Washington a déployé deux navires de guerre et plus de 3 000 nouveaux soldats et marins en mer Rouge pour contrer les attaques iraniennes de navires marchands

Les États-Unis déploient plus de 3 000 nouveaux soldats en mer Rouge

FOTO/FLICKR - El USS Bataan, un buque de asalto anfibio capaz de transportar más de veinte aviones y helicópteros, así como lanchas de desembarco.
photo_camera PHOTO/FLICKR – L’USS Bataan, un navire d’assaut amphibie pouvant transporter plus de vingt avions et hélicoptères, ainsi que des engins de débarquement

En début de semaine, plus de trois mille soldats et marins américains sont arrivés au Moyen-Orient pour renforcer la présence américaine dans le Golfe persique. Ce nouveau déploiement de la cinquième flotte, basée à Manama au Bahreïn, vise à dissuader l’Iran de saisir davantage de navires et de pétroliers naviguant dans la région.

« Plus de 3 000 marins [...] sont arrivés au Moyen-Orient le 6 août dans le cadre du plan précédemment annoncé par le ministère de la Défense », a indiqué la Marine américaine dans un communiqué. Ce déploiement avait en effet été annoncé dès juillet par le ministère américain de la Défense.

Outre l’envoi de nouveaux soldats, la Marine a également déployé deux navires de guerre dans la mer Rouge : l’USS Bataan et l’USS Carter Hall. L’USS Bataan est un navire d’assaut amphibie pouvant transporter plus de vingt avions et hélicoptères, ainsi que des engins de débarquement, tandis que l’USS Carter Hall est un navire de débarquement capable de transporter jusqu’à terre les soldats et leur équipement.

Le porte-parole de la cinquième flotte, Tim Hawkins, a déclaré lundi à l'AFP que le déploiement souligne « notre engagement fort et indéfectible envers la sécurité maritime régionale ». « Ces unités ajoutent une flexibilité et des capacités opérationnelles importantes alors que nous travaillons aux côtés de partenaires internationaux pour dissuader les activités déstabilisatrices et apaiser les tensions régionales résultant du harcèlement et de la saisie de navires commerciaux par l'Iran », a-t-il ajouté.

Face à ce renforcement de la présence américaine en mer Rouge, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanaani a déclaré que « la présence militaire du gouvernement américain dans la région n’a jamais créé la sécurité. Leurs intérêts dans cette région les obligent toujours à alimenter l’instabilité et l’insécurité ».  

FOTO/Sadegh Nik'gostar/Fars news - Ramezan Sharif en 2020, portavoz y jefe de relaciones públicas del Cuerpo de la Guardia Revolucionaria Islámica.
FOTO/Sadegh Nik'gostar/Fars news - Ramezan Sharif en 2020, porte-parole et le responsable des relations publiques du Corps des Gardiens de la révolution islamique

Le porte-parole des Gardiens de la révolution iranienne, Ramezan Sharif, s’est également exprimé auprès de l’agence de presse officielle iranienne Fars, en affirmant que l’Iran « a atteint une force qui la rend capable d'affronter et de répondre en nature à toute mauvaise action des Américains, par exemple la saisie de navires ». « Les pays de la région ont compris à juste titre que l'Iran est en train de devenir une puissance régionale majeure », a ajouté le porte-parole du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) lors d'une cérémonie dans la ville conservatrice de Qom.

Selon Al-Monitor, le ministère de la Défense iranien a livré au CGRI des dizaines de ses tout premiers missiles balistiques navals à longue portée, qui auraient été entièrement « fabriqués à la maison » et « capables de détruire complètement » les porte-avions ennemis. « La sécurité du golfe Persique doit être maintenue par les États riverains », a déclaré le porte-parole dans son discours, affirmant également que ces pays « ont compris la faiblesse de l'Amérique et la force de la République islamique dans les confrontations de ces dernières années ».

Une rivalité vieille de 40 ans 

La rivalité entre l’Iran et les États-Unis remontent à une quarantaine d’années, mais a été réactivée sous le mandat du président américain Donald Trump. Les tensions ont repris à partir de la mi-mai 2019, un an après le retrait américain de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Le point de départ de la crise a été une série de sabotages contre des tankers saoudiens, émiratis et norvégiens dans le golfe Persique.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis avaient alors accusés l’Iran, accusations soutenues par les États-Unis et réfutées par l’Iran. À partir de là, les tensions ont connu une escalade marquée par davantage de sabotages de navires et des frappes de missiles américaines et iraniennes. Dans une analyse publiée sur le site d’information français Les Clés du Moyen-Orient, Émile Bouvier affirme que « Les divers incidents sécuritaires ayant eu lieu ces dernières semaines dans le golfe Persique sont ainsi une conséquence de l’escalade susmentionnée : les Américains et les Iraniens testent mutuellement leurs limites ». 

AFP PHOTO/ATTA KENARE - Una lancha iraní patrulla aguas cercanas al puerto de Bandar Abas, en una imagen de 2012
AFP PHOTO/ATTA KENARE - Un bateau iranien patrouille dans les eaux près du port de Bandar Abas, dans une image de 2012

Depuis 2019 et la hausse des tensions entre les États-Unis et l’Iran, la navigation dans les eaux stratégiques du Golfe a fait l’objet d’une série d’attaques. En avril et au début du mois de mai de cette année, l’Iran avait saisi deux pétroliers en une semaine dans les eaux régionales. Ces incidents sont survenus après qu’Israël et les États-Unis ont accusé l’Iran d’une attaque de drone au large d’Oman en novembre 2022 contre un pétrolier exploité par une société appartenant à des Israéliens. Le 5 juillet 2023, l’Iran a une nouvelle fois tenté de s’emparer de deux pétroliers, le TFR Moss et le Richmond Voyager, près du détroit stratégique d’Ormuz, mais a été contrée par les forces américaines.  

La rivalité Chine-États-Unis exportée dans le Golfe persique ?  

Selon le média Elwatan, le déploiement américain intervient à un moment où l’implication de la Chine dans la région du Golfe s’intensifie. En avril 2023, Pékin avait fait office de médiateur dans la négociation d’un accord sur le rétablissement des liens diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran. La Chine est perçue comme la menace principale aux yeux de Washington car il s’agit du seul État dont l’économie et l’influence soient capable de remettre en cause la place de leader mondial des États-Unis. 

FOTO/LUO XIAGUANG/XINHUA vía AP - Irán y Arabia Saudí acordaron el viernes restablecer relaciones diplomáticas y reabrir sus embajadas tras siete años de tensiones.
FOTO/LUO XIAGUANG/XINHUA vía AP - L'Iran et l'Arabie saoudite ont accepté de rétablir leurs relations diplomatiques et de rouvrir leurs ambassades après sept ans de tensions

Dès lors, les relations entre Téhéran et les pays arabes du Golfe se sont développés progressivement. Le président des Émirats arabes unis et le ministre des Affaires étrangères du Koweït ont été invités à se rendre en République islamique la semaine dernière. En mai, les Émirats ont annoncé le retrait de la Combined Maritime Forces, un partenariat maritime entre 38 pays dirigé par les États-Unis et chargé de sécuriser les voies de navigation du Golfe.

Dans un entretien à AFP, l’analyste du cabinet de conseil Versk Maplecroft Torbjorn Soltvedt a affirmé que « La sécurité restera un point de friction dans les relations entre les États-Unis et le Golfe même si la menace posée par les attaques iraniennes contre la navigation s’atténue à court terme. La perception que les États-Unis ne font pas assez pour dissuader les attaques iraniennes contre la navigation internationale persistera. La nécessité d’une nouvelle approche est évidente. »

Coordinateur pour les Amériques : José Antonio Sierra. 

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