Gustavo de Arístegui : La présence, l'influence et le rayonnement de l'Iran en Amérique latine
Résumé
Dans l'analyse OSINT, les piliers les plus solides de cette stratégie sont le Venezuela en tant que nœud central de coopération énergétique et logistique, le Nicaragua en tant que plateforme politique et sécuritaire, la Triple Frontière en tant qu'écosystème historique de financement illicite associé aux réseaux du Hezbollah, et une diplomatie navale épisodique dans l'Atlantique et les Caraïbes, dont la valeur est principalement symbolique et stratégique.
Avertissement méthodologique : les affirmations relatives à des camps d'entraînement ou à des pratiques de torture présumés nécessitent un seuil de preuve élevé. Le présent rapport établit une distinction explicite entre les faits documentés, les évaluations des risques et les allégations non vérifiées.
- Résumé
- Méthodologie et niveaux de certitude
- Carte de présence et d'influence
- Désignations et cadre juridique
- Finances illicites et blanchiment d'argent
- Exploitation minière illégale et économie de l'or
- Pétrole, pétroliers et contournement des sanctions
- Pénétration politique et influence informationnelle
- Renseignement, conseillers et sécurité intérieure
- Présence navale iranienne dans les Amériques
- Annexes par pays
- Matrice des risques et bibliographie
Méthodologie et niveaux de certitude
Ce rapport applique une approche d'analyse stratégique basée sur des sources ouvertes (OSINT), notamment des agences de presse internationales telles que Reuters, AP et AFP, des documents réglementaires du Trésor américain (FinCEN et OFAC), des publications de centres d'analyse tels que RAND et des textes législatifs. L'inclusion de détails opérationnels susceptibles de faciliter des activités illicites est délibérément évitée.
Trois niveaux de certitude sont utilisés. Le niveau « confirmé » correspond à des informations étayées par des documents officiels ou une vérification multiple auprès de sources primaires. Le niveau « hautement probable » est attribué lorsqu'il existe une convergence de plusieurs sources fiables ou une forte inférence basée sur des modèles observés. Le niveau « indices » recueille des signaux partiels utiles pour hiérarchiser les recherches, mais insuffisants pour une attribution concluante.
Carte de présence et d'influence
La carte de la présence iranienne en Amérique latine est structurée en nœuds et corridors fonctionnels. Le Venezuela apparaît comme le nœud central de la coopération énergétique et logistique sous sanctions, et comme un sujet récurrent d'analyse sur la facilitation des réseaux iraniens.
Le Nicaragua sert de plateforme politique et sécuritaire à faible coût et à forte valeur symbolique. La Bolivie est considérée comme un vecteur sensible, faisant l'objet d'une attention croissante de la part des États-Unis et de pressions en faveur d'expulsions et de désignations terroristes.
La Triple Frontière reste un écosystème historique de contrebande, de blanchiment d'argent et de financement associé aux réseaux du Hezbollah. Il existe également d'autres nœuds de présence limitée ou fonctionnelle liés à la finance, à l'intermédiation et à la surveillance.
Désignations et cadre juridique
La désignation du Hezbollah comme organisation terroriste a des implications directes en matière de gel des avoirs, de coopération judiciaire, d'échange de renseignements et d'obligations de diligence raisonnable renforcée. Selon un texte législatif du Congrès américain (S.842), les pays d'Amérique latine officiellement désignés sont l'Argentine, la Colombie, le Guatemala, le Honduras et le Paraguay.
Les rapports de RAND rendent compte de l'évolution régionale et de l'adaptation des réseaux associés. La portée exacte des désignations, en particulier en ce qui concerne les politiques ou les militaires, doit être validée au cas par cas dans chaque réglementation nationale.
Finances illicites et blanchiment d'argent
Le FinCEN a émis plusieurs alertes décrivant les typologies de financement illicite associées au Hezbollah et aux organisations soutenues par l'Iran. Parmi celles-ci figurent l'utilisation de sociétés écrans, le commerce fictif, les intermédiaires dans des juridictions permissives et les signaux d'alerte financiers pour les institutions bancaires.
La Triple Frontière reste une référence analytique en raison de son économie hautement liquide, de son informalisme et de la densité de ses intermédiaires. Parmi les indicateurs de risque figurent les écarts systématiques dans la facturation, les sociétés sans activité réelle, la rotation accélérée des dirigeants, le commerce avec des contreparties à haut risque, les opérations fractionnées, la conversion de fonds en matières premières et l'utilisation de circuits non bancaires.
Exploitation minière illégale et économie de l'or
Le secteur de l'or présente des vulnérabilités structurelles en matière de blanchiment d'argent et de financement illicite en raison de son anonymat, de sa liquidité et de sa facilité de transport. Le Groupe d'action financière internationale a souligné les risques tout au long de la chaîne, de l'exploitation minière au commerce de détail.
En Amérique latine, les principaux foyers coïncident avec des contextes de gouvernance faible, de criminalité organisée et de corruption. Les preuves OSINT ne permettent pas d'affirmer un contrôle iranien direct sur l'exploitation minière illégale, mais elles montrent que les mêmes autoroutes financières utilisées par les réseaux criminels peuvent être exploitées par des acteurs liés à l'Iran.
Pétrole, pétroliers et contournement des sanctions
La coopération énergétique entre l'Iran et le Venezuela comprend une assistance technique en matière de raffinage, la fourniture de pièces de rechange et d'additifs, et la logistique maritime.
Le FinCEN a décrit l'architecture financière et les mécanismes bancaires parallèles qui facilitent la commercialisation du pétrole et l'acquisition de matériaux sensibles par le régime iranien. Reuters a documenté des expéditions, des escales dans des ports vénézuéliens et l'utilisation de navires pour soutenir l'axe Caracas-Téhéran.
Pénétration politique et influence informationnelle
L'influence iranienne dans la région repose sur des affinités idéologiques, sur une offre de coopération sans conditions politiques explicites et sur des réseaux de soutien institutionnel.
Le risque principal ne réside pas dans la propagande visible, mais dans la capture des décisions par le biais de contrats opaques, de faveurs, de financements indirects et d'un accès privilégié aux appareils de sécurité.
Les principales défenses contre ce risque sont institutionnelles, notamment la transparence, l'audit, le contrôle parlementaire et la coopération judiciaire et financière.
Renseignement, conseillers et sécurité intérieure
Des informations récentes de Reuters indiquent que les États-Unis font pression sur la Bolivie pour qu'elle expulse des agents iraniens présumés et désigne le Corps des gardiens de la révolution islamique, le Hezbollah et le Hamas comme des organisations terroristes. Ces initiatives reposent généralement sur le partage de renseignements, mais les détails sont rarement rendus publics afin de protéger les sources et les méthodes.
En ce qui concerne les accusations de torture, le rapport n'attribue pas de participation iranienne directe sans preuves vérifiables, et propose plutôt un cadre d'indicateurs pour l'enquête, tels que la présence de conseillers, les achats de technologie, la formation, les chaînes de commandement et les pratiques de détention.
Présence navale iranienne dans les Amériques
La diplomatie navale iranienne dans l'Atlantique et les Caraïbes a été sporadique mais significative. Des annonces de déploiements dans l'Atlantique, l'arrivée de navires iraniens dans des ports vénézuéliens et le déploiement du navire de soutien Makran avec des vedettes rapides à bord ont été signalés.
L'évaluation générale est qu'il s'agit de signaux coercitifs et de démonstrations de portée stratégique. Il n'existe aucune preuve OSINT solide d'une base navale iranienne permanente en Amérique latine, mais il existe des preuves de traversées, d'escales et de soutien logistique sous sanctions.
Annexes par pays
Venezuela
Vecteurs prédominants
- Coopération énergétique (raffinage, intrants, logistique).
- Utilisation des ports et du transport maritime sous sanctions.
- Coopération technologique et sécuritaire (OSINT hétérogène).
- Nœud régional de facilitation.
Le Venezuela est le pivot de l'axe latino-américain. Reuters a documenté des escales de navires iraniens dans le port de La Guaira et des transferts d'équipements destinés au raffinage ces dernières années.
L'intérêt iranien est triple : assurer la survie économique d'un allié stratégique, permettre des voies de contournement des sanctions et projeter une présence symbolique face aux États-Unis.
Le risque est de nature hybride, combinant énergie, finances et sécurité intérieure. Les contre-mesures prioritaires comprennent la traçabilité portuaire, la transparence contractuelle, la coopération entre les unités de renseignement financier et le contrôle des technologies sensibles.
Nicaragua
Vecteurs prédominants
- Plateforme politique et sécuritaire.
- Accords de coopération et visites officielles.
- Faible coût et forte utilité symbolique.
Le Nicaragua offre un environnement institutionnel peu conflictuel pour la signature d'accords de coopération avec l'Iran. Les preuves OSINT se concentrent principalement sur le plan politique et sécuritaire, avec une densité financière moindre que dans le Cône Sud. Le principal risque est la facilitation de la présence iranienne et l'utilisation du pays comme plateforme d'influence régionale.
Les contre-mesures recommandées comprennent le contrôle des visas, la coopération régionale et la surveillance des flux financiers.
Bolivie
Vecteurs prédominants
- Vecteur sensible en raison du réalignement politique.
- Attention explicite des États-Unis (Reuters 2026).
- Risque d'opérations de renseignement selon des sources américaines.
La Bolivie est devenue un centre d'intérêt stratégique en raison de la pression exercée par les États-Unis pour expulser les présumés agents iraniens et désigner des organisations terroristes. Si le réalignement politique se consolide, le pays pourrait passer d'une plateforme permissive à un cas d'essai régional. Les risques comprennent l'infiltration sous couverture diplomatique et l'exploitation de sa situation centrale.
Les contre-mesures proposées sont le renforcement du contre-espionnage, l'audit des missions diplomatiques, le renforcement des cadres anti-blanchiment et la coopération judiciaire.
Argentine
Vecteurs prédominants
- Désignation formelle du Hezbollah (selon S.842).
- Sensibilité historique due aux attentats et aux réseaux de soutien.
- Coopération antiterroriste et anti-blanchiment variable selon le cycle politique.
L'Argentine combine une forte sensibilité historique et un poids institutionnel important. La Triple Frontière amplifie les risques de financement illicite et de réseaux de soutien.
Les contre-mesures clés comprennent la coopération entre les unités de renseignement financier, les sanctions sélectives, une judiciarisation robuste et le contrôle du commerce extérieur.
Brésil
Vecteurs prédominants
- Grande économie avec des vulnérabilités liées à son ampleur.
- Risques financiers et commerciaux.
- Pression internationale pour renforcer les cadres de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d'argent.
Le Brésil est important en raison du volume de son économie : là où il y a de l'échelle, il y a plus de possibilités d'opacité. Le risque principal réside dans l'intermédiation financière et le commerce international.
Les contre-mesures se concentrent sur la conformité réglementaire, la traçabilité des opérations et la coordination entre les niveaux fédéral et étatique.
Paraguay
Vecteurs prédominants
- Écosystème de la Triple Frontière.
- Désignation officielle du Hezbollah (selon S.842).
- Économie au comptant et contrebande.
Le Paraguay est un pays clé en raison de son rôle dans la Triple Frontière. Le principal risque est le recel et le blanchiment d'argent.
Les contre-mesures comprennent la coopération transfrontalière, le renforcement des contrôles douaniers et l'utilisation intensive du renseignement financier.
Colombie
Vecteurs prédominants
- Désignation officielle du Hezbollah (selon S.842).
- Risque lié aux facilitateurs et aux flux illicites.
- Capacités antiterroristes supérieures à la moyenne régionale.
La Colombie présente des capacités antiterroristes plus développées que ses voisins régionaux. Le risque concerne davantage les facilitateurs et les flux illicites que la présence structurelle de l'Iran.
Les contre-mesures recommandées sont la coopération internationale et le contrôle des couloirs illicites.
Panama
Vecteurs prédominants
- Pôle logistique et financier régional.
- Risque lié à l'utilisation de sociétés et au commerce maritime.
- Importance stratégique du canal en tant que vecteur de surveillance.
Le Panama est critique en raison de son infrastructure logistique et financière. Le risque principal est l'utilisation de structures sociétaires, du commerce international et du transit maritime à des fins illicites.
Les contre-mesures comprennent le renforcement de la diligence raisonnable, l'échange d'informations entre les unités de renseignement financier et le contrôle des pavillons et des registres maritimes.
Mexique
Vecteurs prédominants
- Présence limitée dans les sources OSINT.
- Risque lié à l'importance financière et à la proximité des États-Unis.
- Nécessité de surveiller les réseaux d'intermédiation.
Le Mexique n'apparaît pas comme un nœud important dans l'analyse OSINT, mais son importance financière et son intégration au système américain exigent une surveillance constante de l'intermédiation financière et du commerce.
Les contre-mesures prioritaires sont la coordination avec l'unité de renseignement financier, la surveillance des banques correspondantes et le contrôle du commerce extérieur.
Matrice des risques et bibliographie
Le rapport comprend une matrice qualitative des risques afin de hiérarchiser les priorités par pays et par vecteur, ainsi qu'une bibliographie essentielle basée sur Reuters, USNI News, RAND, FinCEN, le Congrès américain et le Groupe d'action financière internationale.