Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 24 octobre
- La tournée asiatique de Trump : investissements, droits de douane et sommet avec Xi Jinping
- Asphyxie de la Russie : les États-Unis sanctionnent Rosneft et Lukoil ; la Chine et l'Inde suspendent leurs achats
- La « guerre contre la drogue » : débat sémantique, implications militaires au Venezuela
- Sommet européen : soutien à Kiev, mais veto belge sur les actifs russes
- Tension entre Washington et Jérusalem : Vance met en garde, Rubio réitère
- Rupture définitive des négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada
- Critique frontale de Trump à l'Espagne pour son manque d'engagement envers l'OTAN
- Visite historique de Charles III au Vatican : prière commune avec le pape Léon XIV.
- Rack de Medios – Tendances
- Conclusion éditoriale
La tournée asiatique de Trump : investissements, droits de douane et sommet avec Xi Jinping
Faits :
Le président Trump entamera la semaine prochaine une visite officielle de grande importance au Japon et en Corée du Sud. L'objectif économique déclaré est de stimuler des investissements massifs aux États-Unis, découlant d'engagements antérieurs du Japon (550 milliards de dollars) et de la Corée du Sud (350 milliards), en échange d'une réduction des droits de douane de 25 % à 15 %.
Cependant, les détails ne sont pas encore finalisés. Le point central de la tournée sera une rencontre directe avec Xi Jinping à Séoul, destinée à tenter de conditionner l'expansionnisme régional de la Chine et surtout à rechercher un accord commercial qui apaisera les tensions de la guerre tarifaire. Les marchés asiatiques ont réagi à la hausse à la perspective d'un réajustement commercial.
Implications :
Il s'agit d'une manœuvre diplomatique classique, où la sécurité et le commerce s'entremêlent sous la doctrine « America First ». Washington utilise les droits de douane comme levier pour attirer les capitaux alliés et contrer l'hégémonie manufacturière chinoise. Toutefois, cette pression oblige le Japon et la Corée du Sud à trouver un équilibre précaire : donner la priorité à la vision économique à court terme exigée par Trump pourrait les affaiblir stratégiquement face à Pékin. Cette manœuvre oblige la Chine à abandonner sa rhétorique et ses manœuvres dilatoires, mais si les accords d'investissement ne se concrétisent pas, les résultats de la tournée risquent d'être dilués.
Asphyxie de la Russie : les États-Unis sanctionnent Rosneft et Lukoil ; la Chine et l'Inde suspendent leurs achats
Faits :
L'administration Trump a annulé toute ouverture précédente et durci considérablement les sanctions contre Moscou, frappant le cœur de son industrie énergétique en sanctionnant Rosneft et Lukoil. Cette décision fait suite à l'annulation d'un sommet prévu avec Poutine à Budapest.
L'impact a été immédiat : les géants pétroliers publics chinois (PetroChina, Sinopec) et les raffineries indiennes ont brusquement suspendu leurs achats de pétrole russe face au risque de sanctions secondaires.
Implications :
Il s'agit d'un durcissement bienvenu contre l'expansionnisme russe. La Russie se trouve au bord d'un défaut énergétique, étouffée par l'étau financier. L'alliance énergétique Moscou-Pékin, fondamentale pour le Kremlin, s'affaiblit structurellement.
Ce coup porte atteinte à la machine de guerre de Poutine, mais implique une hausse inévitable des prix mondiaux du pétrole et une reconfiguration des flux énergétiques qui profitera au Moyen-Orient. Pour la Chine et l'Inde, c'est un dilemme entre la stabilité de leurs approvisionnements et leur loyauté envers Moscou, ce qui montre que la dépendance énergétique est une arme à double tranchant.
La « guerre contre la drogue » : débat sémantique, implications militaires au Venezuela
Faits :
Trump a durci le discours, transformant la « guerre contre la drogue » en une véritable opération militaire, défendant des frappes meurtrières sans déclaration de guerre formelle. Les opérations s'étendent à terre et dans les airs, avec des informations faisant état d'un bombardier B-1 survolant les environs de Caracas. La dictature de Maduro, qui accuse les États-Unis de provocation, a réagi en mobilisant des missiles russes.
Implications :
La controverse sur la légalité de la « déclaration de guerre » est artificielle et sémantique, et non juridique ; le Congrès n'a jamais été sollicité pour autoriser la « guerre contre le terrorisme » contre Al-Qaïda, Daech ou les Houthis. Cependant, même si la stratégie visant à démanteler les cartels est audacieuse, elle sera beaucoup plus complexe que les opérations contre les trafiquants.
Pour commencer, il faut étouffer les régimes comme celui du Venezuela, qui sont eux-mêmes des cartels de la drogue. Aux États-Unis, il n'y a jamais eu, jusqu'à présent, de controverse sur l'intervention militaire contre des réseaux non étatiques (terrorisme mondial ou cartels colombiens) ; il est absurde qu'elle surgisse maintenant. La guerre contre le terrorisme et contre les cartels de la drogue ne nécessite PAS l'autorisation du Congrès, car la guerre n'est déclarée à personne, sauf si elle était déclarée au Venezuela, ce qui n'arrivera pas.
Sommet européen : soutien à Kiev, mais veto belge sur les actifs russes
Faits :
Lors du sommet des dirigeants de l'UE avec Volodymyr Zelensky, le soutien à Kiev a été réaffirmé. Cependant, le projet d'utiliser les 140 milliards d'euros d'actifs russes gelés chez Euroclear (Belgique) a été reporté. Le Premier ministre belge, De Wever, a freiné le projet en exigeant des garanties juridiques et financières. Zelenski a demandé des fonds pour 2026, tandis que l'UE approuvait des sanctions distinctes contre le gaz russe à partir de 2027.
Implications :
Cette hésitation belge met en évidence les réelles fissures dans la solidarité européenne. C'est une victoire tactique pour la Belgique, qui défend sa rigueur juridique et la stabilité de son système financier, mais c'est une paralysie inacceptable qui affaiblit le front contre la Russie. La bureaucratie ne doit pas primer sur l'urgence morale de défendre l'Ukraine. Ce retard érode la crédibilité de l'UE auprès de Kiev, qui obtient un soutien symbolique, mais pas les fonds dont elle a besoin pour soutenir l'effort de guerre.
Tension entre Washington et Jérusalem : Vance met en garde, Rubio réitère
Faits :
La Knesset israélienne a approuvé un vote préliminaire pour avancer dans l'annexion de la Cisjordanie. La réaction de Washington a été catégorique : le vice-président JD Vance a qualifié cette manœuvre de « coup stupide » et d'« insultant » pour le processus de paix. Immédiatement après, le secrétaire d'État, Marco Rubio, s'est rendu à Jérusalem pour rencontrer Netanyahu, renforcer le fragile cessez-le-feu à Gaza et réaffirmer que le plan de paix est la « priorité absolue » de Trump et que l'annexion de la Cisjordanie est « inacceptable pour les États-Unis ».
Implications :
Il s'agit de l'avertissement le plus sévère lancé par Washington à un gouvernement israélien depuis la création de l'État en 1948. Le vote sur l'annexion marque la rupture définitive avec la solution à deux États. La Maison Blanche a coordonné cette réaction, qui a été confirmée par Trump lui-même depuis Washington : « Ne vous inquiétez pas pour la Cisjordanie, l'annexion n'aura jamais lieu ».
Vance fixe la ligne rouge, le soutien n'est pas inconditionnel. Aucun président avant Trump n'avait osé réprimander le Premier ministre israélien en privé, et encore moins devant tous les médias du monde. D'autre part, le message de Marco Rubio souligne l'engagement sans équivoque de Trump envers le plan de paix pour Gaza, sous la doctrine de « la paix par la force ».
Rupture définitive des négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada
Faits :
Trump a annoncé la fermeture unilatérale et la rupture définitive des négociations commerciales bilatérales avec le Canada, invoquant « des interférences et la sécurité nationale ». La relation était déjà compromise par les droits de douane de 25 % imposés en mars. La rupture gèle la relation institutionnelle et pousse le Canada à approfondir ses liens avec le Mexique.
Implications :
La guerre tarifaire est une grave erreur, comme l'histoire l'a démontré. Rappelons-nous la guerre tarifaire lancée par le président Herbert Hoover (1929-1933) qui a transformé la récession économique de 1929 en une dépression mondiale. Les guerres tarifaires affaiblissent le commerce mondial, fragmentent le bloc nord-américain et affaiblissent la cohésion occidentale face à des rivaux tels que la Chine.
Même si Washington privilégie son programme protectionniste et démontre sa capacité à imposer ses conditions, cette tactique « coup de poing » encourage l'isolationnisme et nuit aux économies interdépendantes. À court terme, elle provoque une grave perturbation des chaînes de valeur et des chaînes d'approvisionnement d'industries clés pour l'économie mondiale, telles que l'automobile, l'aéronautique ou l'industrie pharmaceutique, entre autres.
Critique frontale de Trump à l'Espagne pour son manque d'engagement envers l'OTAN
Faits :
Lors de sa rencontre dans le Bureau ovale avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, Trump a critiqué le « manque de sérieux » et de « solidarité » de l'Espagne. Il a accusé l'Espagne de ne pas respecter ses engagements, menaçant de lui imposer des droits de douane pour ne pas avoir atteint l'objectif de dépenses (les rapports citant une exigence de 5 % du PIB, contre 1,3 % actuellement). Rutte, dans un geste d'alignement tacite, a évité de contredire le président.
Implications :
Cette réprimande est un appel justifié à la responsabilité des alliés ; l'Espagne doit augmenter sa contribution afin de maintenir la crédibilité collective. Cependant, la rhétorique agressive et le silence de Rutte transforment cette critique en un avertissement disciplinaire qui détériore l'image internationale de l'Espagne. Elle expose les divisions atlantiques qui profitent à la Russie et sème le ressentiment, même si elle renforce la discipline budgétaire au sein de l'Alliance.
Visite historique de Charles III au Vatican : prière commune avec le pape Léon XIV.
Faits :
Dans un geste sans précédent depuis 500 ans, depuis la Réforme, Charles III, en tant que gouverneur suprême de l'Église anglicane, a prié aux côtés du pape Léon XIV dans la chapelle Sixtine. La visite, au cours de laquelle il était accompagné de la reine Camilla, avait été reportée après le décès du pape François.
Implications :
Ce geste œcuménique transcende le symbolique et agit comme un baume en ces temps de division. Il démantèle les vieux clichés de distance religieuse et politique. À une époque de fragmentation mondiale, c'est un message d'unité morale de l'Occident et un pas vers la guérison des blessures historiques. Il reflète également la maturité diplomatique britannique dans l'ère post-Brexit, utilisant la monarchie comme ancrage moral et de soft power (pouvoir doux).
Rack de Medios – Tendances
États-Unis (Reuters, AP, CNN, The Economist, Politico)
- Tournée asiatique, sanctions russes, « guerre contre la drogue ».
- Unanimité sur le fait que Trump combine puissance dure et diplomatie opportuniste.
Europe (FT, Euronews, BBC, Le Monde, Die Welt)
- Débat sur les actifs russes et le leadership de l'UE.
- L'Europe est unie sur le fond, mais divisée sur la forme.
Asie (CNBC, Nikkei, SCMP)
- Optimisme des marchés après la rencontre Trump-Xi.
- Attente d'une trêve commerciale partielle.
Moyen-Orient (Euronews, FT, Israel Hayom, Al Arabiya)
- Tensions après le vote de la Knesset.
- Perplexité face au ton de Vance, soulagement après le voyage de Rubio.
Vatican et Royaume-Uni (Euronews, L'Osservatore Romano)
- Rencontre spirituelle historique.
- Événement d'importance œcuménique et géopolitique.
Conclusion éditoriale
La journée démontre que la stratégie globale de Trump n'est pas improvisée, mais qu'il s'agit d'une doctrine de pression multiple : énergie, commerce et diplomatie au service de l'intérêt national. L'Europe hésite, l'Asie s'adapte et le Moyen-Orient oscille, mais Washington continue de donner le ton. Le défi, pour ses alliés, sera de trouver leur place sur l'échiquier géopolitique mondial. L'Europe est de plus en plus floue, comme le souligne la réunion d'aujourd'hui à Londres. Nous sommes en mode réactif et non proactif.