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Espagne : un problème

El presidente del Gobierno español en funciones, Pedro Sánchez, habla durante un debate parlamentario en vísperas de la votación para elegir al próximo presidente del Gobierno de España, en el Congreso de los Diputados en Madrid el 15 de noviembre de 2023 - PHOTO/AFP/JAVIER SORIANO
photo_camera PHOTO/AFP/JAVIER SORIANO - Le Président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez

Il est de notoriété publique que le monde traverse une période de profonds changements géopolitiques, induits par de nouvelles configurations dans l'exercice du pouvoir, dont les conséquences sont inconnues. La position géopolitique d'un État n'est pas un choix. Elle dépend de sa situation géographique, des choix des autres États qui l'entourent et de l'impact de ces choix sur des questions aussi importantes que les flux démographiques, commerciaux et énergétiques. 

En ce sens, la géographie délimite les fenêtres d'opportunité, ainsi qu'une grande partie des risques que chaque État doit assumer. À cette fin, les gouvernements doivent exercer leur souveraineté par le biais d'une stratégie, comprise comme la manière dont ils utiliseront les composantes du pouvoir politique pour atteindre les intérêts nationaux. La force de l'État et la cohésion de ses éléments constitutifs sont essentielles à sa survie. 

Actuellement, les guerres en Ukraine et à Gaza façonnent des scénarios en Europe et dans la région MENA qui, par l'interconnexion de leurs effets, activent une zone de tensions internationales à haut risque. La guerre en Ukraine est dans l'impasse, car les résultats de la fameuse "contre-offensive" de l'été n'ont pas apporté les avantages escomptés aux forces ukrainiennes, tandis que la stratégie d'attrition du Kremlin est favorable à Moscou. Les élections ukrainiennes prévues en mars semblent poser des problèmes à Zelensky, qui a réagi en remplaçant d'importants commandants militaires.  

La guerre de Gaza, avec l'ombre permanente d'une intervention iranienne, le déploiement de l'aviation navale américaine, la tension au Sahel, ainsi que l'instabilité géopolitique en Afrique du Nord, forment une zone de crise permanente. L'Europe, une fois de plus, démontre sa dépendance stratégique à l'égard des États-Unis par le biais de l'OTAN, tandis que l'UE fuit en avant avec des plans d'expansion discutables et des désaccords retentissants tels que celui sur l'aide à Gaza. À ce scénario s'ajoute l'importance d'Ankara, qui oscille par rapport à Jérusalem, flirte avec Moscou et, depuis l'OTAN, aspire à contrôler la Méditerranée, le tout sous l'impulsion d'un néo-ottomanisme qui cherche des horizons au-delà de l'Anatolie.  

Comme si tout cela ne suffisait pas, l'Espagne entre dans une phase très préoccupante de sa longue crise interne, déclenchée cette fois par les résultats des élections du 23 juillet. Vue de l'extérieur, la situation peut paraître inexplicable du point de vue d'un pays prétendument démocratique, intégré à l'Europe depuis 1985, même si son rôle moteur a été manifestement perfectible.  

Le retour au pouvoir de la gauche constitutionnelle, après l'attentat sanglant du 14-M en 2004, a ouvert une ère où l'Espagne a été plongée dans l'insignifiance internationale. La politique étrangère s'est éteinte en même temps que la souveraineté nationale a été amputée par la création de bureaux diplomatiques dans certaines communautés autonomes, ce qui a constitué une vulnérabilité inutile pour la sécurité nationale, tandis que certaines polices autonomes ont assumé une panoplie de compétences qui ne sont pas réglementées par la première.  

La situation actuelle, le "syndrome de l'investiture", ou l'utilisation d'une amnistie, non prévue par la Constitution espagnole, pour gagner les votes d'un parti dont les dirigeants ont été condamnés pour sédition et autres crimes, se déroule au milieu d'une crise géopolitique européenne.  

Si l'on devait recourir à une parodie d'hôpital, on constaterait que l'État espagnol a été placé sous surveillance intensive et que le processus de diagnostic a eu lieu. Les premiers résultats indiquent un manque de "culture stratégique" qui produit une "introversion aiguë", car le flux d'énergie du pouvoir est inversé et, au lieu d'agir en tant qu'acteur international, il crée une métastase d'idiotie politique contagieuse et destructrice. C'est le syndrome de la "démocratie idéologisée". Il s'agirait d'un cas où un membre de l'UE, en l'occurrence l'Espagne, fonderait sa démocratie sur l'interprétation législative du pouvoir exécutif en place.  

L'approbation de la loi d'amnistie produira une altération de la normalité constitutionnelle en Espagne, ce qui aura des conséquences stratégiques pour l'Europe, car la péninsule ibérique est un pivot géopolitique de premier ordre, avec des répercussions sur la péninsule européenne, la Méditerranée et l'Afrique du nord. Le manque de culture stratégique empêche les Espagnols de prendre conscience des contraintes qui leur sont imposées et des avantages que leur offre leur réalité géopolitique. L'action extérieure de l'Espagne n'a pas été guidée par ces considérations. Son adhésion à l'Alliance atlantique et à la Communauté européenne aurait dû être liée à l'incorporation des intérêts espagnols dans ces deux organisations. Le problème est que les Espagnols n'en étaient pas conscients et ne le sont toujours pas. 

À l'heure actuelle, une Espagne en crise devient une vulnérabilité majeure pour l'Occident, car elle serait une cible facile pour ses ennemis en affichant bruyamment sa faiblesse. Dans les circonstances actuelles, nous devrions garder à l'esprit l'analyse que Raymond Aron fait de l'œuvre de Max Weber lorsqu'il souligne que "les démocraties sont perpétuellement menacées par la décadence engendrée par l'anonymat des pouvoirs, la médiocrité des dirigeants et la passivité des masses sans esprit".