Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 24 novembre 2025

Voici une analyse de l'actualité mondiale, structurée autour de thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
Posicionamiento global - <a target="_blank" href="https://depositphotos.com/es/?/">Depositphotos</a>
Positionnement mondial - Depositphotos
  1. L'ultimatum de Genève : le plan en 28 points
  2. Élimination de Haytham Ali Tabtabai à Beyrouth : le front libanais explose
  3. Gaza : le fragile cessez-le-feu et le plan ONU-Trump
  4. Ukraine : négociations en Suisse, drones à Kharkiv, incendie à Moscou
  5. Guerre hybride en mer du Nord : le Yantar et la vulnérabilité sous-marine
  6. Crise sino-japonaise : le Japon franchit le Rubicon pour Taïwan
  7. Blocage aérien du Venezuela et déploiement de l'USS Gerald Ford
  8. G20, COP30 et la doctrine énergétique Trump 2.0 : un monde qui apprend à fonctionner sans les États-Unis
  9. Nigeria : l'enlèvement du St. Mary's et la désintégration de l'État
  10. Élections en République serbe de Bosnie : le défi séparatiste balkanique
  11. Rack de médias internationaux

L'ultimatum de Genève : le plan en 28 points

Faits :

À Genève, la délégation américaine dirigée par le secrétaire d'État Marco Rubio et l'envoyé spécial Steve Witkoff a présenté à Kiev le « plan de paix en 28 points », assorti d'un délai impératif : accepter avant le 27 novembre ou faire face à la suppression du soutien militaire et financier.

Le document, élaboré lors de discussions directes entre Washington et Moscou — avec l'envoyé russe Kirill Dmitriev, directeur du fonds souverain russe, agissant en tant qu'architecte économique — exige de l'Ukraine :

  • La cession de facto de l'ensemble du Donbass oriental et la consolidation de toutes les conquêtes territoriales russes actuelles.
  • Réduction de l'armée ukrainienne à 600 000 soldats (la contre-proposition européenne la porte à 800 000).
  • Renonciation constitutionnelle à l'OTAN et acceptation d'un statut de neutralité permanente.
  • Reconnaissance du russe comme langue officielle dans tout le pays.
  • Limites explicites à certains types d'armement et de systèmes à longue portée.

Donald Trump lui-même a qualifié la résistance de Zelenski de « zéro gratitude », lui rappelant publiquement que sans Washington, il n'y aurait pas eu de résistance militaire ukrainienne à grande échelle.

<p>En esta fotografía, tomada y difundida por el Servicio de Prensa Presidencial de Ucrania en Kiev el 26 de abril de 2025, el presidente de Ucrania, Volodymyr Zelensky (izq.), se reúne con el presidente de Estados Unidos, Donald Trump (der.), al margen del funeral del papa Francisco en la Basílica de San Pedro del Vaticano - PHOTO/ SERVICIO DE PRENSA PRESIDENCIAL DE UCRANIA</p>
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky rencontre le président américain Donald Trump en marge des funérailles du pape François à la basilique Saint-Pierre du Vatican - PHOTO/ SERVICE DE PRESSE PRÉSIDENTIEL UKRAINIEN

Face à ce texte, le groupe dit E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) et les institutions européennes ont présenté à Genève une contre-proposition également en 28 points, qui :

  • Accepte de limiter la taille de l'armée ukrainienne, mais à 800 000 soldats, et non à 600 000.
  • propose de réinviter progressivement Poutine au G8, sous réserve du respect d'un cessez-le-feu vérifiable ;
  • insiste pour reporter toute discussion territoriale jusqu'après un cessez-le-feu complet ;
  • exige que les avoirs russes gelés financent la reconstruction ukrainienne.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a qualifié la réunion du dimanche 23 novembre de « la plus productive à ce jour », affirmant avoir fait « d'énormes progrès » après avoir travaillé point par point avec la délégation ukrainienne dirigée par Andriy Yermak et prenant soin de nier qu'il s'agissait d'une « liste de souhaits russes ». Cependant, le sénateur indépendant Angus King a laissé entendre qu'en privé, Rubio aurait décrit le projet initial précisément en ces termes.

Du côté ukrainien, le négociateur Rustem Umerov est allé jusqu'à affirmer que la version actuelle « reflète la plupart des priorités clés de l'Ukraine », signe indéniable que la pression combinée de Washington et des capitales européennes porte ses fruits.

Implications :

Nous sommes face à un nouveau Yalta, mais sans Churchill ni Roosevelt, et avec une Europe reléguée au rôle de notaire nerveux. Le plan consacre, de facto, le principe que l'Occident prétendait combattre : qu'une puissance nucléaire peut modifier les frontières par la force et, après avoir suffisamment résisté à l'usure, obliger ses adversaires à certifier juridiquement le résultat.

Pour Zelenski, signer le document tel quel est un suicide politique. Non seulement en raison de la cession territoriale, mais aussi parce que la combinaison de la neutralité forcée, de l'armée réduite et de la reconnaissance officielle du russe serait interprétée par de larges secteurs de la société et des forces armées comme une capitulation. La menace n'est pas seulement externe (Russie), mais aussi interne : un coup d'État ou une fracture du bloc national qui soutient la résistance depuis 2022.

Pour l'Europe, le message est encore plus dévastateur. La garantie automatique de sécurité américaine – l'idée que Washington comblera toute lacune – vole en éclats. La Pologne, les pays baltes et, dans la pratique, toute l'Europe de l'Est comprennent que leur défense n'est plus une question « atlantique », mais relève désormais directement de leurs propres budgets. L'OTAN peut continuer d'exister institutionnellement, mais la confiance dans son parapluie s'affaiblit.

Le Financial Times et d'autres médias sérieux le résument sans ménagement : le plan « pourrait constituer la base d'un accord de paix définitif »... pour Poutine. Kiev le vit comme une capitulation. Le précédent qui s'ouvre est fatal : si ce schéma s'impose, Pékin en prendra note pour Taïwan, Ankara pour le nord de la Syrie et l'Irak, et même Caracas pour l'Essequibo.

Genève, plus qu'une conférence de paix, ressemble aujourd'hui à un laboratoire où l'on démonte en direct l'ordre de sécurité européen construit depuis 1945.

<p>Donald Trump y Volodymyr Zelensky en el Despacho Oval de la Casa Blanca en Washington D. C. el 17 de octubre de 2025  - PHOTO/ SERVICIO DE PRENSA DE LA PRESIDENCIA DE UCRANIA  </p>
Donald Trump et Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington D.C., le 17 octobre 2025  - PHOTO/ SERVICE DE PRESSE DE LA PRÉSIDENCE UKRAINIENNE

Élimination de Haytham Ali Tabtabai à Beyrouth : le front libanais explose

Faits :

Rompt cinq mois de calme relatif à la frontière nord, l'armée de l'air israélienne a mené une attaque de précision contre un immeuble résidentiel à Haret Hreik, dans le Dahiyeh de Beyrouth, bastion historique du Hezbollah.

Cible éliminée : Haytham Ali Tabtabai, chef d'état-major des forces militaires du Hezbollah, en pratique son commandant militaire numéro un et principal lien avec la Force Quds iranienne. Autrement dit, l'homme qui dirigeait la capacité opérationnelle de l'organisation et la conception de son réarmement après les derniers cycles de guerre.

L'attaque a fait au moins cinq morts et plus d'une vingtaine de blessés, selon le ministère libanais de la Santé. Le Hezbollah a confirmé la mort du « grand commandant » et a averti que le bombardement « ouvrait la voie à une escalade des agressions ».

Le président libanais Joseph Aoun a accusé Israël d'ignorer les appels à cesser les attaques et a demandé à la communauté internationale de contenir Tel-Aviv. Netanyahu, pour sa part, se vante d'avoir éliminé un « assassin de masse » et réitère qu'Israël ne permettra pas la reconstruction des capacités militaires du Hezbollah.

Implications :

Israël est explicitement passé de la doctrine de « confinement » à celle de « décapitation ». En attaquant le cœur politico-militaire du Hezbollah dans un quartier densément peuplé de Beyrouth, il envoie un message sans équivoque : il n'y a pas de sanctuaires, même dans les zones urbaines et sous le couvert d'un cessez-le-feu.

Pour le Hezbollah, le dilemme est existentiel. S'il ne riposte pas par une réaction cinétique de grande envergure (attaques à la roquette à moyenne et longue portée sur des cibles stratégiques, ou opération spectaculaire), il perdra sa crédibilité en tant que « résistance » auprès de sa propre base et de Téhéran. S'il riposte, il ouvrira la porte à une guerre régionale à grande échelle que le Liban, effondré économiquement et institutionnellement, est incapable de supporter.

Les médias israéliens parlent d'« exploit opérationnel » et de rupture de la chaîne de commandement du Hezbollah. La presse arabe et une grande partie de la presse européenne soulignent que cette attaque met fin à une année de calme relatif et met en péril tant le fragile gouvernement libanais que la mission de l'ONU (FINUL). Les médias russes, TASS et RT en tête, inscrivent cet épisode dans un récit plus large : Israël, avec le feu vert de Washington, comme grand facteur de déstabilisation au Moyen-Orient.

Sur le plan géopolitique, le front libanais passe d'un « théâtre secondaire » à un levier principal sur l'avenir de Gaza et l'architecture de sécurité régionale. Si le Hezbollah lance une salve de missiles de précision sur des centres névralgiques israéliens, la guerre cessera d'être le « dossier Gaza » pour devenir un conflit ouvert entre l'Iran (et sa constellation de milices) et Israël, soutenu par les États-Unis. Le risque d'erreur de calcul n'est plus jaune. Il est rouge vif.

Gaza : le fragile cessez-le-feu et le plan ONU-Trump

Faits :

Alors que le Conseil de sécurité de l'ONU vient de consacrer dans une résolution le plan en 20 points de Donald Trump pour Gaza — qui comprend une force internationale de stabilisation et un « conseil de paix » (board of peace) doté de larges pouvoirs sur la bande —, sur le terrain, ce ne sont pas des discours que l'on entend, mais des explosions.

Au cours des dernières 24 heures, les attaques israéliennes ont de nouveau frappé des quartiers densément peuplés. Un reportage d'Al Jazeera sur les dernières incursions fait état de dizaines de morts, d'hôpitaux à la limite de leurs capacités et d'un flux d'aide humanitaire encore fortement restreint.

Parallèlement, le camp de réfugiés de Nuseirat est devenu le symbole de la « trêve mensongère » : des bombardements sur des bâtiments civils dans un contexte où Israël affirme respecter le cessez-le-feu. Diverses sources locales et organisations de surveillance ont recensé 497 attaques israéliennes depuis la déclaration de la trêve il y a 44 jours.

Implications :

Ce qui est présenté comme un « cessez-le-feu » est en réalité une guerre de faible intensité et d'usure. La stratégie est claire : contrôle des approvisionnements, pression psychologique et bombardements périodiques.

Sur le papier, la résolution de l'ONU et le plan Trump décrivent une feuille de route vers une administration internationale de transition et, en théorie, vers une forme limitée d'État palestinien. Dans la pratique, Israël continue d'utiliser une force aérienne écrasante sur un territoire dévasté, avec des infrastructures sanitaires détruites et une population déplacée dans une prison à ciel ouvert.

Les grands médias anglosaxons (Washington Post, Financial Times, The Guardian) oscillent entre la constatation du drame humanitaire et un scepticisme radical quant à la viabilité du plan : qui fournira les troupes ? Qui commandera réellement à Gaza ? Comment acheminer l'aide sans lever le blocus ? Dans la presse israélienne, le discours est différent : le Hamas reste armé, détient toujours des corps d'otages et « la moitié de la bande » reste sous contrôle militaire direct.

Dans les médias arabes (Al-Jazeera, Al-Quds Al-Arabi, Arab News), le discours dominant est celui d'un cessez-le-feu inexistant et d'une population civile soumise à des pressions militaires et humanitaires constantes.

La gente se apresura a recoger los paquetes de ayuda humanitaria lanzados desde el aire, por Omar Al-Qattaa, Palestina
Les gens se précipitent pour ramasser les colis d'aide humanitaire largués depuis les airs, par Omar Al-Qattaa, Palestine

Ukraine : négociations en Suisse, drones à Kharkiv, incendie à Moscou

Faits :

Alors qu'à Genève, on négocie la carte de l'avenir de l'Ukraine, sur le terrain, la guerre ne s'arrête pas une minute.

Selon Reuters, une attaque massive de drones russes sur Kharkiv a fait au moins trois morts et causé d'importants dégâts aux infrastructures civiles, dans l'une des nombreuses vagues enregistrées ces dernières heures. Un autre article de la même agence fait état d'une attaque de drones sur Dnipró qui a frappé une zone résidentielle au moment même où les délégués s'asseyaient à la table des négociations en Suisse.

Kiev, pour sa part, a intensifié sa campagne de drones à longue portée contre des cibles sur le territoire russe. Au cours des dernières heures, l'Ukraine a attaqué une centrale thermique dans la région de Moscou, provoquant un grand incendie et des coupures de chauffage pour des dizaines de milliers de personnes, selon des sources russes. Ce n'est que le dernier chapitre d'une tendance claire : la guerre ne se déroule plus seulement dans le Donbass, mais aussi au cœur énergétique de la Russie et dans les profondeurs urbaines de l'Ukraine.

Implications :

La simultanéité de l'offensive militaire et des négociations politiques envoie un message sans équivoque : personne n'a suffisamment confiance dans le processus de paix pour cesser l'escalade. Moscou montre qu'elle peut continuer à punir les villes ukrainiennes et renforce l'idée que Kiev ne peut pas défendre indéfiniment ses infrastructures. Kiev, quant à elle, montre à la société russe que la guerre a un coût chez elle.

Les grands médias occidentaux (Reuters, AP, BBC, CNN) décrivent cette dualité comme la toile de fond inévitable de toute négociation de paix : on négocie, mais on négocie sous les bombes, pas dans le silence. Les médias d'État russes (TASS, RT) présentent les attaques comme une défense contre le « terrorisme ukrainien » et soulignent les impacts des drones ukrainiens dans la région de Moscou comme preuve qu'il faut « aller jusqu'au bout » pour garantir une solution définitive.

La combinaison des attaques russes sur les grandes villes et des drones ukrainiens contre les infrastructures critiques en Russie rapproche le conflit d'un cycle de représailles sur des cibles énergétiques et civiles, difficile à contenir. Si l'on ajoute à cela la rupture possible des pourparlers de Genève en raison du rejet de l'ultimatum par Kiev, le risque d'un effondrement simultané du front militaire et du cadre diplomatique est réel.

<p>Personal de la fiscalía de crímenes de guerra observa los daños después de un ataque aéreo en un lugar dado como Kupyansk en la región de Kharkiv, Ucrania, el 28 de agosto de 2024 - Oficina Regional de Fiscales de Kharkiv VIA REUTERS</p>
Le personnel du parquet chargé des crimes de guerre examine les dégâts causés par une frappe aérienne dans une localité appelée Kupyansk, dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le 28 août 2024 - Bureau régional du procureur de Kharkiv VIA REUTERS

Guerre hybride en mer du Nord : le Yantar et la vulnérabilité sous-marine

Faits :

Le secrétaire britannique à la Défense, John Healey, a révélé que le navire russe Yantar, officiellement présenté comme un « navire de recherche océanographique », a opéré à plusieurs reprises sur des câbles sous-marins critiques en mer d'Irlande et au nord de l'Écosse.

Ce qui fait de cet épisode un saut qualitatif, c'est l'utilisation d'armes laser depuis le navire russe pour aveugler les pilotes des avions P-8 Poseidon de la RAF qui le surveillaient, ainsi que les hélicoptères et les navires britanniques qui effectuaient des manœuvres de suivi. Healey a qualifié le comportement russe de « profondément dangereux » et a annoncé un changement dans les règles d'engagement, avertissant que le Royaume-Uni avait « des options militaires prêtes ».

Des informations préalables du Financial Times et du Kyiv Independent avaient déjà documenté la présence du Yantar et d'autres actifs de la Direction principale de la recherche en eaux profondes russe (GUGI) dans des zones où se concentrent des câbles Internet, des communications militaires et des lignes électriques, y compris des connexions clés avec la Norvège, les États-Unis et le continent européen.

Implications :

La Russie a porté la confrontation dans la « zone grise » : des actions hostiles qui, par nature, restent juste en dessous du seuil qui déclencherait une réponse automatique de l'OTAN. L'utilisation de lasers contre des avions militaires occidentaux est objectivement un acte hostile, mais calibré pour ne pas devenir un casus belli formel.

L'objectif stratégique est clair : signaler une vulnérabilité. Moscou rappelle à Londres et à l'ensemble de l'OTAN qu'elle dispose de la capacité technique de couper, saboter ou manipuler les câbles sous-marins qui constituent l'épine dorsale numérique et financière de l'Occident. Une attaque synchronisée contre quelques points clés pourrait provoquer une panne des communications et des transactions avec un impact économique et politique immédiat, sans qu'il soit nécessaire de tirer un seul missile sur une ville.

La réponse britannique — règles d'engagement plus agressives, patrouilles intensifiées, avertissement public de « recours à des options militaires » — augmente également le risque d'un incident direct : une collision, un tir d'avertissement mal interprété, un pilote blessé par un laser. Le premier affrontement armé ouvert entre les forces russes et occidentales pourrait ne pas se produire en Ukraine, mais dans l'obscurité des fonds marins.

Crise sino-japonaise : le Japon franchit le Rubicon pour Taïwan

Faits :

La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a déclaré devant la Diète qu'une contingence militaire à Taïwan constituerait une « situation menaçant la survie » du Japon. Cette expression n'est pas rhétorique : il s'agit d'une catégorie juridique spécifique qui ouvre la voie à l'usage de la force en matière d'autodéfense collective aux côtés des États-Unis.

Parallèlement, le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi a confirmé le déploiement de missiles sol-air à moyenne portée sur l'île de Yonaguni, à environ 110 km de Taïwan, et s'est rendu sur la base pour souligner que ce déploiement « réduit la probabilité d'une attaque armée contre notre pays ».

Pékin a réagi avec colère. Le Global Times qualifie cette position d'« hypocrite » et de « provocatrice », le ministère chinois des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur japonais et la Chine a mis en place des mesures de rétorsion économique :

  • Annulation des voyages organisés vers le Japon.
  • Suspension d'une partie des importations de produits de la pêche et contrôles supplémentaires.
  • Avertissements officiels à ses citoyens concernant les voyages vers ce pays.
  • Augmentation des patrouilles aériennes et navales près des îles Senkaku/Diaoyu.

Pour aggraver l'ironie, les États-Unis ont décidé de retirer le système de missiles Typhon — capable de lancer des missiles Tomahawk et SM-6 à longue portée — de la base d'Iwakuni, sous la pression chinoise, juste au moment où le Japon fait un pas en avant dans sa propre militarisation défensive.

Implications :

Le Japon a définitivement abandonné son confortable ambiguïté stratégique. En liant explicitement sa survie au sort de Taïwan, il assume que la guerre dans le détroit n'est plus un scénario théorique, mais une possibilité à laquelle il faut se préparer.

La réponse chinoise montre que Pékin comprend la gravité de ce geste. La militarisation du tourisme et du commerce ne vise pas seulement à punir économiquement le Japon, mais aussi à inciter les élites entrepreneuriales japonaises à faire pression sur le gouvernement et à lui demander de revoir sa position. Il s'agit d'une bataille pour la volonté politique japonaise.

Sur le plan géopolitique, la mer de Chine orientale s'impose comme l'un des points de friction les plus dangereux de la planète. Le risque n'est pas seulement une collision entre des navires ou des avions autour des Senkaku, mais qu'un incident tactique déclenche une série d'engagements automatiques entre Tokyo et Washington, entraînant toute l'alliance dans une crise avec la Chine.

Pour l'Europe, qui préfère détourner le regard, le message est simple : alors qu'à Genève, on discute de la cession de territoires en Ukraine, dans la région Indo-Pacifique, les démocraties qui se sentent menacées ne cèdent pas d'un pouce. Elles s'arment.

<p>Un buque de guerra chino navega en aguas cerca del islote Pengjia en el norte de Taiwán, en esta imagen publicada el 23 de mayo de 2024 - PHOTO/Ejército Popular de Liberación de China (EPL) - Guardia Costera de Taiwán vía REUTERS</p>
Un navire de guerre chinois navigue dans les eaux proches de l'îlot Pengjia, au nord de Taïwan, sur cette image publiée le 23 mai 2024 - PHOTO/Armée populaire de libération de Chine (APL) - Garde côtière taïwanaise via REUTERS

Blocage aérien du Venezuela et déploiement de l'USS Gerald Ford

Faits :

L'Administration fédérale de l'aviation américaine (FAA) a émis un NOTAM (avis aux navigateurs) A0012/25 interdisant, dans la pratique, les opérations des avions américains au-dessus du Venezuela et avertissant les autres compagnies aériennes d'une « détérioration de la situation en matière de sécurité ».

Quelques heures plus tard, des compagnies telles qu'Iberia, TAP Air Portugal, Avianca, GOL et LATAM ont suspendu leurs liaisons vers Caracas, isolant de plus en plus le régime de Maduro par voie aérienne.

Dans le même temps, le Pentagone a déployé le porte-avions USS Gerald Ford avec son groupe de combat — destroyers, frégates, escorteurs et équipage de F-35 — dans les Caraïbes, accompagné de vols de démonstration de bombardiers B-52, sous le couvert rhétorique d'une « opération antidrogue » contre le soi-disant « Cartel des Soleils ».

Des fuites recueillies par Reuters et d'autres médias indiquent que Washington se prépare à une « nouvelle phase d'opérations » au Venezuela, qui comprendrait des opérations secrètes de la CIA visant à affaiblir ou à renverser le régime, et une éventuelle désignation du « Cartel des Soleils » comme organisation terroriste étrangère, avec l'élargissement consécutif du cadre juridique pour les actions coercitives.

Implications :

Il ne s'agit pas d'une simple alerte de sécurité aérienne. Il s'agit d'un tourniquet logistique délibéré. L'objectif est d'étrangler les voies d'évasion et d'approvisionnement de l'élite chaviste, en utilisant l'espace aérien comme instrument d'encerclement politique.

La combinaison de l'isolement civil, du déploiement naval massif et des vols de B-52 rappelle les prémices d'interventions telles que celle du Panama en 1989. L'administration Trump prépare le terrain pour une intervention coercitive qui peut prendre de nombreuses formes : d'un coup d'État induit à une opération chirurgicale avec capture de personnalités clés accusées de narcoterrorisme.

Si la Russie ou la Chine décidaient d'envoyer des moyens navals ou aériens pour soutenir symboliquement Maduro, les Caraïbes pourraient revivre une version actualisée de la crise des missiles. Le risque d'un incident aérien — par exemple, la destruction accidentelle d'un avion civil par les systèmes S-300 vénézuéliens — ajouterait une dimension tragique au calcul.

Pendant des années, l'Occident a toléré les régimes autoritaires dans son voisinage immédiat, tandis que l'attention se concentrait sur le Moyen-Orient et l'Europe de l'Est. Cette marge de manœuvre est désormais révolue. Et le laboratoire où cette nouvelle ligne rouge sera testée s'appelle le Venezuela.

<p>El buque de guerra más grande del mundo, el portaaviones estadounidense USS Gerald R. Ford, saliendo del fiordo de Oslo en Nesodden y Bygdoy, Noruega, el 17 de septiembre de 2025 - PHOTO/ NTB/Lise Aserud vía REUTERS</p>
Le plus grand navire de guerre au monde, le porte-avions américain USS Gerald R. Ford, quittant le fjord d'Oslo à Nesodden et Bygdoy, en Norvège, le 17 septembre 2025 - PHOTO/ NTB/Lise Aserud via REUTERS

G20, COP30 et la doctrine énergétique Trump 2.0 : un monde qui apprend à fonctionner sans les États-Unis

Faits :

À Johannesburg, un sommet du G20 marqué par le siège vide des États-Unis vient de s'achever. Trump a décidé de boycotter la réunion, invoquant à la fois la prétendue « persécution de la minorité afrikaner » et la proximité de l'Afrique du Sud avec les BRICS+. L'Argentine, sous Milei, s'est alignée sur Washington et n'a pas non plus envoyé de représentation de haut niveau.

Malgré l'absence de la première économie mondiale, les 19 autres pays ont adopté une déclaration commune, faisant référence à :

  • La nécessité de renforcer le multilatéralisme économique.
  • L'engagement en faveur de la transition énergétique.
  • La défense de l'intégrité territoriale ukrainienne, en contraste avec le plan de paix de Trump.

Parallèlement, à Belém, au cœur de l'Amazonie brésilienne, la COP30 s'est achevée sur un accord minimal : la promesse de tripler le financement pour l'adaptation au changement climatique et certains mécanismes de soutien aux pays vulnérables, mais sans s'engager explicitement à éliminer progressivement les combustibles fossiles, bloquée par la résistance de l'Arabie saoudite et d'autres producteurs.

Alors que le multilatéralisme climatique tente de survivre, un autre coup décisif a été joué à Washington : la Banque d'import-export des États-Unis (Ex-Im Bank) a annoncé un plan visant à mobiliser 100 milliards de dollars destinés à faire de la « domination énergétique » américaine le pivot de sa projection extérieure.

Le nouveau président de l'Ex-Im, John Jovanovic, a présenté un premier paquet comprenant :

  • 4 milliards pour les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l'Égypte.
  • Un prêt de 1,25 milliard pour la mine de cuivre et d'or de Reko Diq, au Pakistan.
  • De futurs investissements dans l'énergie nucléaire dans le sud-est de l'Europe.
  • Des projets liés à l'uranium et aux minéraux critiques.

Parallèlement, les États-Unis et la Chine ont convenu d'une trêve commerciale tactique : Pékin suspend ses restrictions à l'exportation de terres rares et d'autres minéraux critiques et s'engage à acheter des produits agricoles et à coopérer dans la lutte contre le fentanyl ; Washington assouplit temporairement certaines restrictions technologiques et tarifaires. La trêve a une date d'expiration : novembre 2026.

Implications :

Le G20 et la COP30 dessinent la même silhouette : un monde qui tente de se gouverner sans les États-Unis ou, parfois, malgré les États-Unis. L'absence de Washington affaiblit la légitimité et la capacité de mise en œuvre des accords, mais elle libère également de l'espace pour que la Chine et, dans une moindre mesure, l'Europe, se présentent comme des centres de leadership alternatifs.

Le revirement de l'Ex-Im Bank cristallise la doctrine énergétique Trump 2.0 : si les États-Unis se retirent du multilatéralisme climatique, ils ne renoncent pas pour autant à leur puissance énergétique, mais la transforment en levier géopolitique. Le GNL, le nucléaire et les minéraux critiques deviennent les nouveaux pions du jeu de dominos. L'objectif n'est pas seulement commercial, mais aussi de construire des chaînes d'approvisionnement « sûres » qui réduisent la dépendance vis-à-vis de la Chine et de la Russie.

Des pays comme le Pakistan ou l'Égypte sont confrontés à leur énième dilemme : accepter un financement massif assorti de conditions stratégiques implicites (alignements, accès aux ports, engagements réglementaires) ou rester entre les mains des banques chinoises et des fonds du Golfe. La concurrence pour le Sud global se joue de plus en plus dans le domaine de l'énergie et des infrastructures.

La trêve commerciale avec la Chine révèle une vérité inconfortable pour les deux parties : Washington ne peut se passer des minerais chinois sans affaiblir son industrie de défense et sa transition écologique, et Pékin ne peut se permettre un affrontement frontal alors que son économie intérieure ralentit. Il s'agit d'une paix armée technologique, et non d'une réconciliation.

Dans ce contexte, l'Europe risque de se retrouver prise entre deux réalités : elle prononce des discours sur le climat à Belém, tandis que son principal allié rouvre massivement la porte au gaz fossile et au nucléaire stratégique. Si Bruxelles ne formule pas une position cohérente conciliant sécurité énergétique, défense et climat, d'autres décideront à sa place.

Nigeria : l'enlèvement du St. Mary's et la désintégration de l'État

Faits :

À Papiri, dans l'État nigérian du Niger, un groupe d'hommes armés a enlevé 303 élèves et 12 enseignants de l'école catholique St. Mary's. Dans les heures qui ont suivi, une cinquantaine d'élèves ont réussi à s'échapper par leurs propres moyens, selon des sources de l'Église. Environ 253 personnes sont toujours retenues en captivité : 250 élèves, trois enfants de membres du personnel et 12 enseignants.

Le gouvernement a ordonné la fermeture de 47 écoles dans le nord du pays, incapable de garantir la sécurité minimale des établissements scolaires. Le pape Léon XIV a lancé un appel urgent depuis la place Saint-Pierre pour la libération immédiate des otages.

Il ne s'agit pas du premier cas d'enlèvement massif dans le nord du Nigeria, mais c'est l'un des plus graves de ces dernières années. La violence n'émane pas exclusivement de groupes djihadistes tels que Boko Haram ; de plus en plus, des bandes criminelles armées ont fait de l'enlèvement industriel un modèle économique stable.

Implications :

Le Nigeria, géant démographique africain avec quelque 220 millions d'habitants, présente des symptômes avancés d'État défaillant dans de vastes zones de son territoire. L'incapacité du gouvernement à protéger une école catholique transforme la crise sécuritaire en un problème également sectaire : les communautés chrétiennes, déjà sous pression, voient même leurs espaces éducatifs devenir vulnérables.

La normalisation des enlèvements massifs a un effet dévastateur :

  • Elle décourage l'éducation, en particulier celle des filles, perpétuant ainsi le retard.
  • Elle encourage l'exode interne et externe, alimentant les routes migratoires vers le Sahel, le Maghreb et, en fin de compte, l'Europe.
  • Elle affaiblit la confiance dans l'État et renforce les structures parallèles (milices, seigneurs de guerre, réseaux religieux).

Pour l'Europe, qui se tourne vers l'Ukraine et l'Indo-Pacifique, le Nigeria est le front silencieux qui, s'il s'effondre, multipliera les pressions migratoires et l'instabilité dans toute l'Afrique de l'Ouest. Les images de St. Mary's sont également le reflet des conséquences de décennies de rhétorique sur le « soutien au développement » sans véritable engagement en faveur de la sécurité et de la gouvernance.

Élections en République serbe de Bosnie : le défi séparatiste balkanique

Faits :

Dans l'entité serbo-bosniaque de la République serbe de Bosnie, qui fait partie de la Bosnie-Herzégovine, des élections présidentielles anticipées ont eu lieu après la destitution et la disqualification pour six ans du leader nationaliste Milorad Dodik, sanctionné pour avoir défié la Cour constitutionnelle et le Haut Représentant international tout en poursuivant un programme ouvertement sécessionniste.

Les élections opposaient Sinisa Karan, dauphin de Dodik et candidat du parti au pouvoir SNSD, à l'opposante Jelena Trivić et à d'autres candidats plus modérés. Les résultats préliminaires donnent à Karan environ 54,4 % des voix, contre 35,4 % à Trivić. Le taux de participation a été d'environ 31 % des 1,2 million d'électeurs, reflétant un mélange de lassitude, de résignation et de méfiance.

Al Jazeera et d'autres médias rappellent que la campagne s'est déroulée sous le signe d'une rhétorique ouvertement séparatiste et hostile à Sarajevo et aux institutions créées par les accords de Dayton.

Implications :

Ces élections ne sont pas un simple exercice d'alternance. Elles constituent, de facto, un plébiscite sur la sécession. Dodik, bien que formellement disqualifié, conserve le contrôle de l'appareil politique et médiatique, et utilise Karan comme un instrument pour démanteler Dayton de l'intérieur.

Une victoire claire du candidat continuiste, dans un contexte de distraction européenne due à l'Ukraine et au Moyen-Orient, pourrait être le prélude à :

  • Des déclarations unilatérales de transfert de compétences à Banja Luka.
  • Des blocages systématiques des institutions centrales bosniaques.
  • Des mobilisations et contre-mobilisations qui réactivent les anciennes lignes de fracture ethnique.

Pour Moscou, il s'agit d'un front de déstabilisation peu coûteux à l'arrière de l'OTAN. Pour l'UE et l'OTAN, le scénario cauchemardesque est évident : une Republika Srpska avançant lentement vers la sécession, encouragée par la Russie, tandis que Bruxelles continue de promettre une « perspective européenne » abstraite qui n'arrive jamais.

Les Balkans ont déjà démontré dans les années 90 que leurs guerres ne restent pas confinées chez eux. Ignorer aujourd'hui la mèche serbo-bosniaque reviendrait à répéter l'erreur d'alors, mais avec moins de marge de manœuvre, plus de fronts ouverts et un adversaire russe prêt à exploiter chaque fissure.

Rack de médias internationaux

La fragmentation de l'ordre international se reflète dans une fragmentation parallèle des récits médiatiques. Il n'existe pas de « communauté internationale » homogène ; il existe des blocs d'information qui habitent des réalités différentes.

Bloc anglo-saxon (NYT, Washington Post, FT, The Telegraph, WSJ, BBC, CNN, AP, Reuters)

Ce bloc oscille entre le triomphalisme transactionnel et l'alarmisme sécuritaire.

À propos de Genève, le New York Times et le Washington Post parlent de « progrès considérables », de « cadre de paix raffiné » et de « réconciliation des différences », mais précisent clairement que le plan a été négocié à l'origine entre Washington et Moscou, l'Ukraine n'étant qu'un invité de dernière minute.

Le Financial Times et The Telegraph dévoilent la réalité : le texte initial ressemble trop à une « liste de souhaits du Kremlin » ; la contre-proposition européenne est divulguée presque en temps réel, y compris le retour de Poutine au G8.

Le WSJ voit pour la première fois une possible « issue » à l'impasse ukrainienne, tout en mettant en garde contre l'impact sur la crédibilité de l'OTAN.

La BBC et CNN s'efforcent de souligner que le plan « n'est pas une offre définitive », qu'il peut être modifié, mais reprennent sans détour l'expression « zéro gratitude » et l'ultimatum du 27.

Au Moyen-Orient, ces mêmes médias partagent leur attention entre :

  • L'élimination de Tabtabai à Beyrouth (comme démonstration de la capacité israélienne).
  • La fiction du cessez-le-feu à Gaza, avec des photos de Nuseirat et des données sur les victimes.
  • La radicalisation judiciaire des Houthis au Yémen, avec les 17 condamnations à mort comme symbole d'un pouvoir de facto qui se sent impuni.

Sur le front de la sécurité économique, le FT et le WSJ se concentrent sur le Yantar, les câbles sous-marins et la doctrine énergétique de l'Ex-Im Bank, qu'ils considèrent comme le bras financier du repli stratégique des États-Unis.

Bloc européen continental (Le Monde, Le Figaro, FAZ, Die Welt, Corriere, El País, France24, Euronews)

Ici, la panique existentielle et le sentiment d'orphelinat stratégique dominent.

Le Monde et El País sont obsédés par Genève, parlant sans détour d'un plan qui « favorise largement les revendications russes » et d'une Europe qui tente désespérément d'introduire des contrepoids.

La presse allemande (FAZ, Die Welt) met en garde contre l'impact d'une Ukraine mutilée sur la sécurité de l'Allemagne et de son flanc oriental.

Concernant le Japon et la Chine, Le Monde évoque le « pacifisme japonais mis à l'épreuve » et rappelle les parallèles avec les prémices de Pearl Harbor.

Sur le plan économique, la couverture de la COP30 est ouvertement amère : « accord minimal », « coup porté à Lula », « unité climatique fragile ».

L'Europe se regarde dans le miroir et voit quelque chose qui ne lui plaît pas : une trop grande dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis, une trop grande dépendance énergétique vis-à-vis des autres et une faible capacité à imposer son agenda.

Bloc révisionniste (RT, TASS, China Daily, Global Times)

Ici, le discours est celui d'une victoire inévitable.

RT et TASS présentent Genève comme la preuve que l'Occident a accepté la « réalité sur le terrain » et est prêt à élaborer un plan sur la base des exigences fondamentales de Moscou : territoire, neutralité ukrainienne, fin des sanctions.

Les médias chinois présentent la crise avec le Japon comme étant exclusivement la faute de Tokyo : Takaichi aurait « franchi la ligne rouge » sur Taïwan et le déploiement de missiles serait une « provocation grossière ».

Global Times profite du boycott américain du G20 pour se présenter comme le défenseur du multilatéralisme face à un Washington erratique.

Dans ce bloc, l'élimination de Tabtabai est utilisée pour montrer un Occident qui permet à Israël ce qu'il prétend refuser à la Russie : « changer les réalités par la force, puis demander la reconnaissance ».

Bloc Moyen-Orient (Al-Jazeera, Al-Arabiya, Asharq Al-Awsat, Haaretz, Jerusalem Post)

La région vit en mode guerre totale.

Al-Jazeera insiste sur les quelque 500 violations israéliennes du cessez-le-feu à Gaza, parle sans ambages de génocide par gouttes-à-gouttes et analyse Genève comme une conférence qui légitime la force en Europe tout en normalisant l'occupation en Palestine.

Le Jerusalem Post salue l'assassinat de Tabtabai comme un rétablissement de la dissuasion et s'interroge sur la signification de cette attaque pour les différents cessez-le-feu. Haaretz introduit le doute : cela se rapproche-t-il de la sécurité ou cela ne fait-il que retarder le prochain cycle de guerre ?

Les médias du Golfe regardent le Yémen avec un mélange d'horreur et de calcul : les exécutions houthistes peuvent les obliger à se positionner plus clairement, alors même qu'ils tentent une détente avec l'Iran.

Bloc indo-pacifique (Yomiuri, Japan Times, South China Morning Post, Straits Times, Times of India, Hindustan Times)

Dans la région indo-pacifique, tout est lu à travers le prisme de l'équilibre entre la Chine et les États-Unis.

Yomiuri et Japan Times couvrent en détail le déploiement de missiles à Yonaguni et la tournée de Koizumi dans les bases du sud, rappelant que le Japon étudie depuis des années la possibilité de développer sa propre capacité d'attaque terrestre.

South China Morning Post souligne la colère de Trump envers l'Ukraine et le retrait du système Typhon du Japon, et considère la décision japonaise comme un moyen de pression sur la Chine.

Le Straits Times et la presse indienne, sous des angles différents, interprètent le plan de paix de Trump comme une preuve de la portée réelle de l'engagement occidental : si l'Ukraine est abandonnée, qu'est-ce qui garantit qu'il n'en sera pas de même pour Taïwan ou l'Inde face à la Chine ou au Pakistan ?

Bloc sud mondial et Amérique latine (Clarín, El Mercurio, Reforma, Infobae...)

En Amérique latine, l'agenda local s'impose.

Clarín, El Mercurio et Reforma accordent la priorité à la crise vénézuélienne : alerte de la FAA, isolement aérien, porte-avions dans les Caraïbes. L'Ukraine et Taïwan apparaissent, mais toujours subordonnés à la question : comment le réchauffement de l'arrière-cour des États-Unis nous affecte-t-il ?

En matière de climat, Lula apparaît comme un protagoniste tragique : la « COP de la vérité » à Belém se termine par un compromis minimaliste ; le Brésil veut jouer un rôle de premier plan, mais son modèle économique repose sur l'exportation de matières premières.

Médias spécialisés (Foreign Affairs, The Economist, Politico, The Hill, National Interest)

The Economist voit à Genève le laboratoire de la réécriture de l'ordre européen et dans la crise sino-japonaise la preuve que la contention en Asie est terminée.

Foreign Affairs et National Interest débattent des scénarios d'après-guerre en Ukraine : restauration, gel ou partition.

Politico et The Hill se concentrent sur la lutte interne aux États-Unis : les membres du Congrès sont horrifiés par un plan de paix considéré comme une capitulation devant Poutine, tandis que la Maison Blanche souhaite fermer le front européen pour se concentrer sur la Chine.