe autant que sa simple existence. Une paix qui consacrerait la cession de territoires sans garanties solides enverrait un message dévastateur : l'agression est payante. D'autres acteurs en prendraient note, du Caucase au Sahel.

D'un point de vue strictement atlantiste, le dilemme est brutal mais inévitable : une cession territoriale limitée, accompagnée de garanties solides, d'une reconstruction militaire et d'une adhésion progressive aux structures occidentales, pourrait préserver la souveraineté réelle de l'Ukraine et stabiliser le front européen.

L'alternative pourrait être une prolongation indéfinie du conflit, avec la capacité de la Russie de continuer à détruire des infrastructures et des vies, et une lassitude croissante de l'opinion publique occidentale.

La Pologne, les pays baltes et d'autres partenaires de premier plan craignent que l'histoire des cessions apaisantes ne se répète. Leur inquiétude est légitime. La réponse ne peut être de nier la réalité, mais d'exiger d'être à la table où la décision est prise et de conditionner la paix à :

  • Des garanties de sécurité vérifiables.
  • Un renforcement massif du flanc oriental de l'OTAN.
  • Des engagements clairs en faveur de la reconstruction et du réarmement de l'Ukraine.

C'est seulement ainsi que l'Ukraine pourra devenir une sorte d'« Israël de l'Est » : peut-être avec moins de territoire que ce qui lui revient légitimement, mais avec des capacités militaires, des renseignements et une résilience suffisants pour dissuader toute nouvelle agression.

Estudiantes que se preparan para ser bomberos se reúnen, en medio del ataque de Rusia a Ucrania, en Ternopil, Ucrania, el 20 de noviembre de 2025 REUTERS/ THOMAS PETER
Des étudiants qui se préparent à devenir pompiers se réunissent, alors que la Russie attaque l'Ukraine, à Ternopil, en Ukraine, le 20 novembre 2025. REUTERS/ THOMAS PETER

États-Unis : dossiers Epstein, carte électorale du Texas et résilience institutionnelle

Faits :

Trump a signé la loi connue sous le nom d'Epstein Files Transparency Act, qui oblige le ministère de la Justice à publier les dossiers non classifiés de l'affaire Epstein. Il s'agit d'une initiative qui bénéficie d'un soutien quasi unanime au Congrès et qui répond à une demande sociale profonde de transparence sur les liens entre le magnat et une partie des élites politiques, économiques et médiatiques.

Parallèlement, un tribunal a bloqué la nouvelle carte électorale du Texas, estimant qu'elle discriminait les minorités et violait la législation électorale. Cet épisode montre une fois de plus à quel point la politique américaine se joue de plus en plus devant les tribunaux.

Implications :

La divulgation des archives Epstein est un acte de bonne gouvernance qui marque la différence entre les systèmes démocratiques et les régimes autoritaires. L'ouverture des documents, aussi douloureuse soit-elle pour beaucoup, est précisément le mécanisme qui permet à une démocratie de s'autocorriger et de déterminer les responsabilités. Le coût immédiat sera élevé pour certaines personnalités, mais le bénéfice à long terme en termes de crédibilité institutionnelle est incalculable.

Le blocage de la carte texane illustre la normalisation du lawfare électoral : la lutte pour le pouvoir se déplace vers les tribunaux. Cela comporte des risques (politisation de la justice) mais aussi des opportunités (capacité à corriger les abus et à garantir des règles minimales d'équité).

Pour les alliés atlantistes, le message essentiel est le suivant : certes, les États-Unis sont polarisés, turbulents et bruyants, mais c'est aussi un pays doté d'institutions capables de s'examiner, de se corriger et de se purger. Cette combinaison de conflit ouvert et de résilience institutionnelle est, paradoxalement, l'une des raisons pour lesquelles le système américain reste le pilier irremplaçable de l'ordre libéral.

<p>Jeffrey Epstein aparece en una fotografía tomada para el registro de delincuentes sexuales de la División de Servicios de Justicia Penal del Estado de Nueva York el 28 de marzo de 2017 - División de Servicios de Justicia Penal del Estado de Nueva York vía REUTERS</p>
Jeffrey Epstein apparaît sur une photo prise pour le registre des délinquants sexuels de la Division des services de justice pénale de l'État de New York le 28 mars 2017 - Division des services de justice pénale de l'État de New York via REUTERS

Salon aéronautique de Dubaï : le Golfe s'impose comme le nouveau centre industriel militaire mondial

Faits :

Le salon aéronautique de Dubaï a confirmé la transformation du Golfe en usine mondiale de puissance militaire. Les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et d'autres acteurs de la région signent des contrats de plusieurs milliards de dollars, non seulement pour acheter des systèmes d'armes occidentaux, mais aussi pour les produire, les assembler et les exporter.

EDGE (EAU) conclut des joint-ventures avec Leonardo (Italie) et l'Indonésie ; la Corée du Sud propose son chasseur KF-21 dans des contrats de plusieurs millions de dollars ; la Chine rivalise avec des drones et des chasseurs comme alternative moins coûteuse ; et les grands fabricants occidentaux se battent pour se positionner aux côtés de partenaires qui n'acceptent plus un rôle passif.

Implications :

Le Golfe n'est plus un simple marché, mais est devenu une plateforme industrielle de défense. Cela a plusieurs conséquences :

  • L'autonomie stratégique arabe s'accroît, mais dans la pratique, elle le fait dans une optique atlantiste : la technologie critique reste, dans sa grande majorité, occidentale.
  • Cela renforce l'axe avec les États-Unis et, dans une moindre mesure, avec certains pays européens, à condition que ces derniers soient en mesure d'offrir des solutions compétitives.
  • Cela affaiblit la capacité de la Chine et de la Russie à utiliser la vente d'armes comme levier exclusif d'influence dans la région.

Une fois de plus, l'Europe apparaît floue. Sa fragmentation politique et sa lenteur réglementaire la poussent peu à peu hors du noyau des décisions industrielles mondiales. Alors que le Golfe, les États-Unis et l'Indo-Pacifique se reconfigurent à une vitesse vertigineuse, l'UE reste prisonnière de débats internes interminables.

<p paraid="1158234204" paraeid="{0c5e7ca8-4475-42b7-b89a-4dc7b4825f5f}{128}">Los emiratíes observan cómo Al Fursan, el equipo acrobático de las Fuerzas Aéreas de los Emiratos Árabes Unidos, se presenta en el Dubai Air Show en Dubai, Emiratos Árabes Unidos - AP/ JON GAMBRELL</p>
Les Émiratis regardent Al Fursan, la patrouille acrobatique de l'armée de l'air des Émirats arabes unis, se produire au salon aéronautique de Dubaï, aux Émirats arabes unis - AP/ JON GAMBRELL

Rack média

Reuters (câbles + podcast) : marque les axes de la journée : plan de paix pour l'Ukraine, résultats de Nvidia, détérioration des relations Japon-Chine, dossiers Epstein, carte électorale du Texas, résolution pour Gaza.

The New York Times / Washington Post / CNN : insistent sur la dimension interne de la politique américaine (Epstein, Texas, polarisation) et sur l'impact extérieur de décisions telles que l'autorisation d'opérations secrètes au Venezuela ou le plan pour Gaza.

Wall Street Journal / Financial Times / The Economist : mettent l'accent sur l'équation économique-stratégique : bulle de l'IA, leadership de Nvidia, alliance États-Unis-Arabie saoudite, autonomie industrielle du Golfe et vulnérabilité structurelle de l'Europe.

Le Monde / Le Figaro / FAZ / Die Welt : ils expriment leur inquiétude face au plan pour l'Ukraine et à la possibilité d'une paix fondée sur des cessions territoriales, ainsi que face à la perte croissante d'influence de l'Europe dans les grandes décisions.

Al-Arabiya / Arab News / Asharq Al-Awsat / Saudi Gazette : présentent l'axe Washington-Riyad comme un triomphe stratégique du Royaume et une consolidation du leadership saoudien dans le monde arabe, tout en observant avec ambivalence le plan pour Gaza.

Yomiuri Shimbun / The Japan Times / South China Morning Post / China Daily : soulignent le durcissement japonais à l'égard de Taïwan et la réponse coercitive chinoise dans les domaines commercial et culturel, le tout dans un contexte de rivalité structurelle.

Médias latino-américains (Clarín, El Mercurio, Reforma, etc.) : ils interprètent le déploiement américain vers le Venezuela comme la preuve que le narco-État a cessé d'être un problème local pour devenir une question hémisphérique de premier ordre.

Conclusion éditoriale – version fusionnée et renforcée

L'Occident entre dans la phase la plus dangereuse depuis 1945, mais aussi dans l'une des plus lucides depuis la fin de la guerre froide. Il a enfin compris que le monde n'est pas régi par les désirs mais par les forces, non pas par des déclarations solennelles mais par les capacités, non pas par la rhétorique mais par la volonté politique.

Malgré les critiques dont fait l'objet l'administration actuelle, accusée d'isolationnisme, les faits prouvent le contraire. Les États-Unis exercent à nouveau un leadership clair sur la scène géopolitique.

Ils définissent l'agenda, construisent des alliances, prennent des décisions difficiles sur l'Ukraine, assument la responsabilité de stabiliser Gaza, font face au narco-État vénézuélien et blindent l'axe technologique de l'IA.

L'Arabie saoudite, les Émirats, le Japon, l'Australie et d'autres partenaires renforcent un ordre occidental élargi qui comprend des démocraties consolidées et des monarchies réformistes qui ont compris que leur avenir passe par l'ancrage atlantique, et non par des aventures avec des puissances révisionnistes.

L'Indo-Pacifique s'impose comme le centre de gravité du XXIe siècle. C'est là que se décide l'avenir de la liberté de navigation, l'indépendance de Taïwan, l'équilibre des forces navales, la chaîne mondiale des semi-conducteurs et le succès ou l'échec de la contenance d'une Chine de plus en plus affirmée.

L'Iran, la Russie et, dans une moindre mesure, la Chine font pression depuis les marges, mais ne proposent toujours pas de modèle alternatif crédible. Ce qu'ils proposent n'est pas un système meilleur, mais un monde plus dangereux, plus opaque et plus violent.

Et l'Europe ?

L'Europe commente, analyse, s'indigne, moralise... mais agit trop peu et trop tard. Elle s'accroche à une rhétorique qui ne suffit plus, tandis que la redistribution réelle du pouvoir se décide à Washington, Riyad, Dubaï, Tokyo, New Delhi et Canberra.

Le moment est venu pour l'Europe de retrouver sa vocation atlantique, de renoncer aux mirages d'une fausse équidistance, de réinvestir dans la défense, d'assumer sans complexe son identité occidentale et de revenir sur le terrain en tant qu'acteur, et non plus en tant que commentateur.

Le monde n'attendra pas. Lorsque l'Union européenne décidera enfin qu'elle veut faire partie du cercle où se prennent les grandes décisions, les règles seront peut-être déjà écrites, les alliances scellées et les ressources critiques engagées.

La fenêtre d'opportunité est étroite, mais elle existe encore ; la question n'est plus de savoir si l'Europe peut, mais simplement, brutalement, si l'Europe veut.